Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
Romans, mémoire, transmission et regards sur notre monde. Entrez dans les coulisses de mon écriture.

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vendredi 16 octobre 2026

Un homme sans mémoire : que reste-t-il de lui lorsque son passé disparaît ?

Autour d’un roman

Un homme sans mémoire : que reste-t-il de lui lorsque son passé disparaît ?

Mémoire, identité et secrets : que reste-t-il de nous lorsque notre passé nous échappe ?

Le visage d’un homme apparaît fragmenté dans les éclats d’un miroir brisé.
Le visage d’un homme apparaît fragmenté dans les éclats d’un miroir brisé.

Il y a des mystères que l’on cherche chez les autres. Et puis il y a ceux qui se cachent dans sa propre histoire.

Quand la mémoire ne répond plus

Imaginez un homme qui ne se souvient plus de sa vie.

Autour de lui, le monde continue d’exister. Des événements ont lieu, des décisions sont prises, des liens sont noués. On l’interroge sur son passé, on tente de lui faire raconter ce qu’il a vécu.

Mais rien ne revient vraiment. Aucun souvenir n’émerge de sa mémoire éteinte.

Retrouver son passé, est-ce retrouver la vérité ?

Comment reconnaître sa propre histoire lorsqu’on ne s’en souvient plus ?

Et surtout, à qui faire confiance quand sa mémoire ne peut plus lui servir de témoin ?

Tout devient troublant. Car cet homme ne cherche pas simplement à retrouver des souvenirs perdus. Il tente de comprendre qui il est, ce qui l’a conduit jusqu’à cette situation et quelle part de vérité se dissimule derrière ce qu’il entend.

Chaque réponse pourrait lui permettre d’avancer. Mais peut-elle aussi l’égarer ? Et si retrouver son passé ne signifiait pas nécessairement retrouver la paix ?

Le passé, cette part de nous qui nous échappe

C’est cette situation que traite mon roman, Les Méandres de l’Oubli, prévu pour paraître en janvier 2027.

Couverture provisoire du roman Les Méandres de l’Oubli, de Rida Lamrini.
Couverture provisoire du roman Les Méandres de l’Oubli.

Le roman ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme atteint d’amnésie, mais explore également le vertige qui naît lorsqu’on ne peut plus se fier à soi-même, lorsqu’il faut reconstituer son existence à partir de fragments, de témoignages et de questions sans réponse.

Car le passé n’est pas seulement ce qui nous est arrivé. C’est aussi ce que nous en avons retenu, ce que nous en avons compris, parfois ce que nous avons préféré enfouir. Il nous accompagne, même lorsque nous croyons l’avoir laissé derrière nous.

Mais que se passe-t-il lorsque ce passé devient soudain un territoire inconnu ?

Je ne vous en dirai pas davantage aujourd’hui. Je préfère vous laisser découvrir, le moment venu, les méandres dans lesquels cet homme devra s’engager pour retrouver le fil de son histoire.

Une question qui nous concerne tous

En refermant ce roman, pourrions-nous nous empêcher de nous poser cette question : que ferions-nous si nous découvrions un jour que nous avons oublié une partie essentielle de notre vie ? Chercherions-nous à tout prix à la retrouver, même si la vérité risquait de bouleverser tout ce que nous croyons savoir de nous-mêmes ?

Elle m’intéresse aussi pour ce qu’elle révèle de chacun de nous.

Rida Lamrini, auteur

Rida Lamrini

J’explore dans mes romans les secrets, les failles de la mémoire et les zones d’ombre qui façonnent nos identités. Dans cet espace, je partage les coulisses de l’écriture et les questions qui accompagnent mes livres.

Pour prolonger la lecture

mardi 29 septembre 2026

Quand un roman donne naissance à une rencontre — rencontre littéraire à Rabat

Il y a trois mois, je recevais un message qui allait me réserver une bien belle surprise. Dix-neuf femmes, membres d’un club de lecture à Rabat, avaient décidé de commander ensemble mon roman Tant que je peux te dire je t’aime. Je ne les connaissais pas. Elles ne me connaissaient pas davantage. Et pourtant, à travers ce livre, quelque chose avait déjà commencé à nous rapprocher.

J’avais alors consacré un article à cette aventure inattendue, sous le titre « Quand un roman échappe à son auteur ». J’y évoquais ce moment singulier où un roman quitte son auteur pour commencer une autre vie entre les mains de ses lecteurs.

Je ne savais pas encore que, trois mois plus tard, j’aurais le bonheur de rencontrer ces femmes et de découvrir les visages qui se cachaient derrière cette commande collective.

Hier, cette rencontre a eu lieu.

Rencontre de Rida Lamrini avec les lectrices du club de lecture
Les lectrices réunies autour de leurs romans.

Vingt femmes et une passion commune

À l’invitation d’un club de lecture de Rabat, j’ai participé à un après-midi consacré à la littérature et à mes romans.

Elles étaient une vingtaine, réunies par cette passion commune qui leur donne régulièrement le plaisir de se retrouver autour d’un livre.

J’ai été profondément touché par leur accueil, leur enthousiasme et cette atmosphère de convivialité qui s’est immédiatement installée entre nous. Il y avait dans cette assemblée quelque chose de particulièrement réjouissant : des femmes qui prennent le temps de lire, de partager leurs impressions, de confronter leurs regards et de faire de la littérature un véritable espace de rencontre.

Nous avons parlé de Tant que je peux te dire je t’aime, puis d’Aux portes des étoiles. Les questions ont succédé aux réflexions, les échanges ont nourri la conversation et, derrière les personnages et leurs aventures, nous avons retrouvé ces grandes interrogations qui traversent nos existences : l’amour, la filiation, la mémoire, l’absence et le pardon.

Mais au-delà des romans, c’est la qualité de cette rencontre humaine qui m’a particulièrement ému.

Échanges littéraires au club de lecture
Un moment d’échange autour des livres.

La récompense des années de solitude

On imagine rarement, lorsqu’on ouvre un roman, les longues heures de solitude qui ont précédé sa naissance. Les mois, parfois les années, passés à construire une histoire, à chercher le mot juste, à vivre avec des personnages qui finissent par occuper une place considérable dans l’existence de leur créateur.

Écrire exige du temps, de la patience, des renoncements. C’est une aventure que l’on poursuit souvent sans savoir si les histoires auxquelles on consacre tant d’énergie trouveront un jour leur chemin jusqu’au cœur des lecteurs.

Et puis surviennent des moments comme celui que je viens de vivre.

Soudain, ces personnages qui vous ont accompagné pendant des années existent dans la mémoire d’autres personnes. On vous interroge sur leurs décisions, leurs contradictions, leurs blessures. On découvre que certaines pages ont suscité des émotions auxquelles on n’avait pas nécessairement songé en les écrivant.

Ce qui relevait jusque-là d’une aventure solitaire devient une expérience partagée.

Hier, en écoutant ces lectrices, j’ai éprouvé avec une intensité particulière le sentiment que les années consacrées à l’écriture trouvaient là l’une de leurs plus belles récompenses.

Non pas dans les compliments, aussi agréables soient-ils, mais dans cette possibilité extraordinaire qu’offre la littérature : créer des liens entre des personnes qui, sans les livres, ne se seraient peut-être jamais rencontrées.

Un roman n’appartient jamais tout à fait à son auteur

Dans mon précédent article, je m’interrogeais sur le destin d’un livre une fois qu’il échappe à celui qui l’a écrit. J’imaginais ces dix-neuf lectrices découvrant les mêmes personnages, mais vivant probablement dix-neuf expériences de lecture différentes.

Hier, cette réflexion a pris une dimension nouvelle.

Un roman naît dans l’imaginaire d’un écrivain, mais il poursuit son existence dans celui de ses lecteurs. Chacun y apporte ses souvenirs, sa sensibilité, son expérience de la vie. Chacun s’attache à certains personnages, s’interroge sur leurs choix, reconnaît parfois dans leurs épreuves quelque chose de sa propre histoire.

Et lorsque ces expériences individuelles se rencontrent autour d’une même table, le livre acquiert une richesse supplémentaire.

C’est toute la magie d’un club de lecture. La littérature n’y est plus seulement une relation silencieuse entre un texte et son lecteur. Elle devient conversation, découverte, partage. Elle permet de confronter des sensibilités différentes sans chercher nécessairement à les accorder.

J’ai eu hier le bonheur d’être le témoin, mais aussi le bénéficiaire, de cette belle alchimie.

Moment convivial lors de la rencontre littéraire
La convivialité prolonge les conversations littéraires.

Une promesse pour prolonger cette belle aventure

Nous avons également évoqué Les Méandres de l’Oubli, le troisième et dernier volet de ma fresque romanesque, dont la publication est prévue au début de l’année 2027.

Mes lectrices m’ont fait le plaisir de me dire combien elles attendaient ce nouveau roman. Je leur ai alors fait une promesse : elles seront les premières à le découvrir, avant même sa sortie publique.

Je me réjouis déjà à l’idée de leur confier cette nouvelle histoire, de retrouver leurs regards et d’écouter leurs impressions. Ce sera une manière de prolonger une rencontre dont je garderai longtemps le souvenir.

Je voudrais remercier tout particulièrement celles qui ont rendu cette rencontre possible, par leur organisation et leur chaleureux accueil. Ma gratitude va également à chacune de ces lectrices pour la générosité de son accueil et la richesse de nos échanges.

En juin dernier, je m’émerveillais à l’idée que dix-neuf femmes que je ne connaissais pas allaient découvrir mon roman. Hier, j’ai découvert à mon tour ces visages, ces sourires et cette passion partagée pour la littérature.

Je suis venu parler de mes livres. Je suis reparti comblé, avec le sentiment d’avoir vécu un moment exceptionnel.

Et je me dis aujourd’hui que si l’écriture nous condamne parfois à de longues années de solitude, elle nous réserve aussi de merveilleux rendez-vous avec les autres.

Il en est qui justifient à eux seuls toutes ces heures passées devant une page blanche.

Rida Lamrini

Pour prolonger la rencontre

Retrouvez sur mon site les photos et la vidéo de cette rencontre avec les lectrices du club de lecture de Rabat.

Découvrir la rencontre en images et en vidéo →

lundi 21 septembre 2026

Cette fois, je voulais simplement me faire plaisir en écrivant

L’ATELIER DE L’ÉCRIVAIN

Cette fois, je voulais simplement me faire plaisir en écrivant

Comment est né Les Méandres de l’Oubli


Changer de registre

Lorsque j’ai terminé Aux portes des étoiles, l’envie d’écrire était toujours là, très forte même. Mais je ne voulais plus rester dans le même registre. Après Tant que je peux te dire je t’aime, profondément traversé par l’intime, puis Aux portes des étoiles, plus réflexif et davantage tourné vers la quête et le sens, j’avais besoin d’autre chose.

Je n’avais plus envie de continuer à écrire dans la douleur. Cette fois, je voulais simplement me faire plaisir comme romancier.

Depuis longtemps, le cinéma m’accompagne. J’aime les récits d’action, les enquêtes, les intrigues qui se tendent, les personnages qui avancent dans l’incertitude et les histoires où plusieurs fils éloignés finissent par se rejoindre. Je n’avais encore jamais pleinement exploré ce territoire. C’est là que Les Méandres de l’Oubli a commencé à prendre forme.

Deux enquêtes, un même roman

Je voulais poursuivre l’histoire de Rayan et de Salim, mais autrement. L’idée s’est imposée assez vite : mener deux enquêtes en parallèle.


D’un côté, une enquête policière avec ses règles, ses pistes, ses fausses pistes, ses réseaux et ses personnages troubles. De l’autre, l’enquête plus intime de Salim, toujours habité par la disparition de son père et par ce qu’il cherche encore à comprendre.

Deux recherches, deux rythmes, deux mondes — puis, à un moment donné, leur jonction.

Cette construction me permettait de conserver le fil humain de la fresque tout en entrant franchement dans l’univers du thriller. Cette fois, la fiction allait prendre toute la place.

Laisser libre cours à l’imagination

Si Tant que je peux te dire je t’aime utilise beaucoup de matériaux personnels, et si Aux portes des étoiles s’en éloigne déjà nettement, Les Méandres de l’Oubli appartient presque entièrement à l’imaginaire.

C’est sans doute le roman dans lequel je me suis senti le plus libre d’inventer : des situations, des lieux, des réseaux, des personnages, des retournements. Je pouvais enfin faire entrer dans mon écriture toutes ces influences accumulées au fil des années : cinéma d’action, thrillers, espionnage, enquêtes policières, récits où le danger surgit là où on ne l’attend pas.

J’avais le sentiment d’ouvrir une nouvelle porte dans mon travail d’écrivain. Mais j’allais très vite découvrir qu’aimer les thrillers ne suffit pas pour en écrire un.

Apprendre à écrire une enquête

J’avais déjà approché le roman policier dans La Saga des puissants de Casablanca, et certains lecteurs ou critiques l’avaient relevé. Mais avec Les Méandres de l’Oubli, je voulais aller beaucoup plus loin.

Or une enquête ne supporte pas l’à-peu-près. Les indices doivent apparaître au bon moment, les enquêteurs agir de façon cohérente, les découvertes avoir une cause, les informations circuler selon une logique précise. Le lecteur peut accepter beaucoup de choses, mais il pardonne difficilement une mécanique qui triche avec lui.

Je ne pouvais donc plus seulement imaginer une histoire. Il fallait comprendre comment travaille un enquêteur, comment se construit une piste, comment on vérifie une information, comment une enquête progresse, se trompe parfois, repart ailleurs, croise d’autres faits et finit par faire émerger une vérité.

C’est là que le travail a changé de nature.

Le moment où je croyais avoir terminé

Puis est arrivé un moment que connaissent sans doute beaucoup d’écrivains : j’ai cru que le roman était terminé.

L’histoire était écrite. Les personnages étaient là. Les deux enquêtes existaient. Les fils se rejoignaient. Le livre avait une fin. Je pensais être arrivé au bout.

Je l’ai remis à mon éditeur. Et c’est là que j’ai découvert que terminer un manuscrit ne signifie pas forcément avoir terminé un roman.

Les retours ont commencé : des questions, des incohérences à reprendre, des causalités à renforcer, des personnages à rendre plus lisibles, des informations qui arrivaient trop tôt ou trop tard, des fils narratifs à mieux relier. Puis d’autres échanges ont suivi. Et encore d’autres.

Quand il faut toucher à l’architecture

Au début, on pense qu’il suffira de corriger quelques pages. Puis on comprend que certaines faiblesses ne viennent ni d’une phrase ni même d’un chapitre. Elles viennent de la construction elle-même.

C’est probablement la partie la plus déroutante du travail. Vous avez vécu pendant des mois, parfois des années, avec un roman. Vous connaissez ses personnages, ses scènes, ses mouvements. Vous vous êtes habitué à son architecture. Et soudain, il faut accepter l’idée que cette architecture peut encore bouger.

Il faut déplacer, raccourcir, développer, repenser certaines articulations, supprimer ce qui ralentit, donner davantage de poids à ce qui semblait secondaire, s’assurer que le lecteur sait ce qu’il doit savoir au moment où il doit le savoir. Parfois, il faut même revenir très loin en arrière pour réparer quelque chose dont on ne découvre que tardivement les conséquences.

J’ai compris alors qu’écrire un thriller, c’était aussi construire une mécanique. Et qu’une mécanique romanesque ne doit pas seulement fonctionner : elle doit paraître naturelle.

Les allers-retours avec l’éditeur

Commence alors une autre aventure, moins visible mais tout aussi importante : les allers-retours entre l’auteur et son éditeur.

Un manuscrit part, revient chargé de remarques, est repris, renvoyé. On croit avoir résolu un problème et l’on découvre qu’en le résolvant, on en a parfois créé un autre. On pense à nouveau avoir terminé, puis une nouvelle lecture révèle une fragilité jusque-là invisible.

Il y a quelque chose d’assez ironique dans ce travail : plus on approche de la fin, plus on devient exigeant. Ce qui aurait semblé acceptable quelques mois auparavant ne l’est plus. Le roman s’affine, se resserre, devient plus solide. Et l’auteur, lui aussi, change avec lui.

Ce que ce roman m’a appris

Les Méandres de l’Oubli m’a appris une chose essentielle : il existe une différence entre inventer une histoire et construire un roman.

L’imagination donne l’élan. Ensuite viennent la structure, la cohérence, la causalité, le rythme, la crédibilité, l’équilibre entre les personnages et la maîtrise de l’information. Dans un thriller, tout cela devient particulièrement visible.

Le lecteur doit pouvoir se laisser emporter sans voir la charpente. C’est peut-être là le paradoxe : plus le travail de construction est important, moins il doit se voir.

J’avais commencé ce roman pour me faire plaisir. Je voulais du mouvement, du suspense, des enquêtes, du danger, de l’action. Je les ai eus. Mais le roman m’a demandé beaucoup plus : apprendre, reprendre, douter, reconstruire, accepter enfin qu’un livre que l’on croit terminé puisse encore nous résister.

Les Méandres de l’Oubli

Avec le recul, je comprends mieux ce que ce troisième roman représente pour moi.

Tant que je peux te dire je t’aime était né d’une nécessité. Aux portes des étoiles était né de ce que la vie avait laissé inachevé. Les Méandres de l’Oubli, lui, est né d’un désir de liberté.

La liberté d’inventer, de changer de registre, d’aller vers le thriller, l’action et l’enquête tout en continuant à suivre Rayan et Salim.

Mais cette liberté a eu son prix : elle m’a demandé de devenir un autre écrivain, ou du moins d’apprendre une autre manière d’écrire.

Je pensais simplement vouloir me faire plaisir. Je ne savais pas encore que ce roman allait devenir l’un de mes plus grands chantiers d’écriture et qu’au bout de tous ces détours, de toutes ces reprises et de tous ces allers-retours, une histoire allait enfin trouver sa forme.

Les Méandres de l’Oubli.

Dans les coulisses de la fresque romanesque

Retrouvez les trois textes consacrés à la naissance de Tant que je peux te dire je t’aime, Aux portes des étoiles et Les Méandres de l’Oubli.

lundi 8 juin 2026

Quand la mémoire devient le dernier refuge de l'amour


Il arrive que l'amour s'éteigne. Il arrive aussi qu'il survive.

Non dans les gestes du quotidien, ni dans les promesses échangées, mais dans un territoire plus discret : celui de la mémoire.

Le temps passe. Les chemins se séparent. Les visages vieillissent. Pourtant, certains souvenirs demeurent étonnamment vivants. Une chanson, une photographie oubliée, un parfum croisé dans une rue ou quelques mots entendus par hasard suffisent parfois à faire resurgir tout un monde.

Ce que le temps n'efface pas toujours

Nous aimons croire que le temps efface tout. Il atténue les blessures, éloigne les regrets et adoucit les chagrins.

Mais il existe des souvenirs qui résistent.

Non parce qu'ils sont plus importants que les autres, mais parce qu'ils se sont mêlés à ce que nous sommes devenus. Les effacer reviendrait à effacer une partie de nous-mêmes.

Certaines rencontres continuent ainsi à vivre dans notre mémoire bien après leur disparition du monde réel.

La mémoire conserve les émotions

Avec le temps, nous oublions souvent les détails. Les dates deviennent floues. Les conversations s'estompent. Les circonstances se brouillent.

En revanche, les émotions demeurent.

Nous nous souvenons davantage de ce que nous avons ressenti que de ce qui s'est réellement passé.

C'est peut-être pour cette raison que certains amours semblent survivre aux années. Ce ne sont plus les événements que nous portons en nous, mais les émotions qu'ils ont laissées derrière eux.

Les absents continuent parfois à nous accompagner

La mémoire possède une étrange faculté : elle permet aux absents de rester présents.

Un père disparu, une mère éloignée, un ami perdu de vue ou un amour ancien continuent parfois à habiter nos pensées.

Ils ne partagent plus notre quotidien, mais ils demeurent présents dans nos choix, dans nos souvenirs et parfois même dans notre manière de regarder le monde.

La mémoire devient alors une forme de présence silencieuse.

Entre souvenir et reconstruction

Nous ne conservons jamais le passé tel qu'il fut réellement.

À chaque souvenir, nous reconstruisons une partie de l'histoire. Nous comblons les silences, nous réinterprétons certains événements et nous leur donnons parfois un sens nouveau.

La mémoire n'est pas un simple archivage du passé. Elle est une création permanente.

C'est ce qui explique pourquoi deux personnes ayant vécu la même histoire peuvent en garder des souvenirs totalement différents.

Le dernier refuge

Lorsque tout a disparu, il reste parfois la mémoire.

Elle conserve ce que le temps, la distance ou les circonstances ont emporté.

Elle protège les voix que nous n'entendons plus, les regards que nous ne croisons plus et les instants que nous ne revivrons jamais.

Peut-être est-ce là sa plus belle fonction : permettre à certaines formes d'amour de continuer à exister lorsque plus rien d'autre ne les rattache au présent.

Et vous ?

Pensez-vous que la mémoire préserve fidèlement nos amours passés ou qu'elle les transforme peu à peu en quelque chose d'autre ?


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dimanche 31 mai 2026

La fresque romanesque

 Les romans Tant que je peux te dire je t’aime, Aux portes des étoiles et Les Méandres de l’Oubli composent une fresque romanesque en trois volumes autour d’une relation aussi profonde que fragile : celle d’un père et de son fils.

Au cœur de cette traversée se trouvent Rayan et Salim. Deux vies liées par l’amour filial, mais aussi par les blessures du passé, les silences, les incompréhensions et les secrets transmis d’une génération à l’autre. La fresque suit leur cheminement de la rupture vers le pardon, de l’absence vers la transmission, de la mémoire blessée vers une forme de lumière.

Dans Tant que je peux te dire je t’aime, la fracture est intime. Un traumatisme d’enfance, longtemps enfoui, provoque une rupture douloureuse entre le père et le fils. Ce premier roman constitue le noyau émotionnel de l’ensemble : il met en scène la difficulté de dire l’amour lorsque les mots arrivent trop tard, et la possibilité fragile d’une réparation.

Avec Aux portes des étoiles, la fresque romanesque s’élargit et prend la forme d’une quête. Après la disparition mystérieuse de Rayan, Salim tente de comprendre ce qui lui est arrivé. Entre Paris, Casablanca, Annecy, Gibraltar et Kiev, il explore les frontières incertaines entre vérité, mémoire et imagination. La recherche du père devient aussi une recherche de soi.

Dans Les Méandres de l’Oubli, le cycle trouve son accomplissement. Une nuit de tempête, au large d’Almería, un homme blessé et sans mémoire est repêché par deux pêcheurs. Autour de cet inconnu, une enquête se déploie entre Sète, l’Espagne, le Rif, Paris, l’Ukraine et le Sahel. Les trafics transfrontaliers, les fidélités anciennes et les secrets enfouis croisent alors la trajectoire intime de Rayan et de Salim. Le dernier volume transforme la quête du père en méditation sur ce qui demeure lorsque tout semble avoir été emporté.

À travers ces trois romans, Rida Lamrini interroge ce que les parents lèguent à leurs enfants, volontairement ou malgré eux : leurs blessures, leurs fautes, leurs silences, mais aussi leur capacité à aimer, à transmettre et à ouvrir un passage vers l’avenir.

Une conviction traverse l’ensemble : face aux drames humains et aux erreurs du passé, l’amour et le pardon ne réparent pas tout, mais ils peuvent empêcher les êtres de disparaître entièrement les uns pour les autres.

Profondément liés, les trois romans peuvent néanmoins se lire indépendamment. Ensemble, ils forment une fresque homogène, portée par une même interrogation : que reste-t-il de nous dans la mémoire de ceux que nous avons aimés ?



Cette réflexion s'inscrit dans l'univers de la fresque romanesque de Rida Lamrini.

👉 Découvrir Trois romans, une traversée

mardi 19 mai 2026

Les Méandres de l’Oubli : quand la mémoire refuse de sombrer



Les Méandres de l’Oubli est le troisième volet de la fresque romanesque de Rida Lamrini. Après Tant que je peux te dire je t’aime et Aux portes des étoiles, ce roman poursuit le chemin ouvert autour de Rayan et de Salim, mais dans une tonalité plus sombre, plus tendue, presque crépusculaire.

Ici, l’amour, la filiation et la mémoire croisent le suspense, la Méditerranée, les trafics transfrontaliers et les secrets qui remontent des profondeurs. Le roman commence comme un thriller maritime, mais il s’enfonce peu à peu dans un territoire plus intime : celui de l’oubli, de l’identité perdue et des traces que les êtres laissent derrière eux.

Une nuit de tempête, un homme sans nom

Tout commence au large d’Almería, dans une nuit d’encre. La mer hurle, la pluie bat, des coups de feu éclatent au loin. André, pêcheur de Sète, et son fils Denis repêchent un homme à demi mort, blessé à la tempe, porté par un gilet de sauvetage. Il n’a ni papiers, ni nom, ni mémoire.

Ramené en France, accueilli dans la ferme familiale, l’inconnu demeure silencieux. Il semble présent et absent à la fois, comme suspendu entre deux mondes. Romy, la fille d’André, veille sur lui. Elle lui parle, l’observe, le protège. Très vite, ce qui devait être un geste d’humanité devient autre chose : une attente, un trouble, puis un amour fragile.

Une clé UBS au cœur du mystère

Dans les vêtements du naufragé, Romy découvre une clé ancienne portant trois lettres : UBS. Ce détail suffit à transformer le sauvetage en affaire. Le capitaine Roger Delmas, ami d’André, comprend que cette clé pourrait mener à un coffre parisien, à une étudiante marocaine nommée Samira, à son frère Jamal, à Lhaj, puissant patriarche du Rif, et à González, figure du crime organisé en Andalousie.

Le roman ouvre alors deux pistes parallèles. La première relève du suspense : fusillade en mer, cargaisons perdues, trafic de cannabis et de cocaïne, coopération policière entre France, Espagne et Maroc. La seconde est plus intime : qui est cet homme amnésique ? Pourquoi portait-il cette clé ? Que cherchait-il à rejoindre avant de tomber à la mer ?

Francès, ou l’homme qui revient lentement à lui-même

L’inconnu reçoit un nom : Francès. Ce nom provisoire devient presque une seconde naissance. Il permet à l’homme sans passé d’exister administrativement, mais aussi affectivement. Pour Romy, il n’est pas un dossier, ni une énigme policière : il est un être à sauver, puis un homme à aimer.

La mémoire revient par fragments. Elle ne surgit pas sous la forme d’un grand aveu, mais par éclats : un prénom, une image, un drapeau, une chanson. Les Beatles jouent ici un rôle essentiel. Leur musique agit comme une passerelle entre les années perdues et le présent. Une mélodie réveille ce que les interrogatoires ne peuvent atteindre. La mémoire, dans le roman, n’est pas seulement une affaire de faits. Elle est faite de sensations, de voix, de lieux, de gestes et de refrains.

Un roman de filiation

Les Méandres de l’Oubli prolonge la relation entre Rayan et Salim, au cœur des deux romans précédents. Rayan n’est plus seulement un personnage : il devient une présence qui traverse les livres, une voix, une trace, une énigme. Salim, devenu père à son tour, continue de porter cette question essentielle : que reste-t-il d’un père lorsqu’il disparaît ?

Le roman explore ainsi la filiation sous plusieurs angles : le père que l’on cherche, le fils que l’on n’a pas su rejoindre, la mémoire que l’on transmet malgré soi, les lignées qui se fissurent. Dans le Rif, le face-à-face entre Lhaj et Jamal montre une autre forme de rupture : celle d’un monde ancien confronté à l’ambition brutale d’une génération qui veut franchir d’autres frontières, au risque de tout perdre.

Le Rif, la Méditerranée et les routes du secret

La géographie du roman est l’un de ses grands ressorts. Almería, Sète, Montagnac, Paris, Gibraltar, le Rif et la mer d’Alboran ne sont pas de simples décors. Chaque lieu porte une fonction narrative et symbolique. La mer efface les traces, mais elle restitue aussi les corps. Paris réveille les souvenirs. Le Rif concentre les lignées, les fidélités, les trafics, les héritages et les ruptures.

Cette Méditerranée traversée par les hommes, les cargaisons et les secrets donne au roman son ampleur. Elle relie l’intime et le politique, le familial et le criminel, la mémoire personnelle et les violences du monde.

Pourquoi lire Les Méandres de l’Oubli ?

Parce que ce roman ne se contente pas de résoudre une énigme. Il pose une question plus profonde : qu’est-ce qui survit lorsque la mémoire se défait ? Un nom ? Une chanson ? Une clé ? Un amour ? Une phrase laissée derrière soi ?

À travers Romy, Francès, André, Roger, Salim, Rayan, Jamal, Samira, Lhaj et González, Rida Lamrini compose un récit où chaque personnage porte sa part d’ombre et de lumière. Certains cherchent à oublier. D’autres cherchent à savoir. Tous avancent dans les méandres d’une histoire qui refuse de disparaître.

Les Méandres de l’Oubli est un roman du suspense, de la mémoire et de la filiation. Il clôt une fresque romanesque où l’amour, la perte, le pardon et la transmission se répondent d’un livre à l’autre.

Découvrir la page du roman sur le site de Rida Lamrini


Cette réflexion s'inscrit dans l'univers de la fresque romanesque de Rida Lamrini.

👉 Découvrir Trois romans, une traversée