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Chroniques et pensées littéraires de Rida Lamrini. Un regard humaniste et universel sur l'âme humaine et nos sociétés.
Literary chronicles and thoughts by Rida Lamrini. A humanist and universal look at the human soul and our societies.

mardi 30 juin 2026

Quand un roman échappe à son auteur

Il y a des messages qui vous surprennent parce qu'ils arrivent sans prévenir.

Celui-ci tenait en une seule ligne :

« Bonjour, nous sommes 19 à commander votre livre. »

Je l'ai relu plusieurs fois. Non pas parce que je ne comprenais pas le message, mais parce que j'essayais d'imaginer ce qu'il cachait.

Qui étaient ces dix-neuf personnes ? Pourquoi avaient-elles décidé de lire le même roman en même temps ?

Je leur ai répondu presque aussitôt. Je voulais surtout savoir où elles vivaient et quel était ce club de lecture qui avait décidé de partager la même aventure. Quelques minutes plus tard, j'ai découvert qu'elles appartenaient à un club de lecture de Rabat.

Je ne les connais pas. Elles ne me connaissent pas non plus.

Et pourtant, j'ai eu le sentiment que mon roman venait de franchir une nouvelle étape.

Dans quelques jours, dix-neuf lectrices ouvriront Tant que je peux te dire je t'aime. Elles feront connaissance avec Rayan. Certaines seront peut-être touchées par son histoire, d'autres s'attacheront à un personnage secondaire. Il y aura sans doute des désaccords, des interprétations différentes, des émotions qui ne seront pas les mêmes.

Car dès l'instant où un livre s'ouvre, quelque chose d'étrange se produit.

Le roman cesse de nous appartenir. Il commence une autre vie.

Les lecteurs découvrent un autre roman

Quand on écrit un livre, on croit savoir ce que l'on raconte. On pense connaître ses personnages, ses thèmes, ses intentions. On croit avoir déposé entre les pages ce que l'on avait à dire.

Puis vient le temps des lecteurs.

Depuis la parution de Tant que je peux te dire je t'aime, je reçois des témoignages qui me surprennent souvent. Non seulement parce qu'ils sont bienveillants, mais surtout parce qu'ils me révèlent mon propre livre sous un jour nouveau.

Une lectrice m'a confié avoir retrouvé, dans ces pages, une émotion qu'elle croyait perdue depuis longtemps. D'autres y ont vu une réflexion profonde sur le pardon, la mémoire et les mystères familiaux. Ils ont parlé d'une œuvre qui se situe « entre l'introspection personnelle et une enquête intrigante », où l'écriture et les relations humaines prennent « une dimension mystique ».

Je n'avais pas consciemment pensé mon roman en ces termes. Pourtant, en les lisant, j'ai eu le sentiment qu'ils avaient vu quelque chose qui m'avait échappé.

Certains ont parlé d'espoir. On m'a écrit qu'il s'agissait d'« une ode à l'espoir » destinée à celles et ceux qui peinent à voir le bout du tunnel. En écrivant ce roman, j'étais davantage habité par la perte, la quête et les blessures de l'existence que par l'idée d'un message d'espérance.

Et pourtant, à travers le parcours de Rayan, plusieurs lecteurs ont perçu une invitation à continuer de croire en l'amour malgré les épreuves, avec une intensité émotionnelle que je n'avais pas mesurée moi-même.

D'autres encore ont insisté sur la délicatesse de l'écriture, la nostalgie de Casablanca, la quête de vérité ou la résonance poétique de certaines pages. L'un d'eux est même allé jusqu'à écrire un poème. Un autre a composé une chanson inspirée du roman.

Quel plus beau destin pour un livre ?

Le plus beau mystère de la littérature

À chaque fois, je me fais la même réflexion : le livre que j'ai écrit n'est déjà plus tout à fait celui que les lecteurs lisent.

C'est à ce moment-là que je comprends qu'un roman n'est jamais terminé lorsque son auteur pose le point final. Il commence réellement à vivre lorsqu'un lecteur l'ouvre.

Ces témoignages m'ont rappelé une chose essentielle : un roman est toujours plus vaste que l'intention de son auteur. L'écrivain écrit avec son vécu, ses blessures, ses lectures et ses intuitions. Le lecteur, lui, arrive avec sa propre histoire, ses manques, ses espérances et ses souvenirs. Il éclaire certaines pages d'une lumière que l'auteur lui-même n'avait pas vue.

C'est peut-être là le plus beau mystère de la littérature.

L'écrivain croit écrire un livre. Les lecteurs lui révèlent, parfois longtemps après, qu'il en a écrit un autre, plus vaste, plus profond, qu'il ne soupçonnait pas lui-même.

C'est la plus belle récompense qu'un auteur puisse recevoir : voir son roman devenir un véritable lieu de rencontre entre ses personnages et des inconnus qui, le temps d'une lecture, partagent une même émotion.

Ou, comme ce sera bientôt le cas à Rabat, entre dix-neuf lectrices qui ouvriront le même livre et qui, quelques jours plus tard, n'auront probablement pas lu le même roman.

Et c'est précisément ce qui me réjouit.

Un roman n'est jamais achevé le jour de sa publication.

Il continue de s'écrire dans le regard de ceux qui le lisent.


📚 Pour prolonger la lecture...

Autour de Tant que je peux te dire je t'aime

✍️ Dans L'Atelier de l'écrivain

Et vous ? Si vous avez lu Tant que je peux te dire je t'aime, qu'avez-vous vu dans ce roman que je n'ai peut-être pas vu moi-même ? Je serai heureux de vous lire en commentaire.

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