Une oeuvre dans le prolongement de Tant que je peux te dire… je t’aime
Aux portes des étoiles s’inscrit dans le sillage de Tant que je peux te dire… je t’aime, dont il prolonge les blessures, les silences et les élans de réconciliation. Il constitue une nouvelle étape d’une grande fresque romanesque consacrée à la filiation, à la mémoire et aux êtres que le passé continue de poursuivre, fresque qui trouvera sa conclusion dans Les Méandres de l’oubli.
Un roman de la blessure et de la réparation
Roman de la blessure, de la quête et de la réconciliation, Aux portes des étoiles fait se rejoindre l’intime, le mystère, l’errance et le désir de réparation. À travers Salim, fils hanté par la disparition de son père Rayan et par les déchirures de son enfance, Rida Lamrini compose un récit ample et habité sur la filiation, la mémoire, la culpabilité, le pardon et la possibilité d’aimer malgré les ruines intérieures.
Une géographie réelle et intérieure
Entre Paris, Casablanca, Annecy, Gibraltar et d’autres lieux traversés comme des seuils, le roman déploie une géographie à la fois réelle et intérieure, où chaque déplacement devient une avancée vers une vérité enfouie. Porté par une écriture sensible, généreuse et intensément incarnée, Aux portes des étoiles explore les failles laissées par l’enfance, la violence du secret familial, la persistance des absents et la force des liens qui survivent à la perte.
Une fresque humaine tournée vers la lumière
Roman du manque et de l’espérance, de l’amour naissant et de la fidélité aux êtres blessés, il poursuit une œuvre profondément humaine, attentive aux âmes vulnérables, aux êtres en déséquilibre et à ce qui, en eux, continue malgré tout de chercher la lumière.
L'écriture d'un roman continue souvent de résonner bien après le point final. L'histoire de Rayan, ses errances et ses blessures familiales ont inspiré cette magnifique création musicale inédite. Les poignantes paroles et la musique ont été composées et écrites par Adnane Benchakroun (CEO de L'ODJ.ma). Une façon bouleversante de prolonger l'univers du roman "Tant que je peux te dire je t'aime" à travers la poésie et la musique.
Les paroles de la chanson
Mon père s’éloigne, Mon fils me blâme. Ma plume témoigne, Mes mots réclament. ⸻ 🔹 Refrain Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 1. Dans l’ombre d’un départ, j’erre à Kuala Lumpur, Un homme qui s’efface, un amour sans détour. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 2. Salim me dit : “Parle, ou je raye ton nom”, Il exige un récit pour briser l’abandon. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque.
3. Les silences de l’enfance pèsent comme un cri, Un frère devenu ombre, un secret meurtri. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 4. Entre Moscou glacée et les rues de Casa, Je fuis mes rendez-vous avec le trauma. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 5. À Paris, les bombes, le chaos dans les cœurs, Et nos liens familiaux se déchirent en pleurs. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 6. Bouznika me recueille, refuge en retrait, Là, j’ose écrire enfin ce que l’on se tait. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 7. L’écriture est blessure, mais aussi pardon, Un fil entre les cendres, un fragile pont. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque. 8. Il termine ma phrase, je commence la sienne, Deux voix qui se rejoignent pour panser la haine. Tant que je peux te dire : je t’aime sans fard, J’écris pour recoudre ce monde en décalque.
Envie de découvrir l'histoire qui se cache derrière ces mots ? Retrouvez le résumé et les extraits sur la page officielle du roman.
Tant que je peux te dire je t’aime ouvre une fresque romanesque ample, sensible et profondément humaine, où l’intime se heurte sans cesse aux secousses du monde. À travers Rayan, homme parvenu à l’âge des bilans, Rida Lamrini explore ce point de bascule où l’amour, le temps, le désir, la mémoire des choix anciens et l’usure des fidélités longues obligent un être à se regarder enfin sans détour.
Une géographie intime et mondiale
Entre Casablanca, Kuala Lumpur, Moscou, Paris et le nord du Maroc, le roman déploie une géographie sensible où les déplacements extérieurs répondent aux fractures intérieures, tandis que les existences se croisent, se cherchent, se manquent, et que l’Histoire, les tensions géopolitiques, les fractures sociales et les désillusions contemporaines traversent les destins les plus privés.
Au-delà de l'histoire d'amour
Porté par une écriture ample, habitée et intensément incarnée, ce premier volet compose bien davantage qu’une histoire d’amour. Il interroge la fragilité du couple, le vertige du manque, la tentation du recommencement, la vulnérabilité des liens, mais aussi la manière dont les bouleversements politiques, sociaux et moraux atteignent les existences les plus personnelles. À travers plusieurs figures — Rayan, Camélia, Carla, Dina, Samia — Rida Lamrini déploie une matière romanesque dense, habitée par les grandes questions de l’amour, du regret, de la loyauté et de la reconquête de soi.
Roman de la passion et du doute, de l’attachement et de l’espérance, Tant que je peux te dire je t’aime inaugure une œuvre au long cours, ambitieuse et profondément humaine. C’est une fresque sur les êtres, leurs blessures, leurs élans, et sur ce qui subsiste d’eux lorsqu’aimer devient à la fois une promesse, un combat et une mémoire.
Envie de plonger dans cette fresque romanesque ? Retrouvez le résumé complet, des extraits et les points de vente sur la page officielle du roman.
Ce que doit faire un éditeur pour défendre un roman
(et ce qu’il oublie trop souvent)
📚 Qu’est-ce qui fait qu’un roman devient un best-seller,
quand un autre — parfois tout aussi fort — est condamné à l’indifférence et à l’oubli ?
On parle volontiers de talent, parfois d’inspiration, souvent de chance.
On parle beaucoup moins de ce qui se passe après qu’un roman est publié.
Pourtant, c’est là que tout se joue.
Entre les livres qui rencontrent leurs lecteurs et ceux qui disparaissent dans l’indifférence, l’écart ne tient pas toujours à la qualité du texte. Il tient souvent à l’action — ou à l’inaction — d’un acteur décisif, bien que souvent invisible : l’éditeur.
Car une fois le manuscrit accepté, l’histoire ne s’achève pas. Elle commence.
C’est à ce moment précis qu’un livre peut prendre corps, circuler, s’inscrire dans le temps — ou, au contraire, s’éteindre avant même d’avoir trouvé sa voix.
Un roman n’est pas un objet neutre. C’est une parole fragile qui demande à être portée, défendue, relayée. Publier sans défendre revient à condamner le texte à une disparition silencieuse.
Voici donc, sans langue de bois, ce qu’un éditeur est censé faire pour défendre un roman — et ce qu’il oublie trop souvent.
1. Poser une stratégie avant même l’impression
Un roman ne s’adresse jamais à « tout le monde ».
Avant toute promotion, l’éditeur doit clarifier trois choses fondamentales : à qui parle ce livre, pourquoi il paraît maintenant, et en quoi il se distingue réellement des autres.
Sans ce travail préalable, toute communication devient brouillonne, inefficace, vite oubliée.
La stratégie éditoriale n’est pas un luxe. C’est le socle.
2. Travailler le livre comme un objet désirable
On n’achète pas un livre qu’on ne regarde pas.
La couverture, le titre, la quatrième de couverture sont les premiers médiateurs entre le texte et le lecteur. Ils doivent être professionnels, lisibles, justes — jamais décoratifs pour eux-mêmes.
Un roman mal habillé, même remarquable, part avec un handicap sérieux.
La beauté ici n’est pas ornementale. Elle est fonctionnelle.
3. Activer la presse avec intelligence
La presse n’est pas morte. Elle a simplement changé de rythme.
Un éditeur doit identifier les bons relais, préparer des services de presse ciblés, rédiger des communiqués clairs, relancer avec tact. Un article bien placé peut donner au livre une légitimité durable, bien au-delà de l’effet immédiat.
La presse ne fait pas tout, mais elle peut beaucoup.
4. Défendre le livre en librairie
Sans libraires, il n’y a pas de longévité.
La diffusion logistique ne suffit pas. L’éditeur doit parler aux libraires, leur donner des clés de lecture, les convaincre que ce roman mérite une place visible et défendue.
Un libraire convaincu devient un passeur. Un libraire indifférent laisse le livre s’éteindre sur une étagère.
5. Organiser la présence numérique sans agitation
Les réseaux sociaux ne remplacent pas le travail éditorial. Ils l’amplifient — ou le caricaturent.
Une bonne présence numérique repose sur la cohérence, la régularité, le choix des bons extraits, une parole incarnée. Pas sur la saturation, ni sur l’autopromotion frénétique.
La promotion efficace est une construction lente, pas une explosion bruyante.
6. Accompagner l’auteur au lieu de l’abandonner
Un auteur n’est ni un attaché de presse, ni un influenceur par défaut.
L’éditeur doit guider, cadrer, protéger. Lui dire quand parler, comment parler, et surtout quand se taire. Un auteur bien accompagné devient un allié solide. Un auteur livré à lui-même s’épuise ou se décourage.
L’accompagnement fait partie du contrat moral.
7. Donner du temps au livre
Un roman ne se joue pas en quinze jours.
Les retours critiques, les recommandations de lecteurs, les rencontres, les prix, les clubs de lecture arrivent souvent avec délai. Un bon éditeur relance, ajuste, prolonge.
La promotion n’est pas un sprint. C’est une endurance.
Ce que beaucoup d’éditeurs ne font pas — et qui coûte cher aux livres
Ils publient sans défendre. Ils confondent promotion et agitation. Ils négligent les libraires. Ils surchargent ou ignorent les auteurs. Ils parlent de “puissance” et de “sensibilité” sans jamais dire ce que le livre remue vraiment. Ils abandonnent trop tôt.
Et surtout, ils oublient que promouvoir un roman n’est pas vendre un produit, mais organiser une rencontre.
La vérité simple
Un éditeur digne de ce nom ne se demande pas seulement : Comment vendre ce livre ?
Il se demande : Comment faire en sorte qu’il trouve ses lecteurs ?
La nuance est décisive. Elle sépare l’édition industrielle de l’édition vivante.
La science aide à construire des ponts physiques,
la littérature érige des ponts émotionnels et spirituels entre les cultures.
Loin d'être en opposition, ces deux domaines sont plutôt complémentaires.
D'abord, est-ce qu'on a une idée de l'auteur de cette réflexion ?
🗣️ Rida Lamrini :
L’origine exacte est incertaine. C’est une
citation qui circule, reprise ici ou là sans signature précise. Mais elle a la
force des intuitions collectives. On sent qu’elle résume un sentiment partagé :
la science relie les terres, la littérature relie les êtres.
2.🎙️
Chaib Hammadi : Cette citation suggère que la science facilite la compréhension du
monde matériel, alors que la littérature explore les aspects éthiques et
relationnels. Mais est-ce qu'il existe, malgré tout, une quelconque relation
entre ces deux filières qui semblent étanches ?
🗣️ Rida Lamrini :
Oui, bien sûr. Ce sont deux voies de connaissance sont complémentaires et se
croisent souvent sans se voir. Elles poursuivent le même but : comprendre ce
que nous sommes. L’une mesure, l’autre ressent. Mais toutes deux racontent, à
leur manière, notre humanité.
3.🎙️
Chaib Hammadi : En d'autres termes, la science invite au voyage extérieur, alors que
pour la littérature, ce serait plutôt une évasion intérieure ?
🗣️ Rida Lamrini :
Exactement. La science explore l’univers visible, la littérature explore les
galaxies invisibles de l’âme. Deux voyages parallèles, mais nécessaires. Sans
l’un, on ne construit pas. Sans l’autre, on ne respire pas.
4.🎙️
Chaib Hammadi : Que vous inspire cette citation qui rapproche science et littérature
tout en les opposant ?
🗣️ Rida Lamrini :
Elle m’évoque une belle complémentarité. La science connecte les corps, les
territoires, les réseaux. La littérature, elle, relie les consciences, les
sensibilités, les mémoires. L’une trace des routes, l’autre tisse des liens
invisibles. L’humanité a besoin des deux pour avancer… sans se perdre.
5.🎙️
Chaib Hammadi : À l’aube du 3ᵉ millénaire, peut-on affirmer que le scientifique et
le littéraire développent deux attitudes hermétiquement différentes ?
🗣️ Rida Lamrini :
Souvent, oui. Le système scolaire les oppose dès le départ : filières dites
“scientifiques” d’un côté, “littéraires” de l’autre. Mais cette séparation est
artificielle. Un scientifique curieux lit des romans. Un écrivain rigoureux
s’inspire parfois de la science. Ce sont les murs qui sont étanches, pas les
esprits.
6.🎙️
Chaib Hammadi : La langue, l’écriture, la littérature peuvent-elles vraiment
apporter quelque chose à la science ? Et vice versa, la science peut-elle
servir la littérature ?
🗣️
Rida Lamrini :
Absolument. Une idée scientifique mal formulée tombe dans l’oubli. Une belle
métaphore peut éveiller une vocation. Et la science, elle, offre à la
littérature des mondes, des dilemmes, des visions. L’un éclaire, l’autre
traduit.
7.🎙️
Chaib Hammadi : La science relie les peuples matériellement. Mais la littérature,
comment relie-t-elle les êtres humains ?
🗣️ Rida Lamrini :
Par l’empathie. Un roman te fait vivre la vie d’un inconnu, d’un disparu, d’un
lointain. C’est une fraternité silencieuse. On se découvre dans l’autre, sans
avoir besoin de le rencontrer.
8.🎙️
Chaib Hammadi : Peut-on dire que la littérature est une autre forme de connaissance
? En quoi se distingue-t-elle de la science ?
🗣️ Rida Lamrini :
C’est une connaissance par immersion. Elle ne démontre pas, elle suggère. Elle
ne dit pas “voilà”, elle dit “et si ?” Elle ne cherche pas la preuve, mais le
sens.
9.🎙️
Chaib Hammadi : Est-ce que la littérature permet de mieux comprendre l’humanité,
au-delà des chiffres et des faits ?
🗣️ Rida Lamrini :
Oui, parce qu’elle donne un visage aux statistiques. Elle parle des émotions,
des doutes, de ce que les courbes ne captent pas. Elle fait entendre l’individu
dans la foule.
10.🎙️ Chaib
Hammadi : En tant qu’auteur, avez-vous parfois l’impression de dire le vrai
par le faux, ou le réel par l’imaginaire ?
🗣️ Rida Lamrini :
Tout le temps. Le roman invente des vies, mais les émotions sont vraies.
L’imaginaire, c’est juste une autre manière d’atteindre la réalité — une
réalité plus profonde, parfois.
11.🎙️ Chaib
Hammadi : Vous avez souvent évoqué la fonction sociale de la littérature.
Est-ce qu’elle peut aujourd’hui encore transformer un individu ? Une société ?
🗣️ Rida Lamrini :
Oui, mais à sa manière : lentement, en silence. Elle ne soulève pas les foules,
elle les travaille en profondeur. Elle transforme un regard. Et un regard
changé, c’est déjà une révolution intime.
12.🎙️ Chaib
Hammadi : La science est souvent liée au progrès. Peut-on dire la même chose
de la littérature ?
🗣️ Rida Lamrini :
Oui, si on entend par progrès celui de l’esprit et du cœur. La littérature nous
fait avancer en nous aidant à mieux vivre
avec nous-mêmes, avec les autres, avec le monde.
13.🎙️ Chaib Hammadi : C’est là que l’on voit la séparation nette entre le Verbe et le
Nombre. Dans un monde dominé par la technologie et les données, quel est le
rôle de la fiction ?
🗣️
Rida Lamrini :
La fiction est un refuge et un miroir. Elle nous protège du bruit, elle nous
permet de penser autrement. Elle redonne du sens là où tout devient
quantifiable. Elle est là pour rappeler que l’humain ne se résume jamais à une
équation.
14.🎙️ Chaib
Hammadi : Pourquoi accorde-t-on moins de place à la littérature dans les
politiques éducatives et culturelles ?
🗣️ Rida Lamrini :
C’est simple. Parce qu’elle ne rentre pas dans des tableaux Excel. Parce qu’elle
ne rapporte pas vite, elle ne fait pas de bruit. Elle ne fait pas partie du
paradigme du retour sur investissement. Mais elle forme des esprits libres. Et
ça, c’est précieux… et parfois un peu dérangeant.
15.🎙️ Chaib
Hammadi : Enfin, comment redonner envie de lire à une jeunesse absorbée par
les écrans numériques ? Quels chemins ouvrir
pour que la littérature retrouve enfin sa voix… et sa voie ?
🗣️ Rida Lamrini :
En cessant de la présenter comme un devoir. En racontant d’abord des histoires.
En laissant les jeunes choisir, découvrir, vibrer. La lecture ne s’impose pas,
elle s’offre. Il faut qu’elle redevienne une aventure, pas une obligation.
Cette belle citation de Stendhal ouvre notre
échange… mais qu’est-ce qu’elle signifie pour vous, personnellement ?
🗣️ Rida Lamrini :
Pour moi, cette phrase résume la mission du roman : capter le réel dans sa
diversité mouvante. Le miroir ne choisit pas ce qu’il reflète. Il montre tout :
la beauté, la poussière, les ornières. Le roman, comme ce miroir, suit la route
des hommes, sans détourner les yeux.
2. 🎙️ Chaib Hammadi :
Est-ce que cela signifie que tout bon roman
est forcément réaliste ?
🗣️ Rida Lamrini :
Pas nécessairement. Un bon roman peut être fantastique, absurde ou symbolique,
et pourtant profondément vrai. Ce n’est pas le degré de réalisme qui importe,
mais la sincérité du regard porté sur l’humain. L’imaginaire, en littérature,
n’est jamais gratuit : il permet souvent d’exprimer ce que la réalité ne dit
pas, ce qu’elle censure, ce qu’elle dissimule.
3. 🎙️ Chaib Hammadi :
Mais ce miroir ne reflète-t-il pas seulement
ce que l’auteur veut bien nous montrer ?
🗣️ Rida Lamrini :
C’est là tout le paradoxe : oui, l’auteur tient le miroir… mais il ne le
contrôle jamais totalement. Les personnages prennent parfois une vie propre,
les lecteurs y projettent leur propre sens, et l’époque façonne la lecture. Ce
miroir n’est pas figé — il est vivant, mouvant, traversé par des reflets
multiples, souvent inattendus.
4. 🎙️ Chaib Hammadi :
Dans ce cas, le roman serait un instrument de
vérité ? Un outil pour mieux comprendre notre monde ?
🗣️ Rida Lamrini :
Absolument. Les romans éclairent ce que les rapports d’experts ne peuvent pas
saisir : la complexité des émotions, la lenteur des ruptures, l’ambiguïté des
choix. Ils nous font ressentir ce que nous savons sans que nous puissions
l’expliquer.
5. 🎙️ Chaib Hammadi :
Et pour le Maroc, que refléterait ce miroir
littéraire aujourd’hui ?
🗣️ Rida Lamrini :
Il montrerait ce qu’on ne voit pas dans les médias : des vies mises de côté,
des régions oubliées, des gens qu’on n’écoute jamais. Ce miroir littéraire
dirait les difficultés du quotidien, les espoirs qu’on garde pour soi. Le
problème, c’est qu’on ne regarde pas assez dans ce miroir. Il y a peu de
lecteurs… et pas assez de moyens pour faire circuler les livres.
6. 🎙️ Chaib Hammadi :
Pensez-vous que nos romans marocains
participent suffisamment au débat public ?
🗣️ Rida Lamrini :
Ils pourraient, s’ils étaient davantage lus, commentés, débattus. Mais on ne
tend pas assez ce miroir à la société. Il est souvent réservé à quelques
cercles. Il faudrait, au contraire, qu’il passe de main en main, de quartier en
quartier.
7. 🎙️ Chaib Hammadi :
Est-ce qu’il y a un risque que ce miroir
déforme la réalité ?
🗣️ Rida Lamrini :
Un roman, ce n’est pas un reportage. Il ne cherche pas à être exact, mais à
être juste. Il ne déforme pas la réalité, il la transforme pour mieux la faire
ressentir. C’est une vérité vue de l’intérieur, avec de l’émotion, du vécu. Et
c’est justement ça qui rend le miroir plus humain.
8. 🎙️ Chaib Hammadi :
Et le lecteur dans tout ça ? Il voit quoi,
lui, dans ce miroir ?
🗣️ Rida Lamrini :
Il y voit ce qu’il est prêt à y voir. Le lecteur, c’est un peu un co-auteur :
il apporte son vécu, ses questions, ses émotions. Ce qu’il lit dans un roman
dépend aussi de ce qu’il porte en lui. C’est pour ça qu’un même livre peut dire
mille choses différentes, selon qui le lit… et quand.
9. 🎙️ Chaib Hammadi :
Peut-on dire que les romans ont un pouvoir de
transformation ?
🗣️ Rida Lamrini :
Oui, sans aucun doute. Ils ne changent pas le monde directement, mais ils
changent le regard. Et changer le regard, c’est déjà préparer le changement du
monde. Tout commence par ce petit déplacement intérieur.
10. 🎙️ Chaib Hammadi :
Un dernier mot pour ceux
qui pensent que lire des romans, c’est une perte de temps ?
🗣️ Rida Lamrini :
Lire des romans, ce n’est pas perdre son temps. C’est apprendre à mieux voir.
Un roman, c’est une fenêtre ouverte sur d’autres vies, d’autres mondes.
Il dit ce que les chiffres ne peuvent pas, il fait sentir ce que les
discours oublient.
C’est une façon simple d’élargir son regard — et ça, ce n’est jamais du
temps perdu.
🎙️ 1. C’est vrai que le Maroc est une
incroyable palette d’expressions millénaires, mais la proportion culturelle
mise en valeur est infime. Tout semble concentré dans les grandes villes. Vous
en pensez quoi ?
🗣️ Je pense qu’il y a un déséquilibre criant. La
culture marocaine est d’une richesse inouïe, mais elle reste enfermée dans des
cercles restreints.
Dès que l’on sort de Rabat, Casablanca, ou Marrakech, le
désert culturel s’installe : plus de librairies, plus de cinémas, plus de lieux
pour rêver ou créer.
Or, la culture, ce n’est pas un luxe pour centre-ville :
c’est un besoin vital pour tous.
🎙️ 2. Cette misère
culturelle s’explique aussi dans la mesure où les Marocains ne consacrent que
0,5 % de leurs dépenses à la culture et aux loisirs ?
🗣️ Oui, ce chiffre est révélateur. Il montre à quel
point la culture est perçue comme secondaire.
Mais comment investir dans la culture quand l’offre est
absente ? Quand il n’y a pas de librairie dans votre ville, comment voulez-vous
acheter un livre ?
Ce n’est pas seulement une question de volonté individuelle,
c’est une question de politique publique.
🎙️ 3. Le manque de formation
artistique, le manque de promotion de la diversité culturelle locale… Est-ce
aussi une des causes ?
🗣️ Absolument. Nos régions regorgent de talents
bruts, de traditions orales, de gestes anciens, mais rien n’est mis en place
pour les valoriser.
Former, accompagner, donner les moyens de créer, voilà ce
qu’il faudrait.
Sans transmission, la culture se fige ou disparaît. Et nous
assistons aujourd’hui à un appauvrissement silencieux.
🎙️ 4. Plusieurs
régions marocaines, en particulier les zones rurales, manquent de salles de
spectacle. Moins d’un tiers des communes sont équipées de bibliothèques. On a
l'impression que la culture est un domaine réservé à l’élite...
🗣️ C’est exactement ça. La culture devrait être ce
qui unit, ce qui rassemble, et elle devient ce qui sépare.
Un territoire sans lieu culturel, c’est un territoire sans
mémoire partagée.
Et un peuple sans lieux pour penser
ensemble, c’est un peuple qu’on abandonne au vide.
🎙️ 5. Le déficit culturel a un impact
négatif sur le développement des régions. Il limite les opportunités pour les
citoyens de s'impliquer dans la vie culturelle, de développer leurs talents, de
découvrir leurs richesses locales. Pourquoi ce déficit est-il devenu si
important ?
🗣️ Parce que la culture est encore perçue comme un
ornement, et non comme un levier de développement.
Or, une bibliothèque peut transformer une jeunesse.
Une scène ouverte peut faire éclore des vocations.
Et un festival local peut redonner fierté et souffle à un
territoire.
Ce déficit culturel, c’est le reflet d’une vision politique
appauvrie de ce qu’est l’humain.
🎙️ 6. Qu'en est-il de la culture
marocaine ? Est-ce qu'elle joue, selon vous, efficacement son rôle dans le
rayonnement de notre pays ?
🗣️ La culture marocaine rayonne malgré tout. Grâce
aux artistes, aux écrivains, aux conteurs, souvent seuls, souvent précaires,
mais passionnés.
Mais à 0,25 % du budget de l’État, que peut faire un
ministère ?
Il manque une ambition. Une vision. Un souffle.
Car le Maroc ne brillera pas seulement par ses
infrastructures : il brillera s’il sait faire entendre la voix de ses
créateurs.
🎙️ 7. Le budget du ministère de la
Culture représente 0,25 % du budget général de l’État (contre 0,53 % en Algérie
et 0,71 % en Tunisie). Le Maroc connaît une multiplication de festivals. Est-ce
un signe de vitalité ?
🗣️ C’est un signe, oui… mais trompeur.
Certains festivals sont de vraies réussites.
Mais souvent, ils ne laissent aucune trace. Ils passent
comme des comètes, sans retombée locale.
Ce n’est pas en concentrant tout dans quelques événements
médiatiques que l’on construit un tissu culturel vivant.
🎙️ 8. N’y a-t-il pas
un décalage entre un discours théorique très ambitieux sur le plan
international et une activité culturelle locale faible ?
🗣️ Il y a un fossé, en effet.
On parle de « soft power », d’« exception culturelle », mais
sur le terrain, les bibliothèques ferment, les artistes peinent à vivre, les
enfants ne rencontrent jamais d’auteur.
On brandit le mot « culture », mais on oublie de le nourrir.
Ce grand écart nous fragilise.
🎙️ 9. Compte tenu des indicateurs de
précarité sociale, la culture au Maroc semble être un produit de luxe. Dans un
contexte où le taux d’analphabétisme reste élevé, à qui s’adresse la culture ?
🗣️ La culture ne devrait pas être un produit de
luxe.
Elle devrait être une réponse à la précarité.
Lire, chanter, raconter, peindre… c’est aussi résister à la
pauvreté, à l’oubli, au fatalisme.
Il faut une culture qui parle simple, mais qui parle fort.
Une culture qui n’exclut personne.
🎙️ 10. Le tableau
étant dressé, vu la situation, quel pourrait être l’apport de la société civile
pour améliorer l’accès à la culture ?
🗣️ La société civile a un rôle clé à jouer.
Elle peut inventer ce que les institutions tardent à faire.
Des bibliothèques de rue, des ateliers dans les quartiers,
des caravanes culturelles…
Partout où un citoyen crée un lieu pour lire, débattre ou
rêver, il ouvre un puits dans le désert.