Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
Romans, mémoire, transmission et regards sur notre monde. Entrez dans les coulisses de mon écriture.

Lire blog dans votre langue

Rechercher dans ce blog

jeudi 5 novembre 2026

Après le débat : regards croisés sur l’avenir du Sahara marocain

L’Atelier de l’écrivain · Regard sur le MONDE

Après ma chronique sur l’après-MINURSO et l’avenir de nos provinces du Sud, les réactions des lecteurs ont ouvert un échange qui prolonge la réflexion, la nuance et l’enrichit.


À la suite de ma chronique consacrée à l’après-MINURSO et à l’avenir de nos provinces du Sud, j’ai reçu de nombreux commentaires. Certains exprimaient leur accord, d’autres formulaient des réserves ou soulevaient des questions auxquelles mon texte n’avait pas apporté de réponse suffisante. Plusieurs interventions, par la précision de leurs arguments et la qualité de leur ton, méritaient mieux qu’un simple échange au bas d’une publication.

Cette réflexion fait directement suite à ma précédente chronique, « Après MINURSO : le Maroc face au jour d’après », dans laquelle j’interrogeais les conséquences politiques et stratégiques de cette nouvelle étape.

J’ai souhaité revenir sur ces réactions. Non pour dresser l’inventaire des opinions exprimées, ni pour attribuer chaque idée à son auteur, mais pour prolonger une réflexion qui, dès lors qu’elle est partagée, ne relève plus tout à fait de celui qui l’a initiée.

Le débat m’a rappelé une chose essentielle : écrire sur une question sensible ne consiste pas seulement à défendre une conviction. C’est aussi accepter de la confronter à d’autres regards, de mesurer ses angles morts et, lorsque les arguments le justifient, de nuancer son propre propos.

Une évolution diplomatique ne signifie pas la fin du chemin

La première idée qui ressort des échanges est un attachement profond à la cause nationale, ainsi qu’une confiance affirmée dans la capacité du Maroc à défendre ses intérêts. Cette confiance ne dispense pourtant pas d’examiner avec lucidité la portée des évolutions diplomatiques.

La fin du mandat de la MINURSO, dans les circonstances évoquées dans ma précédente chronique, constitue un tournant. Elle ne signifie pas pour autant que le dossier du Sahara marocain est définitivement clos, ni que toutes les questions politiques et diplomatiques ont trouvé leur règlement. Une étape peut être importante sans être ultime.

Il faut donc éviter deux écueils : minimiser les évolutions intervenues ou leur attribuer une portée qu’elles n’ont pas encore. La vigilance reste nécessaire. Elle suppose de suivre les rapports de force, de consolider les acquis diplomatiques et de poursuivre le travail politique avec constance.

À l’est du mur : le risque du vide

La question la plus délicate soulevée par les lecteurs concerne les espaces situés à l’est du mur de défense. Plusieurs ont attiré l’attention sur un risque concret : si la présence et la surveillance de la MINURSO s’y réduisent, le Polisario pourrait chercher à exploiter cette situation pour installer durablement des populations, des structures administratives ou une présence organisée.

Une telle évolution pourrait être utilisée pour créer un fait accompli sur le terrain, puis lui donner une portée politique et médiatique. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’un tel scénario est inévitable, mais de reconnaître qu’il mérite d’être pris au sérieux. L’absence de vigilance peut laisser à d’autres la possibilité d’occuper l’espace politique autant que le terrain.

Cette préoccupation appelle toutefois une distinction essentielle. Prévenir l’installation d’une présence hostile et préserver la sécurité ne revient pas nécessairement à préconiser une extension territoriale unilatérale ou une opération susceptible de provoquer une escalade. La réponse doit être à la fois ferme, réfléchie et juridiquement maîtrisée.

La prudence diplomatique ne doit jamais se confondre avec un renoncement à la maîtrise de la situation stratégique. Mais la volonté de prévenir un risque ne doit pas non plus conduire à créer soi-même une crise supplémentaire. C’est dans cet équilibre que se trouve la difficulté.

Le droit, la mémoire et les relations avec l’Algérie

Un autre échange a porté sur les accords conclus entre le Maroc et l’Algérie le 15 juin 1972, notamment la convention relative à la délimitation de la frontière et l’accord de coopération concernant l’exploitation et la mise en valeur du gisement de fer de Gara-Djebilet.

Ces deux instruments répondent à des objets distincts. La convention frontalière et l’accord de coopération économique ne se confondent pas. La remise en cause ou l’abandon d’une coopération liée à Gara-Djebilet ne suffit donc pas, à elle seule, à remettre en cause la convention de délimitation des frontières. Il importe de ne pas mélanger les régimes juridiques ni de tirer d’une décision concernant l’un des textes des conséquences automatiques sur l’autre.

La question soulevée n’en demeure pas moins intéressante : elle invite à examiner la cohérence des positions prises par les deux États et la manière dont les engagements passés sont interprétés aujourd’hui. Mais ce travail exige des faits établis, des textes précis et une lecture juridique rigoureuse. Sur un sujet aussi sensible, l’approximation affaiblit l’argument au lieu de le renforcer.

La mémoire des relations entre les deux pays pèse lourdement sur le présent. Elle ne devrait cependant pas enfermer l’avenir dans une succession de contentieux. Il faut pouvoir défendre ses intérêts sans renoncer à rechercher les conditions d’une relation moins conflictuelle.

La paix régionale, un horizon à préserver

Plusieurs lecteurs ont rappelé que la question du Sahara marocain ne concerne pas uniquement le Maroc et le Polisario. Il engage aussi l’équilibre du Maghreb, la sécurité régionale et les perspectives de coopération entre des pays dont les populations partagent une histoire, des liens humains et des intérêts économiques évidents.

Le dialogue avec l’Algérie ne peut être une formule de circonstance. Il suppose de reconnaître les désaccords, de mesurer les obstacles et de rechercher, chaque fois que cela devient possible, des voies de discussion. Cela ne signifie ni renoncer à ses positions ni ignorer les responsabilités de chacun. Cela signifie comprendre qu’une région durablement bloquée paie collectivement le prix de ses divisions.

La paix n’est pas un signe de faiblesse. Elle est un objectif politique exigeant, qui demande de la fermeté dans la défense de ses intérêts et suffisamment de lucidité pour ne pas transformer chaque désaccord en impasse définitive.

L’écrivain face aux questions de son temps

Ces échanges m’intéressent aussi par ce qu’ils disent de la place de l’écrivain dans le débat public. Un romancier ou un essayiste n’a pas vocation à se substituer aux diplomates, aux juristes ou aux spécialistes des relations internationales. Il peut, en revanche, contribuer à rendre les questions plus lisibles, à rapprocher des arguments et à ouvrir des pistes de réflexion.

Écrire sur l’actualité impose une responsabilité particulière : distinguer les faits des interprétations, reconnaître les incertitudes et ne pas céder à la facilité des affirmations péremptoires. La conviction est légitime ; elle ne dispense jamais de la rigueur.

Mais cette responsabilité ne s’arrête pas à la publication. Elle se prolonge dans la manière d’accueillir les réactions. Un désaccord argumenté n’est pas une attaque. Il peut devenir une occasion de préciser une pensée, de corriger une formulation ou de découvrir un aspect que l’on n’avait pas suffisamment considéré.

Le véritable intérêt du débat

Au fond, les commentaires suscités par cette chronique ont confirmé l’utilité d’un échange qui ne se limite ni à l’approbation ni à la polémique. Ils ont fait apparaître des préoccupations stratégiques, des interrogations juridiques et une aspiration commune à voir le Maroc défendre ses intérêts tout en préservant les perspectives de stabilité régionale.

Un débat de qualité ne cherche pas nécessairement à produire un accord. Il permet d’abord de mieux comprendre ce qui nous sépare, de préciser ce qui nous rapproche et de soumettre nos certitudes à l’épreuve des arguments. C’est déjà beaucoup, à une époque où les échanges publics se réduisent trop souvent à des réactions immédiates.

Et si le véritable intérêt d’un article ne résidait pas seulement dans ce que son auteur a voulu dire, mais aussi dans tout ce que ses lecteurs lui permettent de découvrir ? C’est peut-être cela, finalement, le prolongement le plus intéressant d’une réflexion : accepter qu’elle ne nous appartienne plus entièrement.

Je voudrais adresser mes remerciements les plus chaleureux à toutes celles et ceux qui ont pris le temps de réagir à ma chronique, de partager leurs analyses, d’exprimer leurs accords ou leurs réserves et, surtout, d’argumenter leurs positions avec respect et conviction.

Chacun, à sa manière, a apporté sa pierre à cette réflexion collective. Certains ont conforté des convictions ; d’autres m’ont conduit à reconsidérer certains aspects de mon analyse. Tous ont contribué à enrichir un débat dont la qualité mérite d’être saluée.

Merci pour cette confiance, cette générosité intellectuelle et cette élégance dans l’échange. Au-delà de nos différences d’appréciation, nous partageons une même exigence : réfléchir à l’avenir de notre pays avec lucidité, responsabilité et attachement à ses intérêts.

Puissions-nous faire de cette manière de débattre une habitude plutôt qu’une exception.

Pour retrouver le point de départ de cette réflexion, vous pouvez également lire ma chronique précédente : « Après MINURSO : le Maroc face au jour d’après ».

Rida Lamrini

lundi 2 novembre 2026

Après MINURSO : le Maroc face au jour d'après

Chronique — Regard sur le Monde

La fin de la mission des Nations unies ouvre une nouvelle séquence. Pour le Maroc, l’enjeu n’est plus seulement de défendre une position diplomatique, mais de transformer une évolution favorable en perspective politique durable.

Par Rida Lamrini

La fin d’une mission des Nations unies ne signifie pas nécessairement la fin d’un conflit. Elle peut même ouvrir une période plus incertaine que celle qui l’a précédée.

L'échec du Conseil de sécurité à adopter une nouvelle résolution avant l'expiration du mandat de la MINURSO marque incontestablement un tournant dans le dossier du Sahara. Mais un tournant n’est pas une ligne d’arrivée. Il serait prématuré d’y voir le règlement définitif d’une question qui, depuis des décennies, mobilise les diplomaties, nourrit les tensions régionales et pèse sur les relations entre le Maroc et l’Algérie.

Je voudrais aborder ce moment avec le regard d’un citoyen marocain préoccupé par l’avenir de son pays et de sa région. Je ne prétends pas parler en géopoliticien. Je souhaite simplement poser quelques questions, examiner les choix qui s’offrent au Maroc et défendre une conviction : la prochaine étape exigera moins de réflexes que de vision, moins de démonstrations de force que d’intelligence stratégique.

Un tournant diplomatique, mais pas un règlement définitif

Revenons d’abord aux faits. Le 30 octobre 2026, le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à adopter les deux projets de résolution qui lui étaient soumis. Le texte américain a été bloqué par le veto russe. Le projet alternatif présenté par la Russie n’a pas obtenu les neuf voix nécessaires à son adoption, les États-Unis ayant voté contre. Il ne s’agit donc pas de deux vetos qui se seraient neutralisés, mais de deux textes successivement rejetés.

Le mandat de la MINURSO est arrivé à échéance le 31 octobre. La mission, présente depuis trente-cinq ans, entre désormais dans une phase de liquidation et de retrait de ses moyens. C’est un événement considérable. Mais il faut en mesurer exactement la portée : la fin du dispositif de maintien de la paix ne vaut pas, à elle seule, règlement politique du conflit ni reconnaissance juridique définitive de la souveraineté marocaine.

Il faut également éviter une autre confusion. Le dossier du Sahara n’a pas été formellement retiré de l’ordre du jour du Conseil de sécurité. La résolution 2797, adoptée en 2025, prévoyait que le Conseil demeure saisi de la question. La non-adoption d’un nouveau texte ne suffit pas à effacer cette disposition.

Le Maroc peut légitimement considérer cette évolution comme une étape importante. Il aurait tort, cependant, de la confondre avec une victoire définitive. La diplomatie ne se juge pas seulement à ce qu’elle obtient un jour, mais à ce qu’elle est capable de construire le lendemain.

À l'est du mur : entre vigilance stratégique et prudence diplomatique

Une question mérite une attention particulière : que va-t-il se passer à l’est du mur de défense ?

La MINURSO y disposait de cinq sites d’observation, notamment à Bir Lahlou, Tifariti, Mehaires, Mijek et Agwanit. Leur rôle était de surveiller la situation sécuritaire et de contribuer à prévenir une escalade. Ils ne constituaient ni une administration territoriale ni une autorité exerçant une souveraineté.

Leur départ ouvre cependant une nouvelle période d’incertitude. Au-delà de la disparition d’un dispositif d’observation, c’est la question du contrôle de cet espace et de son éventuelle exploitation par les différentes parties qui se pose désormais.

Il serait notamment imprudent de sous-estimer le risque que le Polisario profite de cette nouvelle configuration pour renforcer sa présence sur le terrain, installer des populations civiles et tenter d’y mettre en place une forme d’administration. Une telle évolution pourrait être présentée comme une victoire politique et territoriale, alors même qu’elle ne constituerait pas, en droit international, une reconnaissance de souveraineté. Mais elle pourrait créer un fait accompli difficile à gérer et offrir à nos adversaires un nouvel argument dans leur stratégie diplomatique.

Le territoire n’est jamais une donnée secondaire dans une confrontation de cette nature. Il constitue l’une des composantes fondamentales de l’État, avec une population et un pouvoir politique organisé. Laisser se développer une présence adverse durable sur un espace stratégique pourrait donc avoir des conséquences qui dépasseraient largement la seule dimension militaire.

Le Maroc peut-il se permettre de prendre ce risque ? Certainement pas.

Pour autant, faut-il en conclure qu’il doit profiter de la disparition des postes d’observation de la MINURSO pour étendre systématiquement sa présence militaire à l’est du mur ? La question mérite une réponse plus nuancée. Une initiative précipitée pourrait provoquer des affrontements, offrir à ses adversaires un nouvel argument diplomatique et fragiliser la position que le Royaume a patiemment construite.

Il faut donc distinguer deux impératifs qui ne sont nullement contradictoires : empêcher l’installation durable de l’adversaire dans un espace stratégique et éviter toute initiative qui pourrait être interprétée comme une extension territoriale unilatérale.

La priorité du Maroc doit être de préserver ses intérêts sécuritaires, de prévenir les faits accomplis et de maintenir une capacité de réaction adaptée à l’évolution de la situation. Cela suppose également de réfléchir aux mécanismes de surveillance et de vérification susceptibles de prévenir les incidents et de garantir une certaine stabilité.

La fermeté stratégique ne commande pas nécessairement la démonstration de force. Mais la prudence diplomatique ne saurait davantage justifier un vide dont nos adversaires pourraient tirer profit.

Ne désertons pas les enceintes diplomatiques

Faut-il, dans ces circonstances, continuer à participer aux travaux de la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, chargée notamment des questions de décolonisation ?

Ma réponse est oui.

Certains pourraient considérer que cette instance ne présente plus d’intérêt au regard des évolutions enregistrées au Conseil de sécurité. Ce serait, à mon sens, une erreur. La quatrième commission demeure un lieu où le dossier du Sahara est débattu, où les délégations exposent leurs arguments et où se construit une partie de la perception internationale du conflit.

Certes, elle ne peut ni imposer un règlement ni se substituer au Conseil de sécurité. Mais la diplomatie ne se résume pas aux décisions contraignantes. Elle se joue aussi dans les espaces où se forment les opinions, où se nouent les alliances et où se gagnent, parfois patiemment, les soutiens.

Le Maroc ne doit pas y être seulement présent pour répondre aux interventions de ses adversaires. Il doit y porter une proposition lisible et convaincante. Expliquer le contenu de son plan d’autonomie, préciser les garanties institutionnelles envisagées, montrer comment les populations concernées pourraient participer à la gestion de leurs affaires et rendre compte des réalités économiques et sociales du territoire.

Il ne suffit plus d’affirmer que le plan d’autonomie constitue une solution crédible. Il faut en démontrer la faisabilité, les garanties et les perspectives. Une proposition politique gagne en force lorsqu’elle peut être examinée, discutée et comprise.

Le Sahara oriental : une réponse qui serait une erreur

Reste une idée que l’on entend parfois surgir dans le débat : le Maroc ne pourrait-il pas, en réaction aux positions algériennes, remettre sur la table la question du Sahara oriental, notamment les territoires de Tindouf et de Béchar ?

Je comprends la tentation de cette posture. Elle s’appuie sur une mémoire historique, sur des blessures anciennes et sur le sentiment que le Maroc devrait, lui aussi, disposer de moyens de pression. Mais une politique étrangère ne peut se construire sur le seul registre de la revanche.

Il existe aujourd’hui une réalité juridique qu’on ne peut ignorer : le Maroc et l’Algérie ont signé, le 15 juin 1972, une convention relative au tracé de leur frontière d’État, entrée en vigueur en 1989. Cette date est également associée à un accord de coopération concernant la mise en valeur des ressources de Gara-Djebilet. Ces engagements s’inscrivaient dans une volonté politique de rapprochement entre les deux pays.

La question de Gara-Djebilet mérite toutefois d’être distinguée de celle du tracé frontalier. La remise en cause ou l’abandon de la coopération économique prévue autour de cette ressource ne signifie pas automatiquement que la convention frontalière perd sa validité : les deux instruments doivent être examinés selon leur objet et leur régime juridique propres. Il reste néanmoins légitime de s’interroger sur la cohérence d’une attitude qui consisterait à invoquer certains engagements tout en écartant ceux qui deviennent moins avantageux.

Réouvrir unilatéralement la question territoriale serait, quoi qu’il en soit, une initiative lourde de conséquences. Surtout, elle risquerait de desservir les intérêts marocains. Comment défendre avec force le principe de l’intégrité territoriale tout en donnant le sentiment de vouloir ouvrir un nouveau contentieux frontalier ? L’Algérie disposerait alors d’un argument pour présenter le Maroc comme une puissance revendicatrice, tandis que le débat sur le Sahara occidental serait déplacé vers une confrontation territoriale plus vaste.

Il est possible de rappeler l’histoire sans en faire un programme de revendications. Le Maroc n’a aucun intérêt à ouvrir un deuxième front territorial. Sa priorité doit rester la recherche d’une solution durable au dossier du Sahara.

Passer de la défense à l’initiative

Au fond, la question qui se pose aujourd’hui au Maroc dépasse le seul avenir de la MINURSO. Elle concerne la manière dont le Royaume entend conduire la prochaine étape.

Pendant des années, notre diplomatie a dû défendre une position, répondre aux contestations et chercher à faire évoluer les rapports de force. Cette stratégie a produit des résultats qu’il serait injuste de minimiser. Mais les circonstances changent. Il faut désormais passer d’une diplomatie essentiellement défensive à une diplomatie de proposition.

Cela suppose de donner davantage de substance au projet d’autonomie, de renforcer sa crédibilité institutionnelle, d’associer les populations concernées à la réflexion sur leur avenir et de rendre plus visibles les bénéfices d’une solution politique. Cela suppose aussi de maintenir un dialogue avec les partenaires internationaux, même lorsque leurs positions ne coïncident pas avec les nôtres.

Enfin, il serait difficile d’imaginer un avenir serein pour cette région sans une évolution des relations entre Rabat et Alger. Les désaccords sont profonds, les blessures nombreuses et les discours souvent irréconciliables. Pourtant, le Maroc n’a jamais fermé la porte au dialogue. SM le Roi Mohammed VI n’a cessé de tendre la main aux dirigeants algériens, multipliant les appels à dépasser les différends, à renouer le dialogue et à ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays.

À plusieurs reprises, le Souverain a exprimé la volonté du Maroc de construire des relations fondées sur la confiance, le bon voisinage et la coopération, allant jusqu’à proposer un dialogue direct et sans conditions préalables. Cette main tendue, qui n’a pas toujours reçu l’écho espéré, demeure pourtant une invitation à sortir d’une impasse qui ne profite à personne.

Car les deux pays partagent une géographie, une histoire et des intérêts qui ne disparaîtront pas avec les crises politiques. Le Maghreb ne peut rester indéfiniment prisonnier d’une rivalité qui pénalise ses peuples, entrave les échanges et compromet ses perspectives de développement.

La fin de la MINURSO ne nous dispense donc pas de penser l’après. Elle nous y oblige.

Je crois que le Maroc a aujourd’hui l’occasion de franchir une nouvelle étape : ne pas se contenter de consolider les acquis diplomatiques, mais montrer sa capacité à construire une solution politique, à rassurer ses partenaires et à inscrire son action dans une perspective régionale.

Une victoire diplomatique n’a de véritable valeur que si elle prépare une paix durable. C’est peut-être là que se jouera le véritable enjeu du jour d’après.

jeudi 29 octobre 2026

Nos écrivains ont-ils leur place à l’université ?

La littérature marocaine contemporaine mérite davantage qu’une place dans les librairies : elle mérite de nourrir la réflexion et la formation des générations montantes.

Un chercheur et une étudiante échangent autour d’un roman dans une bibliothèque marocaine

Il y a une satisfaction particulière, pour un écrivain, à découvrir qu’un universitaire s’intéresse à son roman. Non pas simplement parce que son travail reçoit une reconnaissance, mais parce qu’un autre regard vient prolonger le sien. Le livre quitte alors les mains de son auteur pour devenir matière à réflexion, à discussion et parfois à recherche.

J’ai déjà eu l’occasion de vivre cette expérience avec des professeurs et des étudiants. Le travail qu’Abdelhalim Ziti vient de consacrer à mon roman Aux portes des étoiles m’invite à y revenir. Au-delà du plaisir que j’éprouve à voir mon livre étudié, une question me paraît mériter d’être posée : quelle place accordons-nous aux écrivains marocains contemporains dans nos universités ?

Écrire des livres est une chose. Leur donner une place dans la mémoire collective en est une autre.

Une littérature qui raconte notre temps

Un roman ne remplace ni un ouvrage d’histoire ni une étude sociologique. Il possède pourtant une manière bien à lui d’éclairer une société. L’écrivain invente des personnages, imagine des situations, explore les contradictions humaines. Par le récit, il donne chair à des réalités que les chiffres ou les analyses générales ne suffisent pas toujours à faire comprendre.

Nos écrivains racontent le Maroc, ses transformations, ses blessures, ses espoirs et ses interrogations. Ils le font dans des langues différentes, avec des sensibilités et des imaginaires qui témoignent de la richesse de notre culture. Leurs livres ne sont pas seulement des histoires destinées à divertir : ils constituent aussi une mémoire vivante de notre époque.

Encore faut-il que cette mémoire circule et se transmette.

Il serait injuste de prétendre que nos universités ignorent la littérature marocaine. Des chercheurs étudient les œuvres, des revues spécialisées accueillent leurs travaux et des formations proposent des enseignements littéraires. La question est plutôt de savoir comment donner davantage de visibilité à ces recherches et rapprocher plus régulièrement les œuvres contemporaines des étudiants.

Nous continuons, à juste titre, d’étudier les grands auteurs du passé. Mais pourquoi faudrait-il attendre qu’un écrivain d’aujourd’hui entre dans l’histoire littéraire pour que son travail retienne l’attention de la recherche universitaire ?

Un roman contemporain peut aider les étudiants à comprendre leur époque, à interroger leur société et à découvrir d’autres façons de penser le monde. Son originalité tient parfois à son ton, à son imaginaire, à la singularité de ses personnages ou à la manière dont il aborde des questions familières sous un angle inattendu.

Étudier ces œuvres ne revient pas à leur décerner prématurément un brevet de postérité. C’est accepter que la littérature continue de se créer sous nos yeux.

La littérature ne se contente pas de raconter le monde. Elle nous apprend à le regarder autrement.

Quand un chercheur rencontre un roman

C’est dans cette perspective que je vois le travail d’Abdelhalim Ziti, chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca. Son étude consacrée à Aux portes des étoiles examine notamment les représentations du drame individuel et les rapports entre mythe et réalité. J’en présente également les enjeux dans un article distinct : Aux portes des étoiles : l’étude universitaire d’Abdelhalim Ziti.

Pour aller plus loin

Une lecture universitaire de Aux portes des étoiles

Abdelhalim Ziti, chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca, consacre à ce roman une étude intitulée « Les représentations du drame individuel dans Aux portes des étoiles de Rida Lamrini : le flux entre mythe et réalité », publiée dans la Revue Internationale du Chercheur.

Consulter l’étude intégrale (PDF)

Consulter la publication scientifique originale dans la Revue Internationale du Chercheur

Contacter le chercheur

Pr Abdelhalim Ziti

Professeur associé — Université Hassan II de Casablanca

Pour échanger avec le professeur Abdelhalim Ziti au sujet de ses travaux de recherche ou de son étude consacrée au roman Aux portes des étoiles, vous pouvez le contacter directement sur son profil Facebook.

Consulter son profil Facebook

Ce qui m’intéresse dans cette démarche dépasse la satisfaction personnelle de voir mon roman faire l’objet d’une analyse universitaire. Le chercheur ne se contente pas de raconter l’histoire ou de reprendre les intentions de l’auteur. Il entre dans la construction du récit, interroge les personnages, examine les symboles et propose une lecture qui lui appartient.

Il arrive alors qu’un écrivain découvre son propre livre sous un jour nouveau. Nous écrivons avec nos intentions, nos intuitions, parfois sans mesurer toutes les implications de ce que nous mettons en scène. Le regard critique peut révéler des correspondances ou des significations que nous n’avions pas envisagées de cette manière.

Le roman poursuit ainsi son chemin. Il ne reste pas enfermé dans la vision de son créateur ; il devient un espace de réflexion partagé.

C’est, à mes yeux, l’un des apports les plus intéressants de la rencontre entre la création littéraire et la recherche universitaire. L’une explore la complexité humaine par le récit ; l’autre approfondit les lectures, questionne les choix de l’auteur et ouvre de nouvelles perspectives. Leur dialogue peut enrichir les deux démarches.

Il ne s’agit pas de demander à l’université de consacrer les écrivains, mais de lui proposer de regarder davantage ce qui se crée sous ses yeux.

Des passerelles à construire

J’aimerais que ces rencontres deviennent plus fréquentes. Que des étudiants puissent travailler sur des romans marocains contemporains, rencontrer leurs auteurs, confronter leurs interprétations et découvrir les analyses de chercheurs. Que des travaux publiés dans des revues spécialisées puissent aussi rejoindre un public plus large, grâce à des conférences, des débats ou des publications accessibles.

L’université n’a évidemment pas vocation à promouvoir les écrivains. Son indépendance critique est indispensable : une œuvre doit pouvoir être discutée, contestée, voire jugée imparfaite. Mais cette liberté n’empêche pas le dialogue. Elle lui donne au contraire sa valeur.

Les chercheurs ont des outils pour approfondir les œuvres ; les écrivains peuvent apporter leur expérience de la création ; les enseignants peuvent transmettre ces lectures et encourager les étudiants à construire leur propre jugement. Quant aux étudiants, ils découvrent une littérature qui parle aussi du monde dont ils héritent et qu’ils auront à transformer.

Il ne s’agit donc pas de faire entrer tous les romans dans les programmes universitaires. Il s’agit de permettre aux œuvres les plus fécondes, quelles que soient leur langue et leur date de publication, de trouver leur place dans la recherche, l’enseignement et le débat culturel.

Car transmettre un patrimoine ne consiste pas seulement à conserver les œuvres du passé. C’est aussi faire connaître les créations d’aujourd’hui, comprendre ce qu’elles révèlent de notre société et donner aux générations futures les moyens de les lire à leur tour.

Un livre ne s’arrête pas à sa dernière page

Je remercie Abdelhalim Ziti pour le travail qu’il a consacré à Aux portes des étoiles. Son étude me touche en tant qu’écrivain, mais elle me réjouit aussi pour ce qu’elle représente : la possibilité de voir une œuvre contemporaine devenir un objet de recherche et de réflexion.

Je souhaiterais que nos universités s’intéressent plus fortement aux créations littéraires marocaines de notre temps. Non pour multiplier les hommages aux auteurs, mais pour faire davantage circuler leurs livres, encourager les lectures critiques et rapprocher la littérature des générations montantes.

Un roman peut émouvoir, déranger, surprendre ou divertir. Il peut aussi devenir un témoignage sur une époque, un terrain d’analyse et une porte ouverte sur des questions que les étudiants continueront de se poser bien après l’avoir refermé.

La rencontre entre Abdelhalim Ziti et Aux portes des étoiles n’apporte pas, à elle seule, une réponse à toutes ces questions. Elle montre néanmoins ce que peut produire le dialogue entre un écrivain et un chercheur.

Une littérature ne reste vivante que si elle continue d’être lue, interrogée et transmise.

Et si l’université contribuait davantage à faire de nos écrivains contemporains non seulement les auteurs de livres que l’on publie, mais aussi des voix que les nouvelles générations découvrent, étudient et emportent avec elles ?

mercredi 28 octobre 2026

Le progrès nous rend-il vraiment meilleurs ? Dialogue avec Abderrazzak Berrada

Cette réflexion prolonge une interrogation que j’avais développée dans ma chronique Le progrès nous rend-il vraiment meilleurs ?. J’y questionnais déjà cette étrange contradiction de notre époque : notre capacité croissante à transformer le monde ne s’accompagne pas nécessairement d’une meilleure compréhension de nous-mêmes.

Le progrès nous promet un monde meilleur. Mais à mesure que nos connaissances s’accumulent et que notre puissance technologique s’accroît, une question demeure : devenons-nous réellement plus sages, plus justes, plus humains ?

C’est autour de cette interrogation que s’est noué un échange avec mon ami Abderrazzak Berrada, auteur de l’essai « Repères de l’histoire humaine », premier tome de sa collection « Regards sur l’humanité ». La lecture de son manuscrit m’a donné l’occasion de confronter nos regards et de poursuivre cette réflexion à la croisée de l’histoire, de la philosophie et de la condition humaine.

L’histoire pour comprendre le présent

Dans son ouvrage, Abderrazzak Berrada propose une lecture synthétique de l’aventure humaine à travers quatre grandes dimensions : les religions, la philosophie, la culture et les crises qui traversent nos sociétés.

Son ambition est de relier des connaissances souvent dispersées et de donner des repères pour mieux comprendre les dynamiques qui ont façonné notre monde. Les religions ont porté la quête de sens, la philosophie a questionné nos certitudes, la culture a exprimé nos imaginaires et les crises ont révélé les fragilités de nos civilisations.

Cette approche nous invite à considérer l’histoire non comme une simple succession d’événements, mais comme une aventure humaine faite de créations, de conflits, de progrès et de contradictions.

Elle nous ramène à une question essentielle : que faisons-nous de tout ce que l’humanité a appris au fil des siècles ?

Plus de connaissances, mais plus de sagesse ?

Jamais l’être humain n’a disposé d’autant de connaissances ni de moyens d’action. Les avancées scientifiques et technologiques ont transformé nos vies, repoussé les limites du possible et ouvert des perspectives autrefois inimaginables.

Pourtant, cette puissance nouvelle n’a pas fait disparaître la violence, les inégalités ni les conflits. L’histoire nous rappelle que les découvertes les plus extraordinaires peuvent aussi servir les ambitions les plus destructrices.

Le progrès technique ne garantit donc pas le progrès humain. Nous pouvons apprendre à maîtriser toujours mieux le monde sans apprendre à mieux vivre ensemble. Nous pouvons accroître notre puissance sans développer dans la même mesure notre sens de la responsabilité.

Nous savons de mieux en mieux comment agir. Sommes-nous devenus plus aptes à décider ce qui mérite d’être fait ?

C’est là, à mes yeux, l’un des grands paradoxes de notre époque. Le danger ne réside pas nécessairement dans le progrès lui-même, mais dans notre incapacité à en maîtriser les conséquences. L’intelligence artificielle, par exemple, ouvre des perspectives considérables tout en nous obligeant à interroger les responsabilités de ceux qui la conçoivent et l’utilisent.

La question n’est donc pas seulement de savoir jusqu’où nous pouvons aller, mais à quelles conditions nous voulons y aller.

L’histoire nous apprend-elle à éviter nos erreurs ?

Comprendre le passé ne signifie pas seulement savoir ce qui s’est produit. C’est aussi tenter de reconnaître les mécanismes qui ont conduit les sociétés à leurs accomplissements comme à leurs impasses.

Mais la connaissance de l’histoire suffit-elle à nous prémunir contre la répétition de ses tragédies ? Rien n’est moins certain. L’humanité ne manque ni d’exemples ni de leçons. Pourtant, entre la leçon comprise et la leçon appliquée s’interposent les intérêts, les passions, les rapports de force et les aveuglements collectifs.

L’histoire ne nous sauve pas à notre place. Elle nous donne des repères, élargit notre regard et peut éclairer nos choix. Encore faut-il accepter de nous en servir.

C’est pourquoi la démarche d’Abderrazzak Berrada me paraît intéressante : en reliant les religions, la philosophie, la culture et les crises, elle nous invite à prendre du recul et à mieux saisir les tensions qui traversent notre présent.

La culture, une conscience possible de l’humanité

En tant qu’écrivain, je suis particulièrement sensible à la place accordée à la culture dans cette réflexion. Elle n’est pas un simple ornement de la civilisation : elle porte les imaginaires, les interrogations et les contradictions des sociétés.

La littérature, comme la philosophie ou l’essai, peut nous placer face aux conséquences humaines de nos décisions. Elle donne un visage aux abstractions et une profondeur aux dilemmes que les réponses toutes faites cherchent parfois à simplifier.

Elle ne détient pas toutes les réponses, mais elle peut nous apprendre à mieux regarder, à écouter ce qui dérange nos certitudes et à comprendre la complexité de l’être humain.

Si nous voulons que le progrès serve véritablement l’humanité, nous ne pouvons nous contenter de former des individus capables de maîtriser des outils. Nous devons aussi cultiver leur aptitude à penser, à discerner et à mesurer les conséquences de leurs actes.

Quelle humanité voulons-nous devenir ?

Nous ne pouvons nier les bénéfices du progrès, pas plus que nous ne pouvons fermer les yeux sur ses dangers. Il ne s’agit ni de regretter un passé idéalisé ni de condamner les transformations de notre époque. Il s’agit de refuser que la nouveauté soit considérée comme une valeur en soi et que la puissance devienne son propre objectif.

Une humanité capable de conquérir le monde, mais incapable de se maîtriser elle-même, risque de transformer chacune de ses victoires en une nouvelle menace.

Le progrès ne devient véritablement humain que lorsqu’il s’accompagne de sagesse, de justice et de responsabilité. La véritable mesure de notre évolution ne réside peut-être pas seulement dans ce que nous sommes capables d’inventer, mais dans ce que nous devenons capables de faire de cette puissance.

Je remercie chaleureusement Abderrazzak Berrada de m’avoir associé à cette réflexion en me confiant son manuscrit. Son essai constitue une invitation à prendre du recul, à relier les connaissances et à poursuivre le questionnement. Et c’est sans doute l’une des grandes vertus d’un livre : non pas refermer les débats, mais nous donner de nouvelles raisons de les ouvrir.

Cher ami, ton ouvrage nous invite à regarder le chemin parcouru. Il nous appartient maintenant de nous interroger sur celui que nous voulons prendre.

Si l’histoire nous apprend ce que l’humanité a été capable d’accomplir, saurons-nous enfin apprendre d’elle ce qu’il nous reste à devenir ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Le progrès nous rend-il meilleurs, ou nous donne-t-il simplement davantage de pouvoir, sans nous apprendre à mieux l’utiliser ?

Rida Lamrini

vendredi 23 octobre 2026

Quand un chercheur explore les profondeurs d’Aux portes des étoiles

Regards sur une œuvre

Quand un chercheur explore les profondeurs d’Aux portes des étoiles

Une étude universitaire entre drame intime, mémoire, mythe et réalité

Il arrive qu’un roman poursuive son chemin bien après avoir quitté les mains de son auteur. Il rencontre ses lecteurs, suscite des interprétations, ouvre des pistes de réflexion. Parfois, il devient aussi l’objet d’une recherche universitaire.


C’est ce qui se produit avec Aux portes des étoiles, mon deuxième roman, qui fait aujourd’hui l’objet d’une étude publiée dans la Revue Internationale du Chercheur.

Une lecture universitaire

« Les représentations du drame individuel dans Aux portes des étoiles de Rida Lamrini : le flux entre mythe et réalité »

Abdelhalim Ziti · Université Hassan II de Casablanca · 2026

Son auteur, Abdelhalim Ziti, chercheur affilié à l’Université Hassan II de Casablanca, propose une lecture approfondie du roman et de ses différentes strates de signification.

Contacter le chercheur

Pr Abdelhalim Ziti

Professeur associé — Université Hassan II de Casablanca

Pour échanger avec le professeur Abdelhalim Ziti au sujet de ses travaux de recherche ou de son étude consacrée au roman Aux portes des étoiles, vous pouvez le contacter directement sur son profil Facebook.

Consulter son profil Facebook

Derrière le récit, les blessures invisibles

Que laisse derrière elle une enfance meurtrie ? Comment les drames intimes façonnent-ils les relations familiales, la construction de soi et le rapport au monde ?

L’étude d’Abdelhalim Ziti s’intéresse notamment aux traumatismes de l’enfance, aux dysfonctionnements familiaux et au poids du silence. Elle examine la manière dont ces expériences influencent les personnages et leur trajectoire.

Au cœur du roman

Les blessures de l’enfance, le silence familial et le poids du passé ne sont pas de simples éléments du récit. Ils participent à la construction des personnages et à leur manière d’habiter le monde.

Le drame individuel ne se réduit donc pas à une succession d’événements. Il s’inscrit dans la mémoire, se transmet à travers les relations humaines et pèse sur la façon dont chacun tente de se construire.

Cette lecture psychologique éclaire les tensions qui traversent le roman et invite à regarder au-delà de ce que les personnages expriment ouvertement.

Quand le mythe rencontre la réalité

Le titre de l’étude souligne une autre dimension : le dialogue entre mythe et réalité.

Le chercheur explore les symboles et les représentations qui enrichissent le récit. Il s’intéresse également à la place des lieux, de la culture et de la cuisine dans l’univers romanesque, autant d’éléments qui contribuent à inscrire les expériences individuelles dans un environnement social et culturel.

L’étude mobilise notamment des références psychologiques et symboliques pour éclairer les liens entre l’histoire personnelle, les figures familiales et les forces qui façonnent l’existence.

Le roman apparaît ainsi comme un espace où se rencontrent plusieurs dimensions : l’intime et le collectif, la mémoire et le présent, l’expérience humaine et l’imaginaire.

Une autre porte d’entrée

Au-delà de l’histoire racontée, l’analyse critique nous invite à explorer les symboles, les blessures intimes et les résonances culturelles qui donnent au roman sa profondeur.

Le roman échappe-t-il à son auteur ?

Pour un écrivain, voir son œuvre étudiée par un chercheur est une expérience particulière.

Au moment de l’écriture, l’auteur suit ses personnages, construit leurs trajectoires, organise les événements et cherche la justesse du récit. Mais une fois le livre publié, il ne maîtrise plus seul les chemins que prendra sa lecture.

Le chercheur, lui, adopte une autre démarche. Il observe, rapproche, interprète et met au jour des correspondances. Il peut faire apparaître des significations que l’auteur avait consciemment recherchées, mais aussi des résonances nées de la rencontre entre le texte et son propre regard.

C’est l’un des intérêts de la lecture critique : elle ne se contente pas de raconter le roman autrement. Elle propose une manière de le comprendre.

L’étude d’Abdelhalim Ziti offre ainsi une nouvelle porte d’entrée dans Aux portes des étoiles. Elle invite à revenir au texte, à interroger les blessures des personnages et à explorer les liens entre drame individuel, mémoire, symboles et réalité. Cette recherche soulève aussi une question plus large : quelle place nos écrivains contemporains occupent-ils à l’université ?

Une nouvelle lecture d’Aux portes des étoiles

Cette publication universitaire constitue une étape intéressante dans le parcours du roman. Elle inscrit celui-ci dans un dialogue qui dépasse la relation habituelle entre l’écrivain et son lecteur : celui qui se noue entre la création littéraire et la recherche.

Je remercie le chercheur pour l’attention portée à mon travail. Son étude me donne surtout envie de revenir à cette question essentielle : que reste-t-il d’une histoire lorsque chacun de ses lecteurs y découvre une vérité différente ?

Le mot de la fin

Un roman ne se referme pas nécessairement avec sa dernière page. Il continue parfois de vivre dans les questions qu’il laisse derrière lui.

Pour prolonger la lecture

Découvrez Aux portes des étoiles

Retrouvez la présentation du roman, son analyse et la section consacrée à l’étude universitaire sur mon site officiel.

Découvrir le roman et l’étude  →

Pour aller plus loin

Référence bibliographique

Ziti, Abdelhalim (2026). « Les représentations du drame individuel dans Aux portes des étoiles de Rida Lamrini : le flux entre mythe et réalité ». Revue Internationale du Chercheur, vol. 7, no 1, p. 1116–1137. Publication du 18 mars 2026.

Consulter l’article original ↗

Vous pouvez également lire ou télécharger le texte intégral en PDF depuis mon site.

Prolonger la lecture autour d’Aux portes des étoiles

L’étude universitaire ouvre plusieurs pistes de lecture. Pour découvrir d’autres facettes du roman, de sa genèse à sa réception critique, voici quelques articles complémentaires :

Retrouver le roman et l’étude sur mon site →

Consulter la publication scientifique originale dans la Revue Internationale du Chercheur

jeudi 22 octobre 2026

Le progrès nous rend-il vraiment meilleurs ?

Le progrès entre lumière et ombre

Progrès technique, justice et responsabilité humaine

Une rose qui s’éveille sous la rosée du matin, un papillon dessinant de gracieuses arabesques dans les airs, l’envol majestueux d’une colonie de flamants roses au-dessus d’un étang ou les derniers feux d’un coucher de soleil sur l’océan : autant de spectacles qui rappellent la beauté du monde et la chance de pouvoir en être les témoins. La vie, dans sa fragilité même, possède quelque chose de merveilleux.

Mais cette beauté coexiste avec des réalités qui laissent perplexe. Comment concilier les merveilles que la nature offre à l’humanité avec les violences que celle-ci s’inflige ? Comment comprendre qu’une espèce capable de repousser sans cesse les frontières de la connaissance demeure confrontée à des problèmes qu’elle semble incapable de résoudre ? Et comment envisager l’avenir avec confiance lorsque les progrès les plus spectaculaires s’accompagnent de menaces nouvelles et de crises persistantes ?

Ces questions prennent une dimension particulière à l’heure où le monde connaît une accélération scientifique et technologique sans précédent dans l’histoire récente.

Il suffit de mesurer le chemin parcouru en quelques générations. De l’électricité généralisée à la télévision, des premiers pas de l’homme sur la Lune au décryptage du génome humain, de la révolution d’Internet à l’irruption de l’intelligence artificielle, les connaissances et les capacités humaines ont progressé à un rythme vertigineux. Les distances se sont réduites, l’information circule presque instantanément, les découvertes scientifiques ouvrent des perspectives autrefois inimaginables.

Tout cela devait augurer de lendemains meilleurs. Le progrès devait contribuer à libérer l’homme de la misère, de l’ignorance et des contraintes qui entravaient son développement. Pourtant, une question fondamentale demeure : l’humanité est-elle réellement devenue plus apte à résoudre ses problèmes à mesure qu’elle acquiert les moyens de le faire ?

À lire également

Découvrez les autres réflexions et chroniques de Rida Lamrini sur son blog littéraire et son site officiel.

Des richesses toujours plus grandes, des inégalités persistantes

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction et la mise en place d’un nouvel ordre international ont nourri l’espoir d’un développement plus équitable. Des institutions ont été créées, des politiques de coopération engagées et des programmes de lutte contre la pauvreté déployés. Des progrès considérables ont été accomplis, et des millions de personnes ont pu améliorer leurs conditions de vie.

L’Année internationale du microcrédit, proclamée par les Nations unies en 2005, illustrait cette volonté de donner aux populations les plus démunies les moyens de créer leur propre activité et de conquérir une autonomie économique. L’ambition était claire : ne plus considérer les personnes pauvres comme de simples bénéficiaires de l’assistance, mais leur permettre de devenir actrices de leur propre développement.

Cette démarche a contribué à faire évoluer les approches de la lutte contre la pauvreté. Elle n’a cependant pas fait disparaître les obstacles structurels auxquels se heurtent encore des millions de personnes : accès insuffisant à l’éducation, aux soins, au financement, à l’emploi et aux conditions élémentaires d’une existence digne.

Dans le même temps, les grandes fortunes atteignent des sommets vertigineux et la concentration des richesses suscite des interrogations croissantes. Le problème ne réside pas dans la richesse en elle-même, mais dans la capacité des sociétés à transformer la prospérité économique en progrès partagé.

Comment expliquer qu’une humanité capable de produire autant de richesses ne parvienne pas à garantir à chacun les moyens élémentaires de vivre dignement ? Le progrès économique peut-il être considéré comme une réussite lorsqu’une partie de la population demeure durablement à l’écart de ses bénéfices ?

La paix, cet idéal toujours inaccompli

La guerre constitue une autre contradiction majeure de notre époque. Après les atrocités du XXe siècle, la communauté internationale s’est dotée d’institutions et de règles destinées à préserver la paix, à protéger les populations et à encadrer le recours à la force. La Charte des Nations unies a consacré des principes essentiels, notamment l’interdiction du recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique des États, sous réserve des exceptions prévues par le droit international.

L’ambition était immense : substituer progressivement le droit à la loi du plus fort.

Pourtant, cet édifice demeure fragile. Les conflits persistent, les principes juridiques sont contestés ou bafoués et les mécanismes collectifs de prévention et de règlement des crises se heurtent aux rivalités entre puissances. Les populations civiles en paient souvent le prix le plus lourd, prises au piège de combats qui détruisent leurs maisons, leurs infrastructures, leurs moyens de subsistance et parfois jusqu’à toute perspective d’avenir.

La notion de « guerre juste » elle-même soulève une difficulté morale : la légitimité invoquée d’une cause suffit-elle à justifier les souffrances infligées ? Le droit international distingue les conditions dans lesquelles la force peut être employée des règles qui doivent être respectées pendant les hostilités. Mais aucune qualification juridique ne saurait effacer la tragédie humaine d’une guerre.

Le paradoxe est saisissant. Jamais les sociétés n’ont disposé d’autant de moyens de communication, de négociation et de connaissance mutuelle. Pourtant, les rapports de force continuent trop souvent de l’emporter sur la recherche de solutions politiques.

À quoi servent les principes que les nations proclament si leur application dépend finalement de la puissance de ceux qui sont appelés à les respecter ?

Quand les outils du progrès menacent notre liberté

Les contradictions du progrès ne se limitent ni à l’économie ni aux relations internationales. Elles se manifestent également dans notre vie quotidienne.

Le smartphone est une invention remarquable. Il permet de communiquer instantanément, d’accéder à des ressources documentaires considérables, de s’informer, d’apprendre et de maintenir des liens par-delà les distances. Il offre des possibilités qui auraient paru extraordinaires il y a quelques décennies.

Mais ce même outil peut devenir un instrument de captation permanente de l’attention. Le défilement incessant des vidéos, la recherche du sensationnel et la diffusion de contenus trompeurs peuvent prendre le pas sur la réflexion, la lecture approfondie et la compréhension des événements.

Le problème n’est donc pas la technologie elle-même, mais l’usage qui en est fait et les mécanismes économiques qui encouragent parfois la consommation compulsive de contenus. Lorsque l’attention devient une ressource à exploiter, l’utilisateur risque de perdre une part de la liberté que l’outil était censé lui offrir.

À cela s’ajoute une difficulté nouvelle : la frontière entre information vérifiée, manipulation et fabrication artificielle de la réalité devient plus difficile à discerner. Dans un monde saturé de messages et d’images, disposer d’un accès illimité à l’information ne garantit ni la connaissance ni le discernement.

Le progrès technique suffit-il à faire progresser l’intelligence collective ? Ou faut-il, au contraire, apprendre à maîtriser nos outils pour qu’ils ne finissent pas par déterminer à notre place ce qui mérite notre attention ?

L’intelligence artificielle : une promesse et une responsabilité

L’intelligence artificielle pousse ces interrogations encore plus loin. Elle peut contribuer aux avancées médicales, faciliter l’accès au savoir, accélérer la recherche, améliorer certains services et ouvrir de nouvelles possibilités de création. Elle constitue un instrument puissant, dont les applications peuvent bénéficier à des secteurs entiers de l’activité humaine.

Mais son développement soulève aussi des questions fondamentales. Comment garantir la fiabilité des informations qu’elle produit ? Comment protéger les données personnelles, prévenir les manipulations et limiter les usages malveillants ? Comment éviter que les bénéfices de cette technologie ne se concentrent entre les mains de quelques entreprises ou de quelques États ?

Une autre inquiétude concerne notre capacité à maîtriser les conséquences d’outils dont les performances évoluent rapidement. Les alertes exprimées par certains spécialistes et concepteurs de l’IA méritent d’être prises au sérieux, sans pour autant transformer les scénarios les plus alarmistes en certitudes.

Le risque ne réside pas nécessairement dans une machine qui se retournerait un jour contre son créateur. Il peut aussi naître de décisions humaines : déléguer aveuglément des responsabilités, automatiser des choix sans contrôle suffisant, manipuler l’opinion ou concentrer un pouvoir considérable entre quelques mains.

L’enjeu dépasse donc la seule performance des machines. Il concerne la responsabilité de ceux qui les conçoivent, de ceux qui les utilisent et des institutions chargées d'en encadrer les applications.

L’humanité a toujours inventé des outils capables d’accroître sa puissance. La question est désormais de savoir si sa capacité à anticiper les conséquences de ses inventions progressera au même rythme.

Les frontières, les croyances et les dérives du pouvoir

Les mêmes contradictions apparaissent dans la manière dont les sociétés traitent les grandes questions humaines.

Les migrations en sont une illustration frappante. Des hommes, des femmes et des enfants risquent leur vie pour fuir la guerre, les persécutions, la misère ou l’absence de perspectives. Leur parcours se heurte parfois à des frontières fermées, à des réseaux de passeurs et à des politiques qui ne parviennent pas à concilier les impératifs de contrôle avec le respect des droits fondamentaux.

Les États ont le droit de définir leur politique migratoire et de protéger leurs frontières. Mais cette responsabilité ne saurait effacer les obligations de protection des personnes vulnérables ni les drames humains qui se jouent aux portes de territoires prospères.

Comment concilier souveraineté nationale, solidarité internationale et respect de la dignité humaine ? La question ne se résout ni par l’ouverture sans conditions ni par la fermeture érigée en principe absolu. Elle exige des politiques cohérentes, une coopération internationale et une volonté de s’attaquer aux causes des départs forcés.

Les extrémismes religieux révèlent une autre fracture. Lorsque des convictions spirituelles sont instrumentalisées pour justifier le meurtre, la persécution ou la domination, la religion devient un prétexte au service de la violence. Aucune croyance ne devrait dispenser de la responsabilité morale ni autoriser à nier à autrui le droit de vivre et de penser librement.

Les dérives politiques ne sont pas moins préoccupantes. L’élection démocratique confère une légitimité à l’exercice du pouvoir, mais elle ne constitue pas un blanc-seing. La démocratie suppose également le respect des libertés, des contre-pouvoirs, de l’État de droit et de l’intérêt général. Lorsque la vanité personnelle, la recherche du pouvoir pour lui-même ou les intérêts particuliers prennent le dessus, les institutions perdent progressivement leur raison d’être.

Là encore, le problème ne tient pas à l’absence de principes. Il tient à la difficulté de les faire respecter lorsque leur application contrarie ceux qui disposent du pouvoir.

Le narcotrafic, une menace qui dépasse les frontières

À ces fractures s’ajoute le développement de formes de criminalité organisée dont les moyens financiers et les ramifications internationales mettent à l’épreuve les capacités des États.

Le narcotrafic ne se limite pas à la circulation de substances illicites. Il peut alimenter la corruption, financer d’autres activités criminelles, intimider les populations et fragiliser les institutions. Lorsque les réseaux criminels disposent de ressources considérables et exploitent les failles de la coopération internationale, ils deviennent capables de contester concrètement l’autorité publique.

La réponse ne peut se réduire à des opérations ponctuelles ou à des mesures de répression isolées. Elle suppose une action coordonnée entre les pays, des institutions judiciaires solides, la lutte contre le blanchiment, la prévention de la corruption et des politiques de prévention adaptées.

Il faut également s’interroger sur les conditions sociales qui rendent certaines populations vulnérables au recrutement par les organisations criminelles.

Face à un phénomène transnational, aucun État ne peut agir durablement seul. Le retard pris dans la coordination des moyens, l’insuffisance des réponses ou la complaisance de certains acteurs peuvent laisser les réseaux étendre leur influence.

La question est donc moins de savoir si le narcotrafic constitue une menace que de déterminer si les sociétés sauront mobiliser, à temps, les moyens politiques, judiciaires et humains nécessaires pour y faire face.

Le progrès suffit-il à garantir un avenir meilleur ?

Pauvreté persistante, conflits armés, inégalités, dérives technologiques, migrations tragiques, extrémismes, abus de pouvoir et criminalité organisée : ces phénomènes sont différents, mais ils mettent en lumière une même contradiction. L’humanité dispose de capacités sans cesse accrues pour transformer son environnement et améliorer ses conditions de vie, sans parvenir systématiquement à mettre ces capacités au service du bien commun.

Faut-il pour autant dresser un bilan exclusivement sombre de notre époque ? Ce serait oublier les avancées médicales, l’accès élargi à l’éducation, les progrès accomplis dans de nombreux domaines, les initiatives de solidarité et les femmes et les hommes qui œuvrent chaque jour à résoudre des problèmes que d’autres jugent insurmontables.

Le monde n’est ni uniformément meilleur ni irrémédiablement condamné à se dégrader. Il est traversé de tendances contradictoires, de progrès réels et de reculs inquiétants. Toute analyse lucide doit tenir compte de cette complexité, sans céder ni à l’optimisme béat ni au pessimisme systématique.

Reste une question essentielle : que voulons-nous faire du progrès ?

La science ne détermine pas, à elle seule, les finalités de nos sociétés. La technologie ne garantit pas la justice. La croissance économique ne produit pas automatiquement la solidarité. Et la connaissance ne conduit pas nécessairement à la sagesse.

Tout dépend aussi des choix collectifs, des priorités politiques, des responsabilités assumées et de la place accordée à la dignité humaine. Les outils dont nous disposons peuvent contribuer à construire un monde plus juste, mais ils peuvent également renforcer les inégalités, les dépendances et les rapports de domination.

L’avenir n’est donc pas écrit d’avance. Il dépend, pour une part essentielle, de la manière dont les sociétés sauront orienter leurs découvertes, leurs richesses et leurs institutions.

L’espoir ne consiste pas à nier les dangers ni à supposer que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes. Il consiste à reconnaître que des solutions restent possibles, que les erreurs peuvent être corrigées et que les choix humains conservent leur importance.

Au fond, la véritable mesure du progrès ne devrait pas être seulement ce que l’humanité est capable d’inventer, de produire ou de conquérir. Elle devrait aussi être ce qu’elle parvient à préserver, à partager et à rendre accessible au plus grand nombre.

La question n’est donc pas simplement de savoir si demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Elle est de savoir ce que nous sommes collectivement prêts à entreprendre pour qu’il le devienne.

Rida Lamrini

vendredi 16 octobre 2026

Un homme sans mémoire : que reste-t-il de lui lorsque son passé disparaît ?

Autour d’un roman

Un homme sans mémoire : que reste-t-il de lui lorsque son passé disparaît ?

Mémoire, identité et secrets : que reste-t-il de nous lorsque notre passé nous échappe ?

Le visage d’un homme apparaît fragmenté dans les éclats d’un miroir brisé.
Le visage d’un homme apparaît fragmenté dans les éclats d’un miroir brisé.

Il y a des mystères que l’on cherche chez les autres. Et puis il y a ceux qui se cachent dans sa propre histoire.

Quand la mémoire ne répond plus

Imaginez un homme qui ne se souvient plus de sa vie.

Autour de lui, le monde continue d’exister. Des événements ont lieu, des décisions sont prises, des liens sont noués. On l’interroge sur son passé, on tente de lui faire raconter ce qu’il a vécu.

Mais rien ne revient vraiment. Aucun souvenir n’émerge de sa mémoire éteinte.

Retrouver son passé, est-ce retrouver la vérité ?

Comment reconnaître sa propre histoire lorsqu’on ne s’en souvient plus ?

Et surtout, à qui faire confiance quand sa mémoire ne peut plus lui servir de témoin ?

Tout devient troublant. Car cet homme ne cherche pas simplement à retrouver des souvenirs perdus. Il tente de comprendre qui il est, ce qui l’a conduit jusqu’à cette situation et quelle part de vérité se dissimule derrière ce qu’il entend.

Chaque réponse pourrait lui permettre d’avancer. Mais peut-elle aussi l’égarer ? Et si retrouver son passé ne signifiait pas nécessairement retrouver la paix ?

Le passé, cette part de nous qui nous échappe

C’est cette situation que traite mon roman, Les Méandres de l’Oubli, prévu pour paraître en janvier 2027.

Couverture provisoire du roman Les Méandres de l’Oubli, de Rida Lamrini.
Couverture provisoire du roman Les Méandres de l’Oubli.

Le roman ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme atteint d’amnésie, mais explore également le vertige qui naît lorsqu’on ne peut plus se fier à soi-même, lorsqu’il faut reconstituer son existence à partir de fragments, de témoignages et de questions sans réponse.

Car le passé n’est pas seulement ce qui nous est arrivé. C’est aussi ce que nous en avons retenu, ce que nous en avons compris, parfois ce que nous avons préféré enfouir. Il nous accompagne, même lorsque nous croyons l’avoir laissé derrière nous.

Mais que se passe-t-il lorsque ce passé devient soudain un territoire inconnu ?

Je ne vous en dirai pas davantage aujourd’hui. Je préfère vous laisser découvrir, le moment venu, les méandres dans lesquels cet homme devra s’engager pour retrouver le fil de son histoire.

Une question qui nous concerne tous

En refermant ce roman, pourrions-nous nous empêcher de nous poser cette question : que ferions-nous si nous découvrions un jour que nous avons oublié une partie essentielle de notre vie ? Chercherions-nous à tout prix à la retrouver, même si la vérité risquait de bouleverser tout ce que nous croyons savoir de nous-mêmes ?

Elle m’intéresse aussi pour ce qu’elle révèle de chacun de nous.

Rida Lamrini, auteur

Rida Lamrini

J’explore dans mes romans les secrets, les failles de la mémoire et les zones d’ombre qui façonnent nos identités. Dans cet espace, je partage les coulisses de l’écriture et les questions qui accompagnent mes livres.

Pour prolonger la lecture