Chroniques et pensées littéraires de Rida Lamrini. Un regard humaniste et universel sur l'âme humaine et nos sociétés.
Literary chronicles and thoughts by Rida Lamrini. A humanist and universal look at the human soul and our societies.

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jeudi 6 août 2026

Comment naît un roman ?


Comment naît un roman ? Commence-t-il par une idée, un personnage ou une intrigue ? Après plusieurs romans publiés, je partage ici ce que l’expérience m’a appris sur cette étape invisible qui précède toujours la première page.

Chaque année, des milliers de personnes rêvent d’écrire un roman.

Certaines imaginent une intrigue brillante. D’autres remplissent des carnets de notes. Beaucoup attendent l’idée parfaite.

Pourtant, après plusieurs romans publiés, je suis arrivé à une conclusion qui surprend parfois : un roman ne commence presque jamais par une idée.

Il commence bien avant.

Une idée ne suffit pas

Nous avons tous des idées.

En discutant avec des lecteurs, il m’arrive souvent d’entendre :

« J’ai une excellente idée de roman. »

Je les crois volontiers.

Mais une idée, même excellente, ne garantit rien. Elle peut séduire pendant une journée, puis s’évanouir sans laisser de trace.

Un roman, lui, exige des semaines, des mois, parfois plusieurs années de travail. Pour traverser cette durée, il faut davantage qu’une idée : une présence intérieure qui refuse de disparaître.

Tout commence souvent par une émotion

Chez moi, un roman naît rarement d’un scénario.

Il naît d’une émotion.

Une scène aperçue au détour d’une rue. Un regard. Une phrase entendue presque par hasard. Une séparation. Un silence. Ou simplement une question qui revient sans cesse, sans que je sache encore pourquoi.

Cette émotion ne raconte pas encore une histoire.

Elle ouvre une porte.

Je ne cherche pas immédiatement à écrire. Je laisse cette présence m’accompagner. Elle revient pendant une promenade, s’invite au milieu d’une lecture, réapparaît au réveil.

Lorsqu’elle insiste ainsi, je comprends qu’un roman cherche peut-être à naître.

Puis un personnage prend la parole

Vient ensuite le moment le plus mystérieux.

Un personnage apparaît.

Je ne l’invente jamais tout à fait. J’ai souvent l’impression qu’il vient à ma rencontre.

Alors je commence à le découvrir.

Que cherche-t-il ?

De quoi a-t-il peur ?

Qu’est-il prêt à perdre ?

Que cache-t-il aux autres… et peut-être à lui-même ?

À partir de là, le roman commence véritablement à respirer. L’intrigue n’est plus une construction abstraite : elle devient la conséquence naturelle des choix, des blessures et des contradictions de ce personnage.

Le temps invisible du roman

Il existe une période dont les lecteurs ne soupçonnent généralement pas l’importance.

Celle où rien ne semble avancer.

Je prends des notes. Je remplis quelques pages d’un carnet. J’efface. Je recommence. Je laisse parfois le projet de côté pendant plusieurs semaines.

Non par découragement.

Parce que, même lorsque je n’écris pas, le roman continue de travailler en silence.

Cette maturation est indispensable. On ne force pas un roman à naître. Comme certaines rencontres, il possède son propre rythme.

Le moment où l’écriture devient inévitable

Puis arrive un instant particulier.

Sans que je puisse toujours l’expliquer, je sens que le livre est prêt.

Les personnages existent. Leur voix m’est devenue familière. Je connais leurs blessures, leurs contradictions, leurs désirs. Je devine ce qu’ils taisent, ce qu’ils espèrent, ce qu’ils redoutent.

Alors seulement, je peux écrire la première page.

En réalité, cette première page n’est pas un commencement. Elle est l’aboutissement d’un long chemin invisible.

Une leçon que mes romans m’ont apprise

Au fil des années, j’ai compris qu’il fallait se méfier des idées qui brillent immédiatement.

Certaines séduisent d’emblée, mais s’épuisent très vite. D’autres paraissent presque insignifiantes au départ. Pourtant, elles reviennent. Elles résistent au temps. Elles s’enrichissent au contact des personnages.

Ce sont souvent elles qui deviennent des romans.

J’ai appris à leur faire confiance.

Conclusion

Comment naît un roman ?

Pas au moment où l’on ouvre un ordinateur.

Pas lorsque l’on écrit le premier chapitre.

Il naît bien avant.

Dans une émotion qui persiste.

Dans une question qui refuse de s’éteindre.

Dans un personnage qui commence lentement à vivre.

C’est peut-être là le véritable travail du romancier : savoir reconnaître ces histoires qui frappent discrètement à la porte, puis avoir la patience de les laisser grandir avant de les écrire.

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Dans L’Atelier de l’écrivain

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  • À venir : Pourquoi certaines idées, pourtant séduisantes, ne dépassent jamais quelques pages… tandis que d’autres finissent par devenir un roman.

Vous aimez découvrir les coulisses de la création romanesque ?

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dimanche 2 août 2026

L’écriture comme nécessité... Pourquoi j’écris


Certaines pages ne naissent pas de l'actualité. Elles naissent d'un besoin de mettre des mots sur ce qui nous anime profondément. Depuis longtemps, on me demande pourquoi j'écris.

La question semble simple. Pourtant, avec les années, je comprends qu’elle ne se laisse pas enfermer dans une réponse unique.

Voici la réponse la plus sincère que je puisse apporter aujourd'hui.

Une nécessité plus qu’un choix

On n’écrit jamais pour une seule raison. On écrit parce que des forces diverses, souvent souterraines, finissent par converger vers une même nécessité.

Je n’écris pas pour ajouter un titre aux rayonnages d’une bibliothèque. Je n’écris pas non plus pour distraire quelques lecteurs pendant quelques heures.

J’écris parce que certains personnages, certaines blessures, certaines espérances continuent de vivre en moi et réclament un lieu où respirer.

Bien avant qu’un roman ne trouve son premier mot, il existe déjà autrement. Ce sont des silhouettes qui apparaissent, des voix qui reviennent, des regards qui questionnent, une scène qui refuse de s’effacer. Rien n’est encore ordonné, rien n’est encore écrit. Mais quelque chose insiste. Comme si ces personnages s’étaient invités dans mon imaginaire et attendaient que je leur ouvre enfin la porte.

Écrire, c’est accepter cette rencontre.

Des personnages avant une intrigue

Je ne pars presque jamais d’une intrigue.

Je pars d'une question. Une question qui me poursuit parfois longtemps avant de trouver les personnages capables de l'incarner.

Ce qui me met en mouvement, ce sont les êtres : leur manière d’aimer, de se tromper, de résister, de renoncer. Les événements ne m’intéressent que par les bouleversements qu’ils provoquent. Une séparation, une disparition, un secret, une guerre ou un simple hasard ne deviennent romanesques qu’à l’instant où ils ébranlent une conscience.

Le roman est, pour moi, l'endroit où l'on peut regarder l'être humain avec une patience que la vie ne nous accorde pas toujours.

Il permet d’explorer ce que la vie quotidienne laisse souvent dans l’ombre : les contradictions, les doutes, les silences, les choix impossibles, les fidélités qui survivent au temps, les renoncements qui façonnent une existence. Je ne cherche ni à démontrer une idée ni à délivrer une leçon. Je préfère suivre un personnage jusqu’au lieu où il ignore encore ce qu’il est.

Les questions qui traversent mes romans

C’est sans doute pourquoi la mémoire occupe une place si importante dans mes livres.

Nous sommes tous les héritiers de notre passé. Il nous construit, nous protège parfois, nous enferme aussi. Certains cherchent à retrouver ce qu’ils ont perdu ; d’autres tentent d’échapper à des souvenirs devenus trop lourds. Entre mémoire et oubli se joue une part essentielle de notre identité. Ce territoire me fascine parce qu’il est profondément humain.

L’amour traverse également mes romans, non comme une promesse de bonheur éternel, mais comme une expérience qui révèle chacun à lui-même. Il est fait de rencontres, bien sûr, mais aussi de distance, de silence, de fidélité, de doute, de temps qui passe et transforme les êtres. C’est dans cette complexité que je le trouve le plus vrai.

On classe volontiers les livres : roman psychologique, thriller, roman historique… Je comprends cette nécessité. Elle aide à s’orienter parmi des milliers d’ouvrages. Pourtant, lorsque j’écris, ces frontières s’effacent.

Le suspense m’intéresse lorsqu’il éclaire les personnages, non lorsqu’il accumule les effets. L’Histoire me passionne lorsqu’elle rejoint des destins individuels. L’émotion me touche lorsqu’elle naît naturellement d’une situation humaine. Si mes romans empruntent plusieurs chemins, c’est toujours pour revenir à une même interrogation : qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ?

Le lecteur achève le livre

Je crois profondément que la littérature ne donne pas des réponses. Elle apprend à regarder autrement.

Un roman n’a pas vocation à clore une réflexion, mais à l’ouvrir. Il invite le lecteur à poursuivre le chemin avec ses propres souvenirs, ses blessures, ses questions. Deux personnes ne lisent jamais exactement le même livre. Chacune y reconnaît quelque chose qui lui appartient. C’est sans doute l’un des plus beaux pouvoirs de la littérature.

À partir de cet instant, le livre cesse d’être seulement celui de son auteur.

Il devient celui de son lecteur.

Celui-ci y découvre parfois ce que l’écrivain n’avait pas consciemment déposé. Il éclaire une phrase, donne un sens inattendu à un personnage, établit des liens que rien ne semblait annoncer. L’œuvre continue alors de grandir loin de celui qui l’a écrite.

Une manière d’habiter le monde

Écrire ne consiste pas à imposer une vision du monde. C’est proposer un espace où une rencontre devient possible : entre une histoire et une sensibilité, entre une expérience imaginaire et une expérience vécue, entre deux êtres qui ne se connaîtront peut-être jamais et qui, pourtant, partageront pendant quelques heures une même émotion.

Si je continue d’écrire, c’est sans doute pour cela.

Parce que chaque nouveau roman est une exploration renouvelée de la condition humaine. Parce qu’aucun personnage ne ressemble tout à fait au précédent. Parce qu’aucune question essentielle n’est définitivement résolue.

Et parce que je demeure convaincu que la littérature possède une force singulière : celle de nous aider à mieux comprendre les autres, tout en nous invitant, discrètement, à mieux nous comprendre nous-mêmes.

Je ne sais pas combien de romans il me reste à écrire. Je sais seulement que tant qu'une histoire viendra frapper à ma porte, je continuerai à lui ouvrir. Parce qu'au fond, écrire n'a jamais été pour moi une manière d'occuper le temps.

C'est une manière d'habiter le monde.

Rida Lamrini

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Habiter la littérature


Depuis plusieurs mois, je construis progressivement les pages fondatrices de mon site officiel. Après « Pourquoi j’écris », je souhaitais partager une réflexion plus large sur ma conception de la littérature. Ce texte ne parle pas seulement de mes romans ; il exprime la manière dont je regarde le roman comme espace d’exploration de la condition humaine.

La littérature accompagne l’humanité depuis des siècles. Elle a changé de formes, de langues, de supports et de lecteurs. Pourtant, sa fonction essentielle demeure : permettre à des femmes et à des hommes de mieux comprendre le monde et, peut-être, de mieux se comprendre eux-mêmes.

Une littérature qui explore plutôt qu’elle n’affirme

Je ne crois pas qu’un roman ait pour mission d’enseigner une vérité. Les vérités imposées vieillissent vite. Les grandes œuvres, elles, continuent de nous interroger longtemps après leur publication. Elles ne referment pas les questions : elles les ouvrent.

C’est cette littérature-là qui m’intéresse.

Une littérature qui ne cherche ni à convaincre ni à juger, mais à explorer.

Chaque existence est traversée de contradictions. Nous sommes capables de courage et de faiblesse, de fidélité et de renoncement, de générosité et d’égoïsme. Aucun être humain ne se réduit à une seule facette. Le roman possède cette liberté précieuse : accueillir la complexité sans chercher à la simplifier.

Lorsqu’un personnage devient vivant, il échappe rapidement à son auteur. Il cesse d’être un simple rouage de l’intrigue. Il acquiert sa logique propre, ses hésitations, ses failles, parfois même une part d’imprévisible. C’est souvent à cet instant que l’écriture devient la plus passionnante. L’écrivain n’avance plus seul ; il accompagne des êtres de fiction qui, peu à peu, révèlent quelque chose de notre condition humaine.

Le temps du roman

J’aime les romans qui prennent leur temps. Ceux qui acceptent les silences, les nuances, les hésitations. Notre époque privilégie souvent la rapidité, les certitudes immédiates, les réponses simples. La littérature peut offrir autre chose : le droit de douter, de ralentir, de regarder autrement.

C’est peut-être là sa plus grande force.

Un roman ne transforme pas le monde à lui seul. En revanche, il peut transformer le regard que nous portons sur une personne, une situation ou sur nous-mêmes. Il nous invite à habiter, pendant quelques heures, une vie qui n’est pas la nôtre. Cette expérience discrète développe une forme d’empathie que peu d’autres arts permettent avec une telle intensité.

La mémoire des lieux et des êtres

Je crois aussi que la littérature est un lieu de mémoire.

Les souvenirs individuels, les histoires familiales, les événements historiques, les silences transmis de génération en génération nourrissent les récits et façonnent les êtres. Écrire, c’est souvent tenter de comprendre ce qui demeure vivant dans ce que l’on croyait révolu. Ce n’est pas chercher refuge dans le passé, mais éclairer le présent.

La Méditerranée occupe une place particulière dans mon imaginaire parce qu’elle incarne cette mémoire en mouvement. Depuis des siècles, elle voit passer des peuples, des langues, des exils, des rencontres et des conflits. Elle relie autant qu’elle sépare. Elle rappelle que les identités ne sont jamais figées : elles se construisent au fil des traversées.

C’est pourquoi mes romans accordent autant d’importance aux lieux qu’aux personnages. Les villes, les paysages, les rivages ou les frontières ne servent pas seulement de décor. Ils influencent les destins. Ils portent une mémoire, une atmosphère, parfois même un secret.

Je me méfie des romans qui prétendent tout expliquer. La vie résiste aux explications définitives. Elle demeure inachevée, contradictoire, parfois mystérieuse. La littérature gagne, me semble-t-il, à respecter cette part d’inconnu.

Le lecteur, partenaire de l’œuvre

Sans lecteur, un roman demeure inachevé.

Je ne le considère pas comme le destinataire passif d’une histoire, mais comme son véritable partenaire. Chaque lecteur apporte à un livre son histoire personnelle, ses blessures, ses joies, ses convictions. Deux personnes ne liront jamais exactement le même roman, parce qu’elles n’y chercheront pas les mêmes réponses.

C’est cette rencontre qui donne toute sa force à la littérature.

Lorsqu’un livre est refermé, l’essentiel commence souvent. Une phrase revient quelques jours plus tard. Un personnage réapparaît dans une conversation. Une scène éclaire soudain une expérience vécue. Le roman poursuit alors silencieusement son chemin dans la mémoire de celui qui l’a lu.

La littérature comme dialogue

C’est sans doute pour cette raison que je ne considère jamais un livre comme un objet isolé.

Autour de lui peuvent naître des échanges, des rencontres, des entretiens, des chroniques, des lectures partagées ou des réflexions prolongées. La littérature ne s’arrête pas à la couverture d’un roman. Elle continue dans le dialogue qu’il ouvre.

C’est aussi cette conviction qui nourrit les différentes initiatives que je développe autour de mes livres. Qu’il s’agisse des entretiens de Face au Texte, des chroniques radiophoniques, des articles publiés sur mon blog ou de l’espace Au-delà des romans, toutes procèdent d’une même idée : une œuvre ne s’achève véritablement que lorsqu’elle rencontre des lecteurs et ouvre un dialogue.

Habiter la littérature

Habiter la littérature, ce n’est donc pas seulement écrire.

C’est accepter d’entrer dans cette conversation, d’écouter les lectures des autres, de découvrir ce qu’ils ont vu que l’auteur lui-même n’avait pas perçu, et de reconnaître qu’un livre continue toujours à s’écrire dans l’esprit de ceux qui le lisent.

Au fond, c’est peut-être cela, la littérature : un dialogue qui ne s’achève jamais.

Et c’est dans ce dialogue que je choisis, livre après livre, d’habiter la littérature.

Rida Lamrini

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L’univers romanesque de Rida Lamrini


Chaque écrivain construit, livre après livre, un territoire qui lui est propre. Les intrigues changent, les personnages se renouvellent, les décors évoluent, mais certaines interrogations demeurent. Elles reviennent sous des formes différentes, comme les variations d’un même thème.

C’est ainsi que je conçois mon univers romanesque.

Je ne cherche pas à raconter toujours la même histoire, mais à explorer, sous des angles nouveaux, quelques grandes questions qui traversent l’existence humaine.

Des personnages au moment où tout bascule

Mes romans s’intéressent rarement aux existences paisibles. Ils commencent souvent à l’instant où un équilibre se rompt.

Une rencontre inattendue, une disparition, un secret longtemps enfoui, une trahison, un exil, une guerre, parfois un simple hasard : il suffit de peu pour qu’une vie change de direction.

Ce qui m’intéresse n’est pas seulement ce qui arrive aux personnages, mais ce que les événements révèlent d’eux. Les circonstances mettent au jour leurs contradictions, leurs peurs, leurs fidélités, leurs renoncements, mais aussi leur capacité à se réinventer.

Le véritable suspense naît là.

La mémoire comme territoire intérieur

La mémoire occupe une place centrale dans mon écriture.

Elle n’est jamais un simple retour vers le passé. Elle est une force qui agit dans le présent.

Nous sommes faits de souvenirs, d’oublis, de transmissions, de silences et parfois de blessures que nous ne savons même plus nommer. Certains personnages cherchent à retrouver une part oubliée de leur histoire ; d’autres tentent de s’en libérer.

Entre mémoire et oubli se joue souvent leur destin.

Cette tension traverse mes romans parce qu’elle traverse nos vies.

L’amour dans toute sa complexité

L’amour est un autre fil conducteur de mon œuvre.

Non pas un amour idéalisé, mais un amour confronté au temps, à la distance, aux silences, aux choix impossibles et aux chemins que la vie impose.

J’aime explorer ces moments où les sentiments se heurtent à la réalité ; où les êtres continuent de s’aimer sans pouvoir toujours vivre ensemble ; où les liens se transforment sans disparaître tout à fait.

L’amour devient alors une manière de révéler les personnages, plus qu’un simple sujet romanesque.

La Méditerranée, un personnage à part entière

La Méditerranée traverse presque naturellement mon imaginaire.

Elle relie des continents, des cultures, des langues et des histoires. Elle est un espace de circulation autant que de séparation.

On y quitte un pays, on en découvre un autre. On y transporte des souvenirs, des rêves, parfois des blessures.

Dans mes romans, elle n’est jamais un simple décor.

Elle accompagne les personnages, influence leurs choix et porte en elle une mémoire collective qui dialogue avec leurs histoires individuelles.

Le suspense comme révélateur

On qualifie parfois mes romans de thrillers psychologiques.

Je comprends cette lecture.

Mais le suspense, pour moi, n’est jamais un objectif en soi. Il sert à révéler les êtres.

Une enquête, une disparition, une menace ou un mystère ne prennent leur véritable sens que s’ils éclairent les motivations profondes des personnages.

Je préfère un suspense qui révèle qu’un suspense qui impressionne.

Des frontières qui s’effacent

On aime classer les livres : roman psychologique, thriller, roman historique, roman sentimental…

Je comprends cette nécessité.

Pourtant, lorsque j’écris, ces catégories perdent de leur importance.

L’Histoire rejoint souvent l’intime. Le suspense rencontre l’émotion. La réflexion dialogue avec l’action.

Je ne cherche pas à appartenir à un genre particulier, mais à raconter des histoires où plusieurs dimensions de l’expérience humaine peuvent coexister.

Un même univers, plusieurs portes d’entrée

Chaque roman peut être découvert indépendamment des autres.

Je tiens à cette liberté.

Un lecteur doit pouvoir entrer dans mon univers par n’importe quel livre, sans avoir le sentiment d’arriver au milieu d’une histoire déjà commencée.

Mais celui qui poursuit la lecture découvre peu à peu des échos, des correspondances, des personnages qui reviennent, des thèmes qui s’approfondissent et des interrogations qui prennent une autre lumière.

Mes romans dialoguent entre eux sans jamais s’imposer les uns aux autres.

Une œuvre en mouvement

Je ne considère pas cet univers comme un territoire achevé.

Chaque nouveau livre y apporte une voix, un regard, une époque ou un paysage supplémentaire.

Ce qui demeure, ce ne sont pas les intrigues.

Ce sont les questions.

Que faisons-nous de notre mémoire ?

Comment l’amour résiste-t-il au temps ?

Que deviennent nos engagements lorsque les circonstances changent ?

Comment les lieux façonnent-ils ceux qui les habitent ?

C’est autour de ces interrogations que continue de se construire, livre après livre, mon univers romanesque.

C’est cet univers, plus que la répétition de personnages ou d’intrigues, qui relie chacun de mes romans.

Rida Lamrini


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La fresque romanesque


Une œuvre ne se construit pas toujours selon un plan arrêté.

Parfois, un premier roman appelle naturellement un second. Puis certains personnages continuent de vivre, certaines questions demeurent ouvertes, un univers se déploie peu à peu jusqu’à former un ensemble cohérent.

C’est ainsi qu’est née ma fresque romanesque.

Elle réunit Tant que je peux te dire je t’aime, Aux portes des étoiles et Les Méandres de l’Oubli.

Trois romans.

Trois histoires.

Un même univers.

Une fresque plutôt qu’une trilogie

Je parle de fresque romanesque plutôt que de trilogie.

La nuance est importante.

Une trilogie suppose souvent une intrigue découpée en trois parties, que l’on lit généralement dans un ordre précis.

Ma démarche est différente.

Chaque roman possède sa propre histoire, son rythme, ses personnages principaux et son dénouement.

Chacun peut être découvert indépendamment.

La fresque apparaît lorsqu’on les lit ensemble.

Trois regards sur une même aventure humaine

Tant que je peux te dire je t’aime explore les élans du cœur, les blessures intimes et la manière dont une rencontre peut transformer une existence.

Avec Aux portes des étoiles, l’horizon s’élargit. Les destins individuels rencontrent des enjeux plus vastes. Les personnages évoluent dans un monde où l’Histoire, les choix personnels et les événements collectifs s’entrecroisent.

Les Méandres de l’Oubli conduit cette première étape vers son accomplissement. La mémoire, les silences, les vérités enfouies et les liens invisibles entre les êtres y occupent une place centrale, sans jamais renoncer à la tension romanesque.

Chaque roman possède son identité.

Ensemble, ils offrent une lecture plus profonde.

Des échos plutôt que des répétitions

Ce qui relie ces trois livres n’est pas une intrigue continue.

Ce sont des résonances.

Des personnages réapparaissent. Des événements prennent un sens nouveau. Certaines scènes trouvent, plusieurs centaines de pages plus loin, un éclairage inattendu.

Le lecteur fidèle découvre peu à peu que chaque roman enrichit les précédents.

La fresque ne répète pas.

Elle approfondit.

Une lecture à plusieurs niveaux

Je souhaitais offrir deux expériences de lecture.

La première consiste à lire un seul roman.

L’histoire est complète.

La seconde consiste à parcourir l’ensemble de la fresque.

Le lecteur découvre alors un univers plus vaste, où les liens entre les personnages, les lieux et les thèmes apparaissent progressivement.

Chaque lecture ajoute une nouvelle profondeur.

Une liberté préservée

Cette construction me permet aussi de conserver une grande liberté d’écriture.

Je peux changer de décor, de registre, d’époque ou de tonalité sans perdre le fil conducteur.

Les histoires évoluent.

Les personnages changent.

Mais les grandes interrogations demeurent.

La mémoire.

La transmission.

L’amour.

Les secrets.

Les choix qui orientent une vie.

La manière dont le passé continue d’habiter le présent.

Le début d’un ensemble plus vaste

Avec Les Méandres de l’Oubli, cette première fresque trouve son aboutissement.

Elle ne clôt pourtant pas mon œuvre.

Elle en constitue le premier grand mouvement.

D’autres romans viendront explorer de nouveaux territoires, d’autres personnages et d’autres formes de suspense.

Ils ne prolongeront pas nécessairement cette fresque.

Ils prolongeront une même manière d’explorer la condition humaine.

Car, au-delà des intrigues, une conviction guide chacun de mes livres : une œuvre ne se construit pas par l’accumulation de publications, mais par la cohérence d’un univers.

C’est cette cohérence que je cherche à bâtir, roman après roman.

Rida Lamrini

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vendredi 31 juillet 2026

Sebta et Melilla : le statu quo est-il devenu intenable ?

 

Les images de Sebta resteront sans doute comme l'un des événements géopolitiques les plus marquants de cette année.

Des milliers de jeunes tentant de franchir la frontière, une ville rapidement débordée, l'armée appelée en renfort, des morts, des blessés et une Union européenne contrainte de soutenir l'Espagne.

Au-delà de la crise migratoire, une question s'impose : combien de temps l'Espagne pourra-t-elle encore maintenir sa souveraineté sur Sebta et Melilla sans que leur statut ne revienne au cœur du débat international ?

Une question jamais refermée

Depuis l'indépendance du Maroc en 1956, Rabat n'a jamais renoncé à sa revendication sur Sebta, Melilla et les autres présides. Pour le Royaume, ces territoires constituent les derniers vestiges de la présence coloniale européenne en Afrique et leur restitution demeure un objectif constant de sa diplomatie.

Longtemps cantonnée aux relations entre Rabat et Madrid, cette revendication pourrait désormais prendre une dimension plus large.

Le gouvernement de Pedro Sánchez est probablement celui qui disposerait, s'il le souhaitait, de la plus grande marge politique pour ouvrir un dialogue sur l'avenir de ces territoires. À l'inverse, la droite et l'extrême droite espagnoles continuent d'affirmer que Sebta et Melilla font partie intégrante de l'Espagne et refusent toute remise en question de leur statut.

Un débat qui s'élargit

Parallèlement, des voix s'élèvent dans les milieux diplomatiques, universitaires et politiques pour considérer que cette question ne peut être indéfiniment écartée. Sans constituer encore une position officielle d'États ou d'organisations internationales, ces prises de position témoignent d'un débat qui dépasse désormais le seul cadre des relations maroco-espagnoles.

L'Union européenne, quant à elle, a renforcé le dispositif de Frontex pour soutenir l'Espagne dans la protection de ses frontières extérieures. Cette réponse sécuritaire soulève toutefois une interrogation de fond : peut-on considérer ces frontières comme de simples frontières européennes alors que leur souveraineté est contestée par le Maroc depuis près de soixante-dix ans ?

Le paradoxe du statu quo

Depuis plus de vingt ans, le Maroc joue un rôle essentiel dans la maîtrise des flux migratoires vers l'Europe. Il mobilise des moyens considérables pour contenir des migrations provenant aussi bien de son territoire que du Sahel et de l'Afrique subsaharienne. Cette coopération est régulièrement saluée par les dirigeants européens.

Mais cette situation ne peut être éternelle.

Le Maroc ne peut durablement être le gendarme de l'Europe tout en abritant, sur son propre territoire, deux enclaves qui constituent des pôles d'attraction permanents pour les candidats à l'exil.

Sebta et Melilla représentent, pour des milliers de migrants, la porte d'entrée la plus proche vers l'espace européen. Tant que cette réalité perdurera, ces enclaves continueront d'alimenter des crises humaines, sécuritaires et diplomatiques.

Un statu quo devenu fragile

Les événements de Sebta révèlent surtout les limites d'un statu quo qui paraît chaque année plus difficile à préserver.

Pour le Maroc, il devient délicat d'assumer durablement le rôle de rempart migratoire de l'Europe tout en supportant les conséquences de la présence de deux enclaves étrangères sur son territoire.

Pour l'Espagne, chaque crise mobilise des moyens militaires et européens considérables, fragilise les relations avec Rabat et rappelle que la question de Sebta et Melilla demeure politiquement sensible.

Le statu quo apparaît ainsi de moins en moins soutenable, ni pour Rabat ni pour Madrid. Tant que seule la réponse sécuritaire primera, les crises risquent de se répéter.

L'heure d'un débat de fond

L'avenir dira quelle forme prendra ce débat. Une chose paraît néanmoins acquise : les événements de Sebta ont replacé cette question au premier plan.

Au-delà de la gestion de l'urgence, c'est désormais la pérennité même du statu quo qui est en cause. 

Et plus les crises se succéderont, plus il deviendra difficile d'éluder un débat que l'histoire, la géographie et les réalités migratoires finissent par imposer.

Rida Lamrini

À lire également : Quand des milliers de jeunes fuient leur pays…
Une réflexion sur les causes profondes qui poussent des milliers de jeunes à risquer leur vie pour quitter leur pays.

jeudi 30 juillet 2026

Quand des milliers de jeunes fuient leur pays, c’est tout un peuple qui devrait s’interroger


Un cri venu de Ceuta

Aujourd'hui, les images venues de Ceuta m'ont profondément bouleversé.

Des milliers de jeunes Marocains ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole. Certains ont pris la mer. D'autres ont longé les rochers pendant des kilomètres. Tous avaient les yeux tournés vers l'autre rive.

À force de parler de « flux migratoires », de « centaines » ou de « milliers » de candidats au départ, on finit par oublier l'essentiel : derrière chaque silhouette, il y a un prénom, une famille, une histoire, des rêves, des désillusions.

Et cette pensée ne me quitte plus.

Je suis triste.

Triste pour ces jeunes.

Triste pour leurs parents.

Triste, surtout, pour mon pays.

Car lorsqu'un jeune est prêt à risquer sa vie pour quitter son propre pays, ce n'est jamais un geste anodin. C'est un cri. Peut-être le plus douloureux de tous.

On dira que le phénomène n'est pas nouveau. C'est vrai.

On dira aussi que les migrations existent depuis toujours. C'est tout aussi vrai.

Mais cela ne répond pas à la seule question qui mérite d'être posée :

Pourquoi tant de jeunes ne voient-ils plus leur avenir ici ?

Je n'ai pas la prétention d'avoir la réponse.

Je n'accuse personne.

Je refuse les explications toutes faites.

Je voudrais simplement partager les questions que ces images ont fait naître en moi.

Le paradoxe marocain

Le Maroc d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier.

En quelques décennies, notre pays a réalisé des avancées remarquables. Des infrastructures parmi les plus modernes du continent. Des ports qui figurent parmi les plus performants du monde. Une industrie automobile qui exporte sur tous les continents. Une industrie aéronautique qui fabrique des composants présents dans des avions qui traversent chaque jour notre ciel. Des projets énergétiques salués bien au-delà de nos frontières.

Le Maroc avance.

Et il avance souvent plus vite que beaucoup ne l'imaginent.

Alors pourquoi cette impression que, pour une partie de notre jeunesse, l'horizon s'éloigne au lieu de se rapprocher ?

Quand l'espérance s'efface

C'est là que commence mon incompréhension.

Peut-être avons-nous construit plus vite des infrastructures que de l'espérance.

Peut-être avons-nous créé davantage de croissance que de confiance.

Peut-être aussi que certaines réformes essentielles avancent avec une lenteur que les jeunes ne supportent plus.

L'école.

La santé.

La justice.

La qualité des services publics.

L'égalité des chances.

Ce sont ces réalités qui façonnent le regard qu'un jeune porte sur son avenir.

Le chômage des jeunes n'est pas une exception marocaine. Beaucoup de pays y sont confrontés. Les difficultés économiques touchent aujourd'hui des sociétés bien plus riches que la nôtre.

Mais cela ne nous dispense pas de chercher nos propres réponses.

Car j'ai la conviction que ces jeunes ne fuient pas seulement la précarité.

Ils fuient peut-être, avant tout, l'absence de perspective.

Lorsqu'on cesse de croire que demain sera meilleur qu'aujourd'hui, l'ailleurs finit toujours par paraître plus lumineux.

Même lorsqu'il est dangereux.

Même lorsqu'il peut coûter la vie.

C'est peut-être cela, le véritable drame.

Au-delà des apparences

Le plus troublant n'est pas que des jeunes rêvent de partir. Les hommes ont toujours rêvé d'un ailleurs.

Le plus troublant, c'est qu'ils soient prêts à risquer leur vie pour le faire alors qu'ils ne fuient ni une guerre, ni des bombardements, ni une catastrophe naturelle.

Ils fuient une conviction qui s'effrite : celle que leur avenir pourrait s'écrire ici.

Au-delà des responsabilités éventuelles qui seront peut-être établies par les enquêtes, une question demeure. Aucune manipulation extérieure ne peut pousser des milliers de jeunes vers la mer si, au fond d'eux-mêmes, ils n'ont pas déjà perdu une part de leur confiance dans l'avenir. Les influences extérieures peuvent amplifier un phénomène. Elles ne suffisent pas à l'expliquer.

Et c'est cette conviction-là qu'il faut reconstruire.

Reconstruire la confiance

Non seulement en créant davantage d'emplois.

Non seulement en soutenant davantage l'initiative.

Mais aussi en renforçant les filets sociaux pour que personne ne se sente abandonné lorsqu'il traverse une période difficile.

Une société se juge aussi à la manière dont elle accompagne ceux qui sont momentanément tombés, le temps qu'ils puissent se relever.

Malgré la tristesse que je ressens aujourd'hui, je refuse le pessimisme.

Je connais mon pays.

Je connais les Marocains.

Je les ai vus accomplir des choses que beaucoup jugeaient impossibles.

C'est pourquoi je veux croire que nous sommes capables d'un nouveau défi.

Le plus important de tous.

Redonner à notre jeunesse une raison de croire en son avenir.

Un horizon à offrir

Le véritable développement d'un pays ne se mesure pas seulement à ce qu'il construit. Il se mesure aussi au nombre de ses enfants qui choisissent d'y construire leur propre vie.

Les images de Ceuta disparaîtront bientôt des écrans. L'actualité passera à autre chose. Mais si nous oublions trop vite ce qu'elles nous disent, alors nous aurons manqué l'essentiel.

Car ces jeunes ne nous demandent pas seulement une frontière à franchir.

Ils nous demandent une raison de rester.

Ils nous rappellent qu'un pays doit offrir un horizon.

Et il n'existe sans doute pas de responsabilité plus grande, pour une nation, que d'offrir à sa jeunesse des raisons de croire en demain.

Rida Lamrini

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