Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
Romans, mémoire, transmission et regards sur notre monde. Entrez dans les coulisses de mon écriture.

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jeudi 29 octobre 2026

Nos écrivains ont-ils leur place à l’université ?

La littérature marocaine contemporaine mérite davantage qu’une place dans les librairies : elle mérite de nourrir la réflexion et la formation des générations montantes.

Un chercheur et une étudiante échangent autour d’un roman dans une bibliothèque marocaine

Il y a une satisfaction particulière, pour un écrivain, à découvrir qu’un universitaire s’intéresse à son roman. Non pas simplement parce que son travail reçoit une reconnaissance, mais parce qu’un autre regard vient prolonger le sien. Le livre quitte alors les mains de son auteur pour devenir matière à réflexion, à discussion et parfois à recherche.

J’ai déjà eu l’occasion de vivre cette expérience avec des professeurs et des étudiants. Le travail qu’Abdelhalim Ziti vient de consacrer à mon roman Aux portes des étoiles m’invite à y revenir. Au-delà du plaisir que j’éprouve à voir mon livre étudié, une question me paraît mériter d’être posée : quelle place accordons-nous aux écrivains marocains contemporains dans nos universités ?

Écrire des livres est une chose. Leur donner une place dans la mémoire collective en est une autre.

Une littérature qui raconte notre temps

Un roman ne remplace ni un ouvrage d’histoire ni une étude sociologique. Il possède pourtant une manière bien à lui d’éclairer une société. L’écrivain invente des personnages, imagine des situations, explore les contradictions humaines. Par le récit, il donne chair à des réalités que les chiffres ou les analyses générales ne suffisent pas toujours à faire comprendre.

Nos écrivains racontent le Maroc, ses transformations, ses blessures, ses espoirs et ses interrogations. Ils le font dans des langues différentes, avec des sensibilités et des imaginaires qui témoignent de la richesse de notre culture. Leurs livres ne sont pas seulement des histoires destinées à divertir : ils constituent aussi une mémoire vivante de notre époque.

Encore faut-il que cette mémoire circule et se transmette.

Il serait injuste de prétendre que nos universités ignorent la littérature marocaine. Des chercheurs étudient les œuvres, des revues spécialisées accueillent leurs travaux et des formations proposent des enseignements littéraires. La question est plutôt de savoir comment donner davantage de visibilité à ces recherches et rapprocher plus régulièrement les œuvres contemporaines des étudiants.

Nous continuons, à juste titre, d’étudier les grands auteurs du passé. Mais pourquoi faudrait-il attendre qu’un écrivain d’aujourd’hui entre dans l’histoire littéraire pour que son travail retienne l’attention de la recherche universitaire ?

Un roman contemporain peut aider les étudiants à comprendre leur époque, à interroger leur société et à découvrir d’autres façons de penser le monde. Son originalité tient parfois à son ton, à son imaginaire, à la singularité de ses personnages ou à la manière dont il aborde des questions familières sous un angle inattendu.

Étudier ces œuvres ne revient pas à leur décerner prématurément un brevet de postérité. C’est accepter que la littérature continue de se créer sous nos yeux.

La littérature ne se contente pas de raconter le monde. Elle nous apprend à le regarder autrement.

Quand un chercheur rencontre un roman

C’est dans cette perspective que je vois le travail d’Abdelhalim Ziti, chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca. Son étude consacrée à Aux portes des étoiles examine notamment les représentations du drame individuel et les rapports entre mythe et réalité. J’en présente également les enjeux dans un article distinct : Aux portes des étoiles : l’étude universitaire d’Abdelhalim Ziti.

Pour aller plus loin

Une lecture universitaire de Aux portes des étoiles

Abdelhalim Ziti, chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca, consacre à ce roman une étude intitulée « Les représentations du drame individuel dans Aux portes des étoiles de Rida Lamrini : le flux entre mythe et réalité », publiée dans la Revue Internationale du Chercheur.

Consulter l’étude intégrale (PDF)

Consulter la publication scientifique originale dans la Revue Internationale du Chercheur

Ce qui m’intéresse dans cette démarche dépasse la satisfaction personnelle de voir mon roman faire l’objet d’une analyse universitaire. Le chercheur ne se contente pas de raconter l’histoire ou de reprendre les intentions de l’auteur. Il entre dans la construction du récit, interroge les personnages, examine les symboles et propose une lecture qui lui appartient.

Il arrive alors qu’un écrivain découvre son propre livre sous un jour nouveau. Nous écrivons avec nos intentions, nos intuitions, parfois sans mesurer toutes les implications de ce que nous mettons en scène. Le regard critique peut révéler des correspondances ou des significations que nous n’avions pas envisagées de cette manière.

Le roman poursuit ainsi son chemin. Il ne reste pas enfermé dans la vision de son créateur ; il devient un espace de réflexion partagé.

C’est, à mes yeux, l’un des apports les plus intéressants de la rencontre entre la création littéraire et la recherche universitaire. L’une explore la complexité humaine par le récit ; l’autre approfondit les lectures, questionne les choix de l’auteur et ouvre de nouvelles perspectives. Leur dialogue peut enrichir les deux démarches.

Il ne s’agit pas de demander à l’université de consacrer les écrivains, mais de lui proposer de regarder davantage ce qui se crée sous ses yeux.

Des passerelles à construire

J’aimerais que ces rencontres deviennent plus fréquentes. Que des étudiants puissent travailler sur des romans marocains contemporains, rencontrer leurs auteurs, confronter leurs interprétations et découvrir les analyses de chercheurs. Que des travaux publiés dans des revues spécialisées puissent aussi rejoindre un public plus large, grâce à des conférences, des débats ou des publications accessibles.

L’université n’a évidemment pas vocation à promouvoir les écrivains. Son indépendance critique est indispensable : une œuvre doit pouvoir être discutée, contestée, voire jugée imparfaite. Mais cette liberté n’empêche pas le dialogue. Elle lui donne au contraire sa valeur.

Les chercheurs ont des outils pour approfondir les œuvres ; les écrivains peuvent apporter leur expérience de la création ; les enseignants peuvent transmettre ces lectures et encourager les étudiants à construire leur propre jugement. Quant aux étudiants, ils découvrent une littérature qui parle aussi du monde dont ils héritent et qu’ils auront à transformer.

Il ne s’agit donc pas de faire entrer tous les romans dans les programmes universitaires. Il s’agit de permettre aux œuvres les plus fécondes, quelles que soient leur langue et leur date de publication, de trouver leur place dans la recherche, l’enseignement et le débat culturel.

Car transmettre un patrimoine ne consiste pas seulement à conserver les œuvres du passé. C’est aussi faire connaître les créations d’aujourd’hui, comprendre ce qu’elles révèlent de notre société et donner aux générations futures les moyens de les lire à leur tour.

Un livre ne s’arrête pas à sa dernière page

Je remercie Abdelhalim Ziti pour le travail qu’il a consacré à Aux portes des étoiles. Son étude me touche en tant qu’écrivain, mais elle me réjouit aussi pour ce qu’elle représente : la possibilité de voir une œuvre contemporaine devenir un objet de recherche et de réflexion.

Je souhaiterais que nos universités s’intéressent plus fortement aux créations littéraires marocaines de notre temps. Non pour multiplier les hommages aux auteurs, mais pour faire davantage circuler leurs livres, encourager les lectures critiques et rapprocher la littérature des générations montantes.

Un roman peut émouvoir, déranger, surprendre ou divertir. Il peut aussi devenir un témoignage sur une époque, un terrain d’analyse et une porte ouverte sur des questions que les étudiants continueront de se poser bien après l’avoir refermé.

La rencontre entre Abdelhalim Ziti et Aux portes des étoiles n’apporte pas, à elle seule, une réponse à toutes ces questions. Elle montre néanmoins ce que peut produire le dialogue entre un écrivain et un chercheur.

Une littérature ne reste vivante que si elle continue d’être lue, interrogée et transmise.

Et si l’université contribuait davantage à faire de nos écrivains contemporains non seulement les auteurs de livres que l’on publie, mais aussi des voix que les nouvelles générations découvrent, étudient et emportent avec elles ?

mercredi 28 octobre 2026

Le progrès nous rend-il vraiment meilleurs ? Dialogue avec Abderrazzak Berrada

Cette réflexion prolonge une interrogation que j’avais développée dans ma chronique Le progrès nous rend-il vraiment meilleurs ?. J’y questionnais déjà cette étrange contradiction de notre époque : notre capacité croissante à transformer le monde ne s’accompagne pas nécessairement d’une meilleure compréhension de nous-mêmes.

Le progrès nous promet un monde meilleur. Mais à mesure que nos connaissances s’accumulent et que notre puissance technologique s’accroît, une question demeure : devenons-nous réellement plus sages, plus justes, plus humains ?

C’est autour de cette interrogation que s’est noué un échange avec mon ami Abderrazzak Berrada, auteur de l’essai « Repères de l’histoire humaine », premier tome de sa collection « Regards sur l’humanité ». La lecture de son manuscrit m’a donné l’occasion de confronter nos regards et de poursuivre cette réflexion à la croisée de l’histoire, de la philosophie et de la condition humaine.

L’histoire pour comprendre le présent

Dans son ouvrage, Abderrazzak Berrada propose une lecture synthétique de l’aventure humaine à travers quatre grandes dimensions : les religions, la philosophie, la culture et les crises qui traversent nos sociétés.

Son ambition est de relier des connaissances souvent dispersées et de donner des repères pour mieux comprendre les dynamiques qui ont façonné notre monde. Les religions ont porté la quête de sens, la philosophie a questionné nos certitudes, la culture a exprimé nos imaginaires et les crises ont révélé les fragilités de nos civilisations.

Cette approche nous invite à considérer l’histoire non comme une simple succession d’événements, mais comme une aventure humaine faite de créations, de conflits, de progrès et de contradictions.

Elle nous ramène à une question essentielle : que faisons-nous de tout ce que l’humanité a appris au fil des siècles ?

Plus de connaissances, mais plus de sagesse ?

Jamais l’être humain n’a disposé d’autant de connaissances ni de moyens d’action. Les avancées scientifiques et technologiques ont transformé nos vies, repoussé les limites du possible et ouvert des perspectives autrefois inimaginables.

Pourtant, cette puissance nouvelle n’a pas fait disparaître la violence, les inégalités ni les conflits. L’histoire nous rappelle que les découvertes les plus extraordinaires peuvent aussi servir les ambitions les plus destructrices.

Le progrès technique ne garantit donc pas le progrès humain. Nous pouvons apprendre à maîtriser toujours mieux le monde sans apprendre à mieux vivre ensemble. Nous pouvons accroître notre puissance sans développer dans la même mesure notre sens de la responsabilité.

Nous savons de mieux en mieux comment agir. Sommes-nous devenus plus aptes à décider ce qui mérite d’être fait ?

C’est là, à mes yeux, l’un des grands paradoxes de notre époque. Le danger ne réside pas nécessairement dans le progrès lui-même, mais dans notre incapacité à en maîtriser les conséquences. L’intelligence artificielle, par exemple, ouvre des perspectives considérables tout en nous obligeant à interroger les responsabilités de ceux qui la conçoivent et l’utilisent.

La question n’est donc pas seulement de savoir jusqu’où nous pouvons aller, mais à quelles conditions nous voulons y aller.

L’histoire nous apprend-elle à éviter nos erreurs ?

Comprendre le passé ne signifie pas seulement savoir ce qui s’est produit. C’est aussi tenter de reconnaître les mécanismes qui ont conduit les sociétés à leurs accomplissements comme à leurs impasses.

Mais la connaissance de l’histoire suffit-elle à nous prémunir contre la répétition de ses tragédies ? Rien n’est moins certain. L’humanité ne manque ni d’exemples ni de leçons. Pourtant, entre la leçon comprise et la leçon appliquée s’interposent les intérêts, les passions, les rapports de force et les aveuglements collectifs.

L’histoire ne nous sauve pas à notre place. Elle nous donne des repères, élargit notre regard et peut éclairer nos choix. Encore faut-il accepter de nous en servir.

C’est pourquoi la démarche d’Abderrazzak Berrada me paraît intéressante : en reliant les religions, la philosophie, la culture et les crises, elle nous invite à prendre du recul et à mieux saisir les tensions qui traversent notre présent.

La culture, une conscience possible de l’humanité

En tant qu’écrivain, je suis particulièrement sensible à la place accordée à la culture dans cette réflexion. Elle n’est pas un simple ornement de la civilisation : elle porte les imaginaires, les interrogations et les contradictions des sociétés.

La littérature, comme la philosophie ou l’essai, peut nous placer face aux conséquences humaines de nos décisions. Elle donne un visage aux abstractions et une profondeur aux dilemmes que les réponses toutes faites cherchent parfois à simplifier.

Elle ne détient pas toutes les réponses, mais elle peut nous apprendre à mieux regarder, à écouter ce qui dérange nos certitudes et à comprendre la complexité de l’être humain.

Si nous voulons que le progrès serve véritablement l’humanité, nous ne pouvons nous contenter de former des individus capables de maîtriser des outils. Nous devons aussi cultiver leur aptitude à penser, à discerner et à mesurer les conséquences de leurs actes.

Quelle humanité voulons-nous devenir ?

Nous ne pouvons nier les bénéfices du progrès, pas plus que nous ne pouvons fermer les yeux sur ses dangers. Il ne s’agit ni de regretter un passé idéalisé ni de condamner les transformations de notre époque. Il s’agit de refuser que la nouveauté soit considérée comme une valeur en soi et que la puissance devienne son propre objectif.

Une humanité capable de conquérir le monde, mais incapable de se maîtriser elle-même, risque de transformer chacune de ses victoires en une nouvelle menace.

Le progrès ne devient véritablement humain que lorsqu’il s’accompagne de sagesse, de justice et de responsabilité. La véritable mesure de notre évolution ne réside peut-être pas seulement dans ce que nous sommes capables d’inventer, mais dans ce que nous devenons capables de faire de cette puissance.

Je remercie chaleureusement Abderrazzak Berrada de m’avoir associé à cette réflexion en me confiant son manuscrit. Son essai constitue une invitation à prendre du recul, à relier les connaissances et à poursuivre le questionnement. Et c’est sans doute l’une des grandes vertus d’un livre : non pas refermer les débats, mais nous donner de nouvelles raisons de les ouvrir.

Cher ami, ton ouvrage nous invite à regarder le chemin parcouru. Il nous appartient maintenant de nous interroger sur celui que nous voulons prendre.

Si l’histoire nous apprend ce que l’humanité a été capable d’accomplir, saurons-nous enfin apprendre d’elle ce qu’il nous reste à devenir ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Le progrès nous rend-il meilleurs, ou nous donne-t-il simplement davantage de pouvoir, sans nous apprendre à mieux l’utiliser ?

Rida Lamrini

vendredi 23 octobre 2026

Quand un chercheur explore les profondeurs d’Aux portes des étoiles

Regards sur une œuvre

Quand un chercheur explore les profondeurs d’Aux portes des étoiles

Une étude universitaire entre drame intime, mémoire, mythe et réalité

Il arrive qu’un roman poursuive son chemin bien après avoir quitté les mains de son auteur. Il rencontre ses lecteurs, suscite des interprétations, ouvre des pistes de réflexion. Parfois, il devient aussi l’objet d’une recherche universitaire.


C’est ce qui se produit avec Aux portes des étoiles, mon deuxième roman, qui fait aujourd’hui l’objet d’une étude publiée dans la Revue Internationale du Chercheur.

Une lecture universitaire

« Les représentations du drame individuel dans Aux portes des étoiles de Rida Lamrini : le flux entre mythe et réalité »

Abdelhalim Ziti · Université Hassan II de Casablanca · 2026

Son auteur, Abdelhalim Ziti, chercheur affilié à l’Université Hassan II de Casablanca, propose une lecture approfondie du roman et de ses différentes strates de signification.

Derrière le récit, les blessures invisibles

Que laisse derrière elle une enfance meurtrie ? Comment les drames intimes façonnent-ils les relations familiales, la construction de soi et le rapport au monde ?

L’étude d’Abdelhalim Ziti s’intéresse notamment aux traumatismes de l’enfance, aux dysfonctionnements familiaux et au poids du silence. Elle examine la manière dont ces expériences influencent les personnages et leur trajectoire.

Au cœur du roman

Les blessures de l’enfance, le silence familial et le poids du passé ne sont pas de simples éléments du récit. Ils participent à la construction des personnages et à leur manière d’habiter le monde.

Le drame individuel ne se réduit donc pas à une succession d’événements. Il s’inscrit dans la mémoire, se transmet à travers les relations humaines et pèse sur la façon dont chacun tente de se construire.

Cette lecture psychologique éclaire les tensions qui traversent le roman et invite à regarder au-delà de ce que les personnages expriment ouvertement.

Quand le mythe rencontre la réalité

Le titre de l’étude souligne une autre dimension : le dialogue entre mythe et réalité.

Le chercheur explore les symboles et les représentations qui enrichissent le récit. Il s’intéresse également à la place des lieux, de la culture et de la cuisine dans l’univers romanesque, autant d’éléments qui contribuent à inscrire les expériences individuelles dans un environnement social et culturel.

L’étude mobilise notamment des références psychologiques et symboliques pour éclairer les liens entre l’histoire personnelle, les figures familiales et les forces qui façonnent l’existence.

Le roman apparaît ainsi comme un espace où se rencontrent plusieurs dimensions : l’intime et le collectif, la mémoire et le présent, l’expérience humaine et l’imaginaire.

Une autre porte d’entrée

Au-delà de l’histoire racontée, l’analyse critique nous invite à explorer les symboles, les blessures intimes et les résonances culturelles qui donnent au roman sa profondeur.

Le roman échappe-t-il à son auteur ?

Pour un écrivain, voir son œuvre étudiée par un chercheur est une expérience particulière.

Au moment de l’écriture, l’auteur suit ses personnages, construit leurs trajectoires, organise les événements et cherche la justesse du récit. Mais une fois le livre publié, il ne maîtrise plus seul les chemins que prendra sa lecture.

Le chercheur, lui, adopte une autre démarche. Il observe, rapproche, interprète et met au jour des correspondances. Il peut faire apparaître des significations que l’auteur avait consciemment recherchées, mais aussi des résonances nées de la rencontre entre le texte et son propre regard.

C’est l’un des intérêts de la lecture critique : elle ne se contente pas de raconter le roman autrement. Elle propose une manière de le comprendre.

L’étude d’Abdelhalim Ziti offre ainsi une nouvelle porte d’entrée dans Aux portes des étoiles. Elle invite à revenir au texte, à interroger les blessures des personnages et à explorer les liens entre drame individuel, mémoire, symboles et réalité. Cette recherche soulève aussi une question plus large : quelle place nos écrivains contemporains occupent-ils à l’université ?

Une nouvelle lecture d’Aux portes des étoiles

Cette publication universitaire constitue une étape intéressante dans le parcours du roman. Elle inscrit celui-ci dans un dialogue qui dépasse la relation habituelle entre l’écrivain et son lecteur : celui qui se noue entre la création littéraire et la recherche.

Je remercie le chercheur pour l’attention portée à mon travail. Son étude me donne surtout envie de revenir à cette question essentielle : que reste-t-il d’une histoire lorsque chacun de ses lecteurs y découvre une vérité différente ?

Le mot de la fin

Un roman ne se referme pas nécessairement avec sa dernière page. Il continue parfois de vivre dans les questions qu’il laisse derrière lui.

Pour prolonger la lecture

Découvrez Aux portes des étoiles

Retrouvez la présentation du roman, son analyse et la section consacrée à l’étude universitaire sur mon site officiel.

Découvrir le roman et l’étude  →

Pour aller plus loin

Référence bibliographique

Ziti, Abdelhalim (2026). « Les représentations du drame individuel dans Aux portes des étoiles de Rida Lamrini : le flux entre mythe et réalité ». Revue Internationale du Chercheur, vol. 7, no 1, p. 1116–1137. Publication du 18 mars 2026.

Consulter l’article original ↗

Vous pouvez également lire ou télécharger le texte intégral en PDF depuis mon site.

Prolonger la lecture autour d’Aux portes des étoiles

L’étude universitaire ouvre plusieurs pistes de lecture. Pour découvrir d’autres facettes du roman, de sa genèse à sa réception critique, voici quelques articles complémentaires :

Retrouver le roman et l’étude sur mon site →

Consulter la publication scientifique originale dans la Revue Internationale du Chercheur

jeudi 22 octobre 2026

Le progrès nous rend-il vraiment meilleurs ?

Le progrès entre lumière et ombre

Progrès technique, justice et responsabilité humaine

Une rose qui s’éveille sous la rosée du matin, un papillon dessinant de gracieuses arabesques dans les airs, l’envol majestueux d’une colonie de flamants roses au-dessus d’un étang ou les derniers feux d’un coucher de soleil sur l’océan : autant de spectacles qui rappellent la beauté du monde et la chance de pouvoir en être les témoins. La vie, dans sa fragilité même, possède quelque chose de merveilleux.

Mais cette beauté coexiste avec des réalités qui laissent perplexe. Comment concilier les merveilles que la nature offre à l’humanité avec les violences que celle-ci s’inflige ? Comment comprendre qu’une espèce capable de repousser sans cesse les frontières de la connaissance demeure confrontée à des problèmes qu’elle semble incapable de résoudre ? Et comment envisager l’avenir avec confiance lorsque les progrès les plus spectaculaires s’accompagnent de menaces nouvelles et de crises persistantes ?

Ces questions prennent une dimension particulière à l’heure où le monde connaît une accélération scientifique et technologique sans précédent dans l’histoire récente.

Il suffit de mesurer le chemin parcouru en quelques générations. De l’électricité généralisée à la télévision, des premiers pas de l’homme sur la Lune au décryptage du génome humain, de la révolution d’Internet à l’irruption de l’intelligence artificielle, les connaissances et les capacités humaines ont progressé à un rythme vertigineux. Les distances se sont réduites, l’information circule presque instantanément, les découvertes scientifiques ouvrent des perspectives autrefois inimaginables.

Tout cela devait augurer de lendemains meilleurs. Le progrès devait contribuer à libérer l’homme de la misère, de l’ignorance et des contraintes qui entravaient son développement. Pourtant, une question fondamentale demeure : l’humanité est-elle réellement devenue plus apte à résoudre ses problèmes à mesure qu’elle acquiert les moyens de le faire ?

À lire également

Découvrez les autres réflexions et chroniques de Rida Lamrini sur son blog littéraire et son site officiel.

Des richesses toujours plus grandes, des inégalités persistantes

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction et la mise en place d’un nouvel ordre international ont nourri l’espoir d’un développement plus équitable. Des institutions ont été créées, des politiques de coopération engagées et des programmes de lutte contre la pauvreté déployés. Des progrès considérables ont été accomplis, et des millions de personnes ont pu améliorer leurs conditions de vie.

L’Année internationale du microcrédit, proclamée par les Nations unies en 2005, illustrait cette volonté de donner aux populations les plus démunies les moyens de créer leur propre activité et de conquérir une autonomie économique. L’ambition était claire : ne plus considérer les personnes pauvres comme de simples bénéficiaires de l’assistance, mais leur permettre de devenir actrices de leur propre développement.

Cette démarche a contribué à faire évoluer les approches de la lutte contre la pauvreté. Elle n’a cependant pas fait disparaître les obstacles structurels auxquels se heurtent encore des millions de personnes : accès insuffisant à l’éducation, aux soins, au financement, à l’emploi et aux conditions élémentaires d’une existence digne.

Dans le même temps, les grandes fortunes atteignent des sommets vertigineux et la concentration des richesses suscite des interrogations croissantes. Le problème ne réside pas dans la richesse en elle-même, mais dans la capacité des sociétés à transformer la prospérité économique en progrès partagé.

Comment expliquer qu’une humanité capable de produire autant de richesses ne parvienne pas à garantir à chacun les moyens élémentaires de vivre dignement ? Le progrès économique peut-il être considéré comme une réussite lorsqu’une partie de la population demeure durablement à l’écart de ses bénéfices ?

La paix, cet idéal toujours inaccompli

La guerre constitue une autre contradiction majeure de notre époque. Après les atrocités du XXe siècle, la communauté internationale s’est dotée d’institutions et de règles destinées à préserver la paix, à protéger les populations et à encadrer le recours à la force. La Charte des Nations unies a consacré des principes essentiels, notamment l’interdiction du recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique des États, sous réserve des exceptions prévues par le droit international.

L’ambition était immense : substituer progressivement le droit à la loi du plus fort.

Pourtant, cet édifice demeure fragile. Les conflits persistent, les principes juridiques sont contestés ou bafoués et les mécanismes collectifs de prévention et de règlement des crises se heurtent aux rivalités entre puissances. Les populations civiles en paient souvent le prix le plus lourd, prises au piège de combats qui détruisent leurs maisons, leurs infrastructures, leurs moyens de subsistance et parfois jusqu’à toute perspective d’avenir.

La notion de « guerre juste » elle-même soulève une difficulté morale : la légitimité invoquée d’une cause suffit-elle à justifier les souffrances infligées ? Le droit international distingue les conditions dans lesquelles la force peut être employée des règles qui doivent être respectées pendant les hostilités. Mais aucune qualification juridique ne saurait effacer la tragédie humaine d’une guerre.

Le paradoxe est saisissant. Jamais les sociétés n’ont disposé d’autant de moyens de communication, de négociation et de connaissance mutuelle. Pourtant, les rapports de force continuent trop souvent de l’emporter sur la recherche de solutions politiques.

À quoi servent les principes que les nations proclament si leur application dépend finalement de la puissance de ceux qui sont appelés à les respecter ?

Quand les outils du progrès menacent notre liberté

Les contradictions du progrès ne se limitent ni à l’économie ni aux relations internationales. Elles se manifestent également dans notre vie quotidienne.

Le smartphone est une invention remarquable. Il permet de communiquer instantanément, d’accéder à des ressources documentaires considérables, de s’informer, d’apprendre et de maintenir des liens par-delà les distances. Il offre des possibilités qui auraient paru extraordinaires il y a quelques décennies.

Mais ce même outil peut devenir un instrument de captation permanente de l’attention. Le défilement incessant des vidéos, la recherche du sensationnel et la diffusion de contenus trompeurs peuvent prendre le pas sur la réflexion, la lecture approfondie et la compréhension des événements.

Le problème n’est donc pas la technologie elle-même, mais l’usage qui en est fait et les mécanismes économiques qui encouragent parfois la consommation compulsive de contenus. Lorsque l’attention devient une ressource à exploiter, l’utilisateur risque de perdre une part de la liberté que l’outil était censé lui offrir.

À cela s’ajoute une difficulté nouvelle : la frontière entre information vérifiée, manipulation et fabrication artificielle de la réalité devient plus difficile à discerner. Dans un monde saturé de messages et d’images, disposer d’un accès illimité à l’information ne garantit ni la connaissance ni le discernement.

Le progrès technique suffit-il à faire progresser l’intelligence collective ? Ou faut-il, au contraire, apprendre à maîtriser nos outils pour qu’ils ne finissent pas par déterminer à notre place ce qui mérite notre attention ?

L’intelligence artificielle : une promesse et une responsabilité

L’intelligence artificielle pousse ces interrogations encore plus loin. Elle peut contribuer aux avancées médicales, faciliter l’accès au savoir, accélérer la recherche, améliorer certains services et ouvrir de nouvelles possibilités de création. Elle constitue un instrument puissant, dont les applications peuvent bénéficier à des secteurs entiers de l’activité humaine.

Mais son développement soulève aussi des questions fondamentales. Comment garantir la fiabilité des informations qu’elle produit ? Comment protéger les données personnelles, prévenir les manipulations et limiter les usages malveillants ? Comment éviter que les bénéfices de cette technologie ne se concentrent entre les mains de quelques entreprises ou de quelques États ?

Une autre inquiétude concerne notre capacité à maîtriser les conséquences d’outils dont les performances évoluent rapidement. Les alertes exprimées par certains spécialistes et concepteurs de l’IA méritent d’être prises au sérieux, sans pour autant transformer les scénarios les plus alarmistes en certitudes.

Le risque ne réside pas nécessairement dans une machine qui se retournerait un jour contre son créateur. Il peut aussi naître de décisions humaines : déléguer aveuglément des responsabilités, automatiser des choix sans contrôle suffisant, manipuler l’opinion ou concentrer un pouvoir considérable entre quelques mains.

L’enjeu dépasse donc la seule performance des machines. Il concerne la responsabilité de ceux qui les conçoivent, de ceux qui les utilisent et des institutions chargées d'en encadrer les applications.

L’humanité a toujours inventé des outils capables d’accroître sa puissance. La question est désormais de savoir si sa capacité à anticiper les conséquences de ses inventions progressera au même rythme.

Les frontières, les croyances et les dérives du pouvoir

Les mêmes contradictions apparaissent dans la manière dont les sociétés traitent les grandes questions humaines.

Les migrations en sont une illustration frappante. Des hommes, des femmes et des enfants risquent leur vie pour fuir la guerre, les persécutions, la misère ou l’absence de perspectives. Leur parcours se heurte parfois à des frontières fermées, à des réseaux de passeurs et à des politiques qui ne parviennent pas à concilier les impératifs de contrôle avec le respect des droits fondamentaux.

Les États ont le droit de définir leur politique migratoire et de protéger leurs frontières. Mais cette responsabilité ne saurait effacer les obligations de protection des personnes vulnérables ni les drames humains qui se jouent aux portes de territoires prospères.

Comment concilier souveraineté nationale, solidarité internationale et respect de la dignité humaine ? La question ne se résout ni par l’ouverture sans conditions ni par la fermeture érigée en principe absolu. Elle exige des politiques cohérentes, une coopération internationale et une volonté de s’attaquer aux causes des départs forcés.

Les extrémismes religieux révèlent une autre fracture. Lorsque des convictions spirituelles sont instrumentalisées pour justifier le meurtre, la persécution ou la domination, la religion devient un prétexte au service de la violence. Aucune croyance ne devrait dispenser de la responsabilité morale ni autoriser à nier à autrui le droit de vivre et de penser librement.

Les dérives politiques ne sont pas moins préoccupantes. L’élection démocratique confère une légitimité à l’exercice du pouvoir, mais elle ne constitue pas un blanc-seing. La démocratie suppose également le respect des libertés, des contre-pouvoirs, de l’État de droit et de l’intérêt général. Lorsque la vanité personnelle, la recherche du pouvoir pour lui-même ou les intérêts particuliers prennent le dessus, les institutions perdent progressivement leur raison d’être.

Là encore, le problème ne tient pas à l’absence de principes. Il tient à la difficulté de les faire respecter lorsque leur application contrarie ceux qui disposent du pouvoir.

Le narcotrafic, une menace qui dépasse les frontières

À ces fractures s’ajoute le développement de formes de criminalité organisée dont les moyens financiers et les ramifications internationales mettent à l’épreuve les capacités des États.

Le narcotrafic ne se limite pas à la circulation de substances illicites. Il peut alimenter la corruption, financer d’autres activités criminelles, intimider les populations et fragiliser les institutions. Lorsque les réseaux criminels disposent de ressources considérables et exploitent les failles de la coopération internationale, ils deviennent capables de contester concrètement l’autorité publique.

La réponse ne peut se réduire à des opérations ponctuelles ou à des mesures de répression isolées. Elle suppose une action coordonnée entre les pays, des institutions judiciaires solides, la lutte contre le blanchiment, la prévention de la corruption et des politiques de prévention adaptées.

Il faut également s’interroger sur les conditions sociales qui rendent certaines populations vulnérables au recrutement par les organisations criminelles.

Face à un phénomène transnational, aucun État ne peut agir durablement seul. Le retard pris dans la coordination des moyens, l’insuffisance des réponses ou la complaisance de certains acteurs peuvent laisser les réseaux étendre leur influence.

La question est donc moins de savoir si le narcotrafic constitue une menace que de déterminer si les sociétés sauront mobiliser, à temps, les moyens politiques, judiciaires et humains nécessaires pour y faire face.

Le progrès suffit-il à garantir un avenir meilleur ?

Pauvreté persistante, conflits armés, inégalités, dérives technologiques, migrations tragiques, extrémismes, abus de pouvoir et criminalité organisée : ces phénomènes sont différents, mais ils mettent en lumière une même contradiction. L’humanité dispose de capacités sans cesse accrues pour transformer son environnement et améliorer ses conditions de vie, sans parvenir systématiquement à mettre ces capacités au service du bien commun.

Faut-il pour autant dresser un bilan exclusivement sombre de notre époque ? Ce serait oublier les avancées médicales, l’accès élargi à l’éducation, les progrès accomplis dans de nombreux domaines, les initiatives de solidarité et les femmes et les hommes qui œuvrent chaque jour à résoudre des problèmes que d’autres jugent insurmontables.

Le monde n’est ni uniformément meilleur ni irrémédiablement condamné à se dégrader. Il est traversé de tendances contradictoires, de progrès réels et de reculs inquiétants. Toute analyse lucide doit tenir compte de cette complexité, sans céder ni à l’optimisme béat ni au pessimisme systématique.

Reste une question essentielle : que voulons-nous faire du progrès ?

La science ne détermine pas, à elle seule, les finalités de nos sociétés. La technologie ne garantit pas la justice. La croissance économique ne produit pas automatiquement la solidarité. Et la connaissance ne conduit pas nécessairement à la sagesse.

Tout dépend aussi des choix collectifs, des priorités politiques, des responsabilités assumées et de la place accordée à la dignité humaine. Les outils dont nous disposons peuvent contribuer à construire un monde plus juste, mais ils peuvent également renforcer les inégalités, les dépendances et les rapports de domination.

L’avenir n’est donc pas écrit d’avance. Il dépend, pour une part essentielle, de la manière dont les sociétés sauront orienter leurs découvertes, leurs richesses et leurs institutions.

L’espoir ne consiste pas à nier les dangers ni à supposer que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes. Il consiste à reconnaître que des solutions restent possibles, que les erreurs peuvent être corrigées et que les choix humains conservent leur importance.

Au fond, la véritable mesure du progrès ne devrait pas être seulement ce que l’humanité est capable d’inventer, de produire ou de conquérir. Elle devrait aussi être ce qu’elle parvient à préserver, à partager et à rendre accessible au plus grand nombre.

La question n’est donc pas simplement de savoir si demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Elle est de savoir ce que nous sommes collectivement prêts à entreprendre pour qu’il le devienne.

Rida Lamrini

vendredi 16 octobre 2026

Un homme sans mémoire : que reste-t-il de lui lorsque son passé disparaît ?

Autour d’un roman

Un homme sans mémoire : que reste-t-il de lui lorsque son passé disparaît ?

Mémoire, identité et secrets : que reste-t-il de nous lorsque notre passé nous échappe ?

Le visage d’un homme apparaît fragmenté dans les éclats d’un miroir brisé.
Le visage d’un homme apparaît fragmenté dans les éclats d’un miroir brisé.

Il y a des mystères que l’on cherche chez les autres. Et puis il y a ceux qui se cachent dans sa propre histoire.

Quand la mémoire ne répond plus

Imaginez un homme qui ne se souvient plus de sa vie.

Autour de lui, le monde continue d’exister. Des événements ont lieu, des décisions sont prises, des liens sont noués. On l’interroge sur son passé, on tente de lui faire raconter ce qu’il a vécu.

Mais rien ne revient vraiment. Aucun souvenir n’émerge de sa mémoire éteinte.

Retrouver son passé, est-ce retrouver la vérité ?

Comment reconnaître sa propre histoire lorsqu’on ne s’en souvient plus ?

Et surtout, à qui faire confiance quand sa mémoire ne peut plus lui servir de témoin ?

Tout devient troublant. Car cet homme ne cherche pas simplement à retrouver des souvenirs perdus. Il tente de comprendre qui il est, ce qui l’a conduit jusqu’à cette situation et quelle part de vérité se dissimule derrière ce qu’il entend.

Chaque réponse pourrait lui permettre d’avancer. Mais peut-elle aussi l’égarer ? Et si retrouver son passé ne signifiait pas nécessairement retrouver la paix ?

Le passé, cette part de nous qui nous échappe

C’est cette situation que traite mon roman, Les Méandres de l’Oubli, prévu pour paraître en janvier 2027.

Couverture provisoire du roman Les Méandres de l’Oubli, de Rida Lamrini.
Couverture provisoire du roman Les Méandres de l’Oubli.

Le roman ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme atteint d’amnésie, mais explore également le vertige qui naît lorsqu’on ne peut plus se fier à soi-même, lorsqu’il faut reconstituer son existence à partir de fragments, de témoignages et de questions sans réponse.

Car le passé n’est pas seulement ce qui nous est arrivé. C’est aussi ce que nous en avons retenu, ce que nous en avons compris, parfois ce que nous avons préféré enfouir. Il nous accompagne, même lorsque nous croyons l’avoir laissé derrière nous.

Mais que se passe-t-il lorsque ce passé devient soudain un territoire inconnu ?

Je ne vous en dirai pas davantage aujourd’hui. Je préfère vous laisser découvrir, le moment venu, les méandres dans lesquels cet homme devra s’engager pour retrouver le fil de son histoire.

Une question qui nous concerne tous

En refermant ce roman, pourrions-nous nous empêcher de nous poser cette question : que ferions-nous si nous découvrions un jour que nous avons oublié une partie essentielle de notre vie ? Chercherions-nous à tout prix à la retrouver, même si la vérité risquait de bouleverser tout ce que nous croyons savoir de nous-mêmes ?

Elle m’intéresse aussi pour ce qu’elle révèle de chacun de nous.

Rida Lamrini, auteur

Rida Lamrini

J’explore dans mes romans les secrets, les failles de la mémoire et les zones d’ombre qui façonnent nos identités. Dans cet espace, je partage les coulisses de l’écriture et les questions qui accompagnent mes livres.

Pour prolonger la lecture

mercredi 7 octobre 2026

Quand un lecteur entre dans l’atelier de Les Intouchables

Au-delà des romans · Dans l’atelier d’écriture

Dans l’atelier de Les Intouchables


Ce qu’une réaction de lecteur révèle du travail en cours sur un thriller

Il y a quelques jours, j’ai partagé avec les membres d’Au-delà des romans une nouvelle étape de mon travail : la reprise de Les Intouchables, un roman qui prolonge, près de trente ans plus tard, un univers né avec Les Puissants de Casablanca.

Je disais alors mon envie de retrouver certains fils anciens tout en construisant un roman pleinement autonome, lisible sans connaître les livres précédents. Un thriller policier ancré dans le Maroc d’aujourd’hui, avec ses mutations, ses rapports de force, ses ambitions, ses ombres et ses lumières.

Parmi les réactions reçues, celle de mon neveu Taher Bencheikh m’a particulièrement intéressé.

Quand le passé revient dans le présent

Il m’a écrit qu’il aimerait voir l’enquête commencer par un crime actuel, apparemment simple, avant que l’on découvre peu à peu qu’il plonge ses racines dans un secret vieux de trente ans. Il y voyait une manière de créer un lien naturel avec Les Puissants de Casablanca, sans transformer Les Intouchables en suite obligatoire.

L’idée m’a frappé parce qu’elle touche à une question essentielle dans la construction d’un roman de ce type : comment faire dialoguer le passé et le présent sans que l’un écrase l’autre ?

Dans un thriller, le passé n’est jamais tout à fait mort. Il survit dans une décision ancienne, une dette oubliée, une fidélité mal placée, une trahison que l’on croyait enterrée. Il peut rester invisible pendant des années, puis refaire surface à partir d’un événement minuscule.

Des personnages qui résistent au jugement

Taher évoquait aussi des personnages qui ne seraient jamais complètement bons ou mauvais. Un personnage digne de confiance pourrait cacher quelque chose de lourd ; un autre, soupçonné depuis le début, pourrait révéler une part inattendue de lui-même.

C’est sans doute l’un des plaisirs les plus profonds du roman noir : ne jamais savoir exactement à qui accorder sa confiance.

Les personnages qui m’intéressent le plus ne sont pas ceux dont on comprend immédiatement la fonction. Ce sont ceux qui résistent au jugement. Ceux qui ont leurs raisons, leurs blessures, leurs compromis, parfois leurs fautes. Ceux que l’on croit connaître avant qu’un détail ne vienne déplacer tout ce que l’on pensait savoir d’eux.

Quand la preuve elle-même devient suspecte

Mais une autre piste de son message m’a semblé très contemporaine.

Taher suggérait qu’une vidéo, un enregistrement ou un document puisse apparaître comme une preuve décisive avant que l’on découvre qu’une partie en a été manipulée. Dès lors, la question ne serait plus seulement : qui ment ? Elle deviendrait : quelle part de cette vérité est encore vraie ?

Cette idée rejoint une inquiétude très actuelle.

Nous vivons dans une époque où l’image, le son et le document donnent parfois l’impression de constituer une preuve définitive. Pourtant, leur apparente objectivité devient elle-même fragile. Une séquence peut être tronquée. Un enregistrement peut être sorti de son contexte. Un document authentique peut être utilisé pour raconter une histoire fausse.

Pour un romancier, cette fragilité ouvre un territoire passionnant : la vérité ne disparaît pas, mais elle devient plus difficile à isoler.

Et si le titre lui-même trompait le lecteur ?

Et puis Taher a formulé une dernière idée qui m’a amusé autant qu’elle m’a intrigué.

Il imaginait que le titre lui-même, Les Intouchables, puisse tromper le lecteur.

Pendant tout le roman, on croirait savoir qui sont ces « intouchables ». Puis, dans les dernières pages, on comprendrait peut-être que le titre désignait depuis le début d’autres personnes, d’autres forces, ou une autre forme de pouvoir.

Il ajoutait qu’il aimait ces fins où l’on referme le livre en se disant :

« Mais tout était là depuis le début… comment ai-je pu ne pas le voir ? »

Je crois que cette phrase résume assez bien l’un des grands plaisirs du suspense.

La meilleure révélation n’est pas nécessairement celle qui tombe du ciel. C’est celle qui oblige le lecteur à repenser tout ce qu’il vient de lire. Une révélation qui surprend, mais qui paraît ensuite inévitable. Une révélation dont les indices étaient là, discrètement, depuis le commencement.

Ce que les lecteurs apportent à l’atelier

Je ne dirai évidemment pas ce que je retiendrai ou non de toutes ces pistes.

L’écriture reste faite de choix, d’abandons, de déplacements et parfois de surprises qui viennent du roman lui-même.

Mais c’est précisément ce qui m’intéresse dans les échanges avec les lecteurs : non pas leur demander d’écrire le livre à ma place, mais entendre ce qu’ils imaginent, ce qu’ils espèrent, ce qu’ils redoutent.

Parfois, une réaction extérieure éclaire une question que l’on portait déjà sans l’avoir encore formulée clairement.

C’est aussi cela, Au-delà des romans : entrouvrir la porte de l’atelier pendant que le livre est encore en train de se construire.

Et puisque Taher a lancé la conversation, je vous la transmets à mon tour.

Qu’attendez-vous d’un thriller pour qu’il vous reste en mémoire après la dernière page ?

Un personnage ambigu ? Un secret ancien ? Une fausse piste ? Une preuve trompeuse ? Une révélation finale qui change le sens de toute l’histoire ?

Vos réponses m’intéressent.

Rida Lamrini

mardi 29 septembre 2026

Quand un roman donne naissance à une rencontre — rencontre littéraire à Rabat

Il y a trois mois, je recevais un message qui allait me réserver une bien belle surprise. Dix-neuf femmes, membres d’un club de lecture à Rabat, avaient décidé de commander ensemble mon roman Tant que je peux te dire je t’aime. Je ne les connaissais pas. Elles ne me connaissaient pas davantage. Et pourtant, à travers ce livre, quelque chose avait déjà commencé à nous rapprocher.

J’avais alors consacré un article à cette aventure inattendue, sous le titre « Quand un roman échappe à son auteur ». J’y évoquais ce moment singulier où un roman quitte son auteur pour commencer une autre vie entre les mains de ses lecteurs.

Je ne savais pas encore que, trois mois plus tard, j’aurais le bonheur de rencontrer ces femmes et de découvrir les visages qui se cachaient derrière cette commande collective.

Hier, cette rencontre a eu lieu.

Rencontre de Rida Lamrini avec les lectrices du club de lecture
Les lectrices réunies autour de leurs romans.

Vingt femmes et une passion commune

À l’invitation d’un club de lecture de Rabat, j’ai participé à un après-midi consacré à la littérature et à mes romans.

Elles étaient une vingtaine, réunies par cette passion commune qui leur donne régulièrement le plaisir de se retrouver autour d’un livre.

J’ai été profondément touché par leur accueil, leur enthousiasme et cette atmosphère de convivialité qui s’est immédiatement installée entre nous. Il y avait dans cette assemblée quelque chose de particulièrement réjouissant : des femmes qui prennent le temps de lire, de partager leurs impressions, de confronter leurs regards et de faire de la littérature un véritable espace de rencontre.

Nous avons parlé de Tant que je peux te dire je t’aime, puis d’Aux portes des étoiles. Les questions ont succédé aux réflexions, les échanges ont nourri la conversation et, derrière les personnages et leurs aventures, nous avons retrouvé ces grandes interrogations qui traversent nos existences : l’amour, la filiation, la mémoire, l’absence et le pardon.

Mais au-delà des romans, c’est la qualité de cette rencontre humaine qui m’a particulièrement ému.

Échanges littéraires au club de lecture
Un moment d’échange autour des livres.

La récompense des années de solitude

On imagine rarement, lorsqu’on ouvre un roman, les longues heures de solitude qui ont précédé sa naissance. Les mois, parfois les années, passés à construire une histoire, à chercher le mot juste, à vivre avec des personnages qui finissent par occuper une place considérable dans l’existence de leur créateur.

Écrire exige du temps, de la patience, des renoncements. C’est une aventure que l’on poursuit souvent sans savoir si les histoires auxquelles on consacre tant d’énergie trouveront un jour leur chemin jusqu’au cœur des lecteurs.

Et puis surviennent des moments comme celui que je viens de vivre.

Soudain, ces personnages qui vous ont accompagné pendant des années existent dans la mémoire d’autres personnes. On vous interroge sur leurs décisions, leurs contradictions, leurs blessures. On découvre que certaines pages ont suscité des émotions auxquelles on n’avait pas nécessairement songé en les écrivant.

Ce qui relevait jusque-là d’une aventure solitaire devient une expérience partagée.

Hier, en écoutant ces lectrices, j’ai éprouvé avec une intensité particulière le sentiment que les années consacrées à l’écriture trouvaient là l’une de leurs plus belles récompenses.

Non pas dans les compliments, aussi agréables soient-ils, mais dans cette possibilité extraordinaire qu’offre la littérature : créer des liens entre des personnes qui, sans les livres, ne se seraient peut-être jamais rencontrées.

Un roman n’appartient jamais tout à fait à son auteur

Dans mon précédent article, je m’interrogeais sur le destin d’un livre une fois qu’il échappe à celui qui l’a écrit. J’imaginais ces dix-neuf lectrices découvrant les mêmes personnages, mais vivant probablement dix-neuf expériences de lecture différentes.

Hier, cette réflexion a pris une dimension nouvelle.

Un roman naît dans l’imaginaire d’un écrivain, mais il poursuit son existence dans celui de ses lecteurs. Chacun y apporte ses souvenirs, sa sensibilité, son expérience de la vie. Chacun s’attache à certains personnages, s’interroge sur leurs choix, reconnaît parfois dans leurs épreuves quelque chose de sa propre histoire.

Et lorsque ces expériences individuelles se rencontrent autour d’une même table, le livre acquiert une richesse supplémentaire.

C’est toute la magie d’un club de lecture. La littérature n’y est plus seulement une relation silencieuse entre un texte et son lecteur. Elle devient conversation, découverte, partage. Elle permet de confronter des sensibilités différentes sans chercher nécessairement à les accorder.

J’ai eu hier le bonheur d’être le témoin, mais aussi le bénéficiaire, de cette belle alchimie.

Moment convivial lors de la rencontre littéraire
La convivialité prolonge les conversations littéraires.

Une promesse pour prolonger cette belle aventure

Nous avons également évoqué Les Méandres de l’Oubli, le troisième et dernier volet de ma fresque romanesque, dont la publication est prévue au début de l’année 2027.

Mes lectrices m’ont fait le plaisir de me dire combien elles attendaient ce nouveau roman. Je leur ai alors fait une promesse : elles seront les premières à le découvrir, avant même sa sortie publique.

Je me réjouis déjà à l’idée de leur confier cette nouvelle histoire, de retrouver leurs regards et d’écouter leurs impressions. Ce sera une manière de prolonger une rencontre dont je garderai longtemps le souvenir.

Je voudrais remercier tout particulièrement celles qui ont rendu cette rencontre possible, par leur organisation et leur chaleureux accueil. Ma gratitude va également à chacune de ces lectrices pour la générosité de son accueil et la richesse de nos échanges.

En juin dernier, je m’émerveillais à l’idée que dix-neuf femmes que je ne connaissais pas allaient découvrir mon roman. Hier, j’ai découvert à mon tour ces visages, ces sourires et cette passion partagée pour la littérature.

Je suis venu parler de mes livres. Je suis reparti comblé, avec le sentiment d’avoir vécu un moment exceptionnel.

Et je me dis aujourd’hui que si l’écriture nous condamne parfois à de longues années de solitude, elle nous réserve aussi de merveilleux rendez-vous avec les autres.

Il en est qui justifient à eux seuls toutes ces heures passées devant une page blanche.

Rida Lamrini

Pour prolonger la rencontre

Retrouvez sur mon site les photos et la vidéo de cette rencontre avec les lectrices du club de lecture de Rabat.

Découvrir la rencontre en images et en vidéo →