Chroniques et pensées littéraires de Rida Lamrini. Un regard humaniste et universel sur l'âme humaine et nos sociétés.
Literary chronicles and thoughts by Rida Lamrini. A humanist and universal look at the human soul and our societies.

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mardi 25 août 2026

Ce que les lecteurs ont vu dans Tant que je peux te dire je t’aime… et que je n’avais pas moi-même perçu

Lorsqu'un écrivain met le point final à un roman, il croit généralement connaître le livre qu'il vient d'écrire.

Il en connaît les personnages, les intentions, les thèmes, les silences. Il pense savoir ce qu'il a voulu transmettre.

Puis viennent les premiers lecteurs.

Et le roman commence à lui échapper.

Depuis la parution de Tant que je peux te dire je t’aime, j'ai reçu des témoignages qui m'ont souvent surpris. Non parce qu'ils contredisaient ce que j'avais voulu écrire, mais parce qu'ils révélaient des dimensions que je n'avais jamais formulées de manière consciente.

Certains lecteurs m'ont parlé de la transmission entre les générations.

D'autres ont vu une réflexion sur le pardon.

D'autres encore ont été profondément touchés par le poids du silence, par la difficulté à dire l'amour ou par les blessures invisibles que chacun porte en soi.

Je reconnaissais mon roman.

Et pourtant, je le découvrais en même temps qu'eux.

Cette expérience m'a appris une chose essentielle : un roman ne se termine pas lorsqu'il est publié.

Il commence une seconde vie.

Chaque lecteur y apporte son histoire personnelle.

Ses joies.

Ses blessures.

Ses absences.

Ses espérances.

Il ne lit jamais seulement le livre.

Il lit aussi une part de lui-même.

C'est sans doute pour cette raison que deux personnes peuvent refermer le même roman avec des émotions totalement différentes.

Le texte est identique.

La lecture, elle, ne l'est jamais.

En réalité, un écrivain n'écrit pas un livre unique.

Il écrit autant de romans qu'il y aura de lecteurs.

Chaque lecture éclaire une facette nouvelle de l'œuvre.

Certaines m'ont profondément ému.

D'autres m'ont obligé à relire certains passages avec un regard neuf.

Je me suis parfois surpris à penser :

Oui… cela est bien dans le roman. Mais je ne savais pas que je l'y avais mis.

Je crois que c'est l'un des plus beaux privilèges du métier d'écrivain.

Découvrir que le livre est devenu plus riche que son auteur.

Cela ne signifie pas que le lecteur « a raison » et que l'auteur « a tort ».

Cela signifie simplement qu'une œuvre vivante dépasse toujours l'intention de celui qui l'a écrite.

Elle devient un lieu de rencontre.

Entre une histoire.

Et une sensibilité.

C'est précisément ce qui rend la littérature si précieuse.

Un roman ne donne pas des réponses.

Il ouvre des chemins.

Et ces chemins sont différents pour chacun.

Si Tant que je peux te dire je t’aime continue aujourd'hui son voyage, ce n'est plus seulement grâce à moi.

C'est grâce à celles et ceux qui l'ont adopté, interprété, discuté, parfois même contredit.

En le lisant, ils ont écrit, à leur manière, une partie de son histoire.

Et je crois que c'est la plus belle récompense qu'un écrivain puisse recevoir.


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