Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
Romans, mémoire, transmission et regards sur notre monde. Entrez dans les coulisses de mon écriture.

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mardi 29 septembre 2026

Quand un roman donne naissance à une rencontre — rencontre littéraire à Rabat

Il y a trois mois, je recevais un message qui allait me réserver une bien belle surprise. Dix-neuf femmes, membres d’un club de lecture à Rabat, avaient décidé de commander ensemble mon roman Tant que je peux te dire je t’aime. Je ne les connaissais pas. Elles ne me connaissaient pas davantage. Et pourtant, à travers ce livre, quelque chose avait déjà commencé à nous rapprocher.

J’avais alors consacré un article à cette aventure inattendue, sous le titre « Quand un roman échappe à son auteur ». J’y évoquais ce moment singulier où un roman quitte son auteur pour commencer une autre vie entre les mains de ses lecteurs.

Je ne savais pas encore que, trois mois plus tard, j’aurais le bonheur de rencontrer ces femmes et de découvrir les visages qui se cachaient derrière cette commande collective.

Hier, cette rencontre a eu lieu.

Rencontre de Rida Lamrini avec les lectrices du club de lecture
Les lectrices réunies autour de leurs romans.

Vingt femmes et une passion commune

À l’invitation d’un club de lecture de Rabat, j’ai participé à un après-midi consacré à la littérature et à mes romans.

Elles étaient une vingtaine, réunies par cette passion commune qui leur donne régulièrement le plaisir de se retrouver autour d’un livre.

J’ai été profondément touché par leur accueil, leur enthousiasme et cette atmosphère de convivialité qui s’est immédiatement installée entre nous. Il y avait dans cette assemblée quelque chose de particulièrement réjouissant : des femmes qui prennent le temps de lire, de partager leurs impressions, de confronter leurs regards et de faire de la littérature un véritable espace de rencontre.

Nous avons parlé de Tant que je peux te dire je t’aime, puis d’Aux portes des étoiles. Les questions ont succédé aux réflexions, les échanges ont nourri la conversation et, derrière les personnages et leurs aventures, nous avons retrouvé ces grandes interrogations qui traversent nos existences : l’amour, la filiation, la mémoire, l’absence et le pardon.

Mais au-delà des romans, c’est la qualité de cette rencontre humaine qui m’a particulièrement ému.

Échanges littéraires au club de lecture
Un moment d’échange autour des livres.

La récompense des années de solitude

On imagine rarement, lorsqu’on ouvre un roman, les longues heures de solitude qui ont précédé sa naissance. Les mois, parfois les années, passés à construire une histoire, à chercher le mot juste, à vivre avec des personnages qui finissent par occuper une place considérable dans l’existence de leur créateur.

Écrire exige du temps, de la patience, des renoncements. C’est une aventure que l’on poursuit souvent sans savoir si les histoires auxquelles on consacre tant d’énergie trouveront un jour leur chemin jusqu’au cœur des lecteurs.

Et puis surviennent des moments comme celui que je viens de vivre.

Soudain, ces personnages qui vous ont accompagné pendant des années existent dans la mémoire d’autres personnes. On vous interroge sur leurs décisions, leurs contradictions, leurs blessures. On découvre que certaines pages ont suscité des émotions auxquelles on n’avait pas nécessairement songé en les écrivant.

Ce qui relevait jusque-là d’une aventure solitaire devient une expérience partagée.

Hier, en écoutant ces lectrices, j’ai éprouvé avec une intensité particulière le sentiment que les années consacrées à l’écriture trouvaient là l’une de leurs plus belles récompenses.

Non pas dans les compliments, aussi agréables soient-ils, mais dans cette possibilité extraordinaire qu’offre la littérature : créer des liens entre des personnes qui, sans les livres, ne se seraient peut-être jamais rencontrées.

Un roman n’appartient jamais tout à fait à son auteur

Dans mon précédent article, je m’interrogeais sur le destin d’un livre une fois qu’il échappe à celui qui l’a écrit. J’imaginais ces dix-neuf lectrices découvrant les mêmes personnages, mais vivant probablement dix-neuf expériences de lecture différentes.

Hier, cette réflexion a pris une dimension nouvelle.

Un roman naît dans l’imaginaire d’un écrivain, mais il poursuit son existence dans celui de ses lecteurs. Chacun y apporte ses souvenirs, sa sensibilité, son expérience de la vie. Chacun s’attache à certains personnages, s’interroge sur leurs choix, reconnaît parfois dans leurs épreuves quelque chose de sa propre histoire.

Et lorsque ces expériences individuelles se rencontrent autour d’une même table, le livre acquiert une richesse supplémentaire.

C’est toute la magie d’un club de lecture. La littérature n’y est plus seulement une relation silencieuse entre un texte et son lecteur. Elle devient conversation, découverte, partage. Elle permet de confronter des sensibilités différentes sans chercher nécessairement à les accorder.

J’ai eu hier le bonheur d’être le témoin, mais aussi le bénéficiaire, de cette belle alchimie.

Moment convivial lors de la rencontre littéraire
La convivialité prolonge les conversations littéraires.

Une promesse pour prolonger cette belle aventure

Nous avons également évoqué Les Méandres de l’Oubli, le troisième et dernier volet de ma fresque romanesque, dont la publication est prévue au début de l’année 2027.

Mes lectrices m’ont fait le plaisir de me dire combien elles attendaient ce nouveau roman. Je leur ai alors fait une promesse : elles seront les premières à le découvrir, avant même sa sortie publique.

Je me réjouis déjà à l’idée de leur confier cette nouvelle histoire, de retrouver leurs regards et d’écouter leurs impressions. Ce sera une manière de prolonger une rencontre dont je garderai longtemps le souvenir.

Je voudrais remercier tout particulièrement celles qui ont rendu cette rencontre possible, par leur organisation et leur chaleureux accueil. Ma gratitude va également à chacune de ces lectrices pour la générosité de son accueil et la richesse de nos échanges.

En juin dernier, je m’émerveillais à l’idée que dix-neuf femmes que je ne connaissais pas allaient découvrir mon roman. Hier, j’ai découvert à mon tour ces visages, ces sourires et cette passion partagée pour la littérature.

Je suis venu parler de mes livres. Je suis reparti comblé, avec le sentiment d’avoir vécu un moment exceptionnel.

Et je me dis aujourd’hui que si l’écriture nous condamne parfois à de longues années de solitude, elle nous réserve aussi de merveilleux rendez-vous avec les autres.

Il en est qui justifient à eux seuls toutes ces heures passées devant une page blanche.

Rida Lamrini

Pour prolonger la rencontre

Retrouvez sur mon site les photos et la vidéo de cette rencontre avec les lectrices du club de lecture de Rabat.

Découvrir la rencontre en images et en vidéo →

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