Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
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mercredi 10 juin 2026

Entretiens sur Atlantic Radio : Qu'est-ce que la culture ?

Le mot « culture » fait partie de ces termes que nous utilisons quotidiennement sans toujours prendre le temps de les définir. Nous parlons de culture générale, de culture populaire, de culture d'entreprise ou encore de culture nationale. Pourtant, lorsqu'on nous demande ce qu'est réellement la culture, la réponse devient souvent plus complexe qu'il n'y paraît.

Qu'entend-on exactement par culture ? Pourquoi joue-t-elle un rôle si important dans nos vies ? Et comment évolue-t-elle dans un monde de plus en plus connecté ?



Bien plus qu'un ensemble de connaissances

La culture ne se limite pas à l'accumulation de savoirs ou à la fréquentation des musées et des bibliothèques.

Dans son sens le plus large, elle désigne l'ensemble des pratiques, des croyances, des traditions, des arts, des valeurs et des comportements qui caractérisent un groupe humain.

Elle est présente dans la langue que nous parlons, dans les récits que nous transmettons à nos enfants, dans notre manière de célébrer les événements importants ou encore dans notre façon d'habiter le monde.

La culture est à la fois un héritage et une création permanente.

La culture façonne notre identité

Dès notre naissance, nous sommes plongés dans un univers culturel. Nous apprenons une langue, des habitudes, des références et des codes qui influencent notre manière de voir le monde.

La culture nous donne un sentiment d'appartenance. Elle nous relie à une famille, à une région, à un pays ou à une communauté.

Mais elle n'est jamais figée. Beaucoup d'entre nous vivent aujourd'hui au croisement de plusieurs cultures. Nous empruntons des références différentes, nous adaptons certaines traditions et nous construisons des identités multiples.

La culture n'est donc pas une prison. Elle est un point de départ.

Comment la culture se transmet-elle ?

La transmission culturelle commence souvent dans le cadre familial. Elle se poursuit à l'école, dans les livres, à travers les médias, les œuvres d'art et désormais sur Internet.

Cette transmission peut être volontaire, lorsque l'on enseigne une langue ou une tradition. Elle peut aussi être inconsciente. Nous reproduisons souvent des comportements, des expressions ou des habitudes simplement parce que nous les avons observés autour de nous.

Chaque génération reçoit ainsi un héritage culturel qu'elle transforme avant de le transmettre à son tour.

La mondialisation menace-t-elle les cultures locales ?

La mondialisation est souvent perçue comme une menace pour les cultures locales. Il est vrai que certaines traditions, certains savoir-faire ou certaines langues disparaissent progressivement sous l'effet d'une culture mondialisée largement diffusée par les médias et les plateformes numériques.

Aucune culture n'est éternelle. Toutes évoluent, se transforment ou s'effacent avec le temps.

Mais la mondialisation ne produit pas uniquement de l'uniformisation. Elle favorise également les échanges, les rencontres et les métissages. De nouvelles formes culturelles apparaissent en permanence à la croisée d'influences venues d'horizons différents.

La culture ne survit pas en restant immobile. Elle survit en s'adaptant.

La culture comme instrument de pouvoir

La culture n'est jamais totalement neutre.

Au fil de l'histoire, les pouvoirs politiques, religieux ou économiques ont souvent cherché à influencer les représentations collectives à travers l'éducation, les médias, les symboles ou les récits nationaux.

Contrôler les références culturelles d'une société, c'est souvent influencer sa manière de penser.

Mais la culture peut aussi devenir un outil de résistance. Les artistes, les écrivains, les musiciens ou les intellectuels ont fréquemment utilisé la création pour contester l'ordre établi, défendre une mémoire ou faire entendre des voix marginalisées.

La culture est donc à la fois un espace d'influence et un espace de liberté.

Cultures dominantes et cultures minoritaires

Dans toutes les sociétés, certaines cultures occupent une position dominante. Elles imposent leurs normes, leurs références et leur visibilité.

À côté d'elles existent des cultures minoritaires qui doivent souvent lutter pour préserver leur langue, leurs traditions ou leur identité.

Pour autant, ces cultures ne sont pas condamnées à disparaître.

L'histoire montre qu'elles peuvent résister, se réinventer et parfois influencer profondément la culture dominante à travers la littérature, la musique, le cinéma ou les mouvements sociaux.

La richesse culturelle d'une société dépend souvent de sa capacité à faire coexister ces différentes expressions.

Peut-on parler d'une culture universelle ?

La question revient souvent : existe-t-il une culture universelle commune à tous les êtres humains ?

La réponse est nuancée.

On retrouve dans toutes les sociétés certaines réalités fondamentales : la musique, les récits, les rituels, les symboles, les fêtes ou encore le besoin de transmettre une mémoire collective.

Mais chaque peuple exprime ces dimensions à sa manière, à travers son histoire, sa langue et sa sensibilité propre.

C'est précisément cette diversité qui fait la richesse de l'expérience humaine.

L'universel ne réside peut-être pas dans l'uniformité, mais dans la coexistence des différences.

Une réalité en perpétuelle évolution

La culture n'est jamais immobile.

Les langues évoluent. Les traditions se transforment. De nouvelles formes artistiques apparaissent tandis que d'autres disparaissent.

Chaque génération réinterprète l'héritage reçu et l'adapte aux défis de son époque.

La culture est donc moins un monument figé qu'une conversation permanente entre le passé et le présent.

Elle se nourrit de mémoire autant que d'invention.

Ce qui nous relie

Au fond, la culture est bien davantage qu'un ensemble de connaissances ou de pratiques.

Elle est ce qui donne du sens à notre présence dans le monde.

Elle nous permet de comprendre d'où nous venons, de dialoguer avec les autres et d'imaginer l'avenir.

Elle est à la fois ce que nous héritons et ce que nous inventons.

Elle est ce lien invisible qui nous relie aux autres et à notre propre histoire.

Et vous ?

Pensez-vous que la mondialisation enrichit les cultures ou qu'elle risque au contraire d'effacer certaines identités culturelles ?


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Voir l'entretien Atlantic Radio :

👉 Regarder l'émission sur YouTube

Cette chronique est issue d'un échange avec Chaib Hammadi dans le cadre des émissions diffusées sur Atlantic Radio.


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jeudi 21 mai 2026

Entretiens sur Atlantic Radio : Redonner le goût des livres à une génération numérique


On entend souvent dire que les jeunes ne lisent plus. Que les écrans auraient remplacé les livres. Que les réseaux sociaux, les vidéos courtes et le zapping permanent auraient définitivement éloigné une génération entière de la lecture.

Le constat mérite pourtant d’être nuancé. Les jeunes ne lisent pas nécessairement moins. Ils lisent autrement. Ils lisent des articles, des publications, des récits en ligne, des fragments, des fictions numériques. Leur rapport au texte a changé, parce que le monde autour d’eux a changé. Les écrans n’ont pas tué la lecture. Ils en ont déplacé les formes, les rythmes et les supports.

La vraie question n’est donc pas : pourquoi les jeunes ne lisent-ils plus ? Elle est plutôt : comment leur redonner envie de lire autrement, sans transformer le livre en corvée ni la lecture en punition scolaire ? 

Ecouter l'entretien sur  Atlantic radio  

Ne pas imposer des monuments, offrir des miroirs

Pour intéresser les jeunes à la lecture, il ne suffit pas de leur tendre des listes de livres comme on distribue des ordonnances. Ce qui touche un lecteur, surtout lorsqu’il débute, ce n’est pas d’abord le prestige d’un auteur ou l’importance patrimoniale d’un ouvrage. C’est l’émotion. L’identification. Le sentiment qu’un livre parle de lui, de ses rêves, de ses colères, de ses peurs, de ses labyrinthes intérieurs.

Il faut donc cesser de leur imposer uniquement des monuments et leur offrir aussi des miroirs. La lecture ne doit pas apparaître comme une obligation, mais comme une aventure intime. Un livre peut ouvrir une porte, mais encore faut-il que le lecteur ait envie de la pousser.

Ces auteurs qui parlent aux jeunes sans les juger

Les auteurs qui parviennent à capter l’attention des jeunes ont souvent un point commun : ils leur parlent sans les juger.

Ahmed Khaled Tawfik, en Égypte, a su rendre la lecture presque addictive en écrivant avec simplicité et sincérité, comme on parle à un ami. J.K. Rowling a captivé toute une génération parce qu’elle a pris l’imaginaire des jeunes au sérieux. Fatima Sharafeddine écrit en arabe avec une justesse ancrée dans les réalités contemporaines. John Green, lui, touche aux blessures adolescentes avec une voix honnête, sensible, lumineuse.

Leur force ne vient pas d’une volonté d’instruire à tout prix. Ils n’écrivent pas depuis une chaire. Ils accompagnent. Ils font confiance à l’intelligence émotionnelle de leurs lecteurs. Et ce respect change tout.

Le livre peut encore résister au zapping

À l’heure des vidéos ultra-courtes et du défilement infini, on pourrait croire que le livre a perdu la bataille de l’attention. Ce serait aller un peu vite en besogne.

Un bon livre peut encore percer le mur de l’instantanéité, à condition de toucher juste. Les jeunes ne sont pas condamnés au zapping. Ils ont besoin d’un déclic. D’une première étincelle. D’un récit qui les prend au sérieux et crée cette bascule intérieure où l’on cesse de lire parce qu’il le faut, pour lire parce qu’on le veut.

Ce n’est pas une question de longueur. C’est une question de lien.

L’école doit aussi ouvrir des passerelles

L’école reste naturellement attachée aux classiques. C’est légitime. Il faut transmettre le patrimoine, faire découvrir les grandes œuvres, donner accès aux textes fondateurs. Mais à force de vouloir conduire directement les jeunes vers les sommets, on oublie parfois de leur apprendre à aimer le chemin.

Introduire des auteurs contemporains, proches de leurs préoccupations, ne serait pas une concession. Ce serait une passerelle. Pour lire Victor Hugo, il faut parfois avoir d’abord rencontré une voix qui parle du monde d’aujourd’hui. Une voix qui rassure, qui attire, qui donne confiance.

Le goût de lire ne se décrète pas. Il se prépare.

Faire confiance aux jeunes lecteurs

On reproche facilement aux jeunes de ne pas lire. Mais leur a-t-on toujours proposé les bons livres ? Leur a-t-on donné le droit d’entrer dans la lecture par leurs propres portes ?

Il existe aussi un manque de confiance envers eux. On doute de leur patience, de leur profondeur, de leur capacité à comprendre. Pourtant, les jeunes ne fuient pas les sujets graves. Ils fuient surtout le ton moralisateur.

La littérature jeunesse peut parler de deuil, d’exil, d’identité, de solitude, de peur, de désir, d’injustice. Elle peut tout dire, à condition de ne pas faire la leçon. Les jeunes sentent immédiatement la différence entre un texte qui leur parle et un texte qui les surveille.

Une nouvelle génération d’auteurs à accompagner

À travers le monde, une nouvelle génération d’auteurs jeunesse émerge. Elle est plus diverse, plus libre, plus connectée. Elle vient du Liban, du Sénégal, d’Argentine, de France, du Maroc et d’ailleurs. Elle écrit pour les jeunes sans les réduire à des statistiques d’attention ou à des consommateurs d’écrans.

Mais pour que cette littérature trouve son public, il faut des relais. Des éditeurs audacieux. Des bibliothèques vivantes. Des enseignants curieux. Des parents qui ne brandissent pas le livre comme une sanction, mais comme une possibilité.

La jeunesse mérite autre chose que des écrans. Elle mérite aussi des récits vivants.

Le bon livre murmure à l’oreille du lecteur

Un livre réussi pour la jeunesse n’est pas celui qui parle à la place du lecteur. C’est celui qui lui murmure à l’oreille. Il ne répond pas à tout. Il fait naître des questions. Il ouvre un espace intérieur.

Un bon livre est un miroir qui bouge. Le lecteur s’y reconnaît, parfois. Il y découvre aussi ce qu’il ne savait pas encore de lui-même. C’est là que la magie opère.

Redonner le goût des livres à une génération numérique ne signifie donc pas opposer brutalement le papier aux écrans. Il s’agit plutôt de réconcilier les jeunes avec le plaisir du récit, quelle que soit la porte d’entrée. Le livre n’a pas besoin d’être défendu comme une forteresse assiégée. Il doit redevenir une invitation.

Et peut-être qu’une fois cette invitation acceptée, il faudra ouvrir une autre question, plus vaste encore : comment redonner le goût de la lecture à toute une société marquée par une ancienne et puissante tradition orale ?

Ce sera, sans doute, le sujet d’un autre entretien. Autour d’un café très serré.

Article adapté d’un entretien autour de la lecture, de la jeunesse et du monde numérique.



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