Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
Romans, mémoire, transmission et regards sur notre monde. Entrez dans les coulisses de mon écriture.

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lundi 21 septembre 2026

Quand la fiction reprend ce que la vie laisse inachevé

L’Atelier de l’écrivain · L’ODJ.ma

Quand la fiction reprend ce que la vie laisse inachevé

Écrire un père et son fils : de l’absence à la transmission

Un lecteur face à la mer, un exemplaire d’Aux portes des étoiles à la main, au crépuscule
Aux portes des étoiles — quand le roman ouvre la voie à une nouvelle quête.

Un fils prêt à renouer avec son père. Un père qui a disparu. Derrière la naissance d’Aux portes des étoiles, il y a une question de pardon, mais aussi celle de tout ce qui se transmet sans avoir été dit. En écrivant Rayan et Salim, j’ai découvert qu’un même lien pouvait traverser plusieurs romans et continuer à me surprendre.

Après le pardon, une autre question

Lorsque j’ai achevé Tant que je peux te dire je t’aime, je pensais avoir accompli quelque chose d’essentiel. Ce roman, nourri de matériaux personnels mais transformés par la fiction, portait des blessures, des silences et, plus que tout, un appel au pardon. Je croyais avoir refermé une histoire. Je ne savais pas encore qu’un autre roman était en train de naître.

Il arrive qu’un thème s’impose à l’écrivain sans qu’il l’ait véritablement choisi. Il revient, change de visage, traverse les livres et finit par relier des histoires que l’on imaginait indépendantes. Pour moi, ce thème allait être la relation entre un père et son fils.

Une question persistait : que devient le pardon lorsqu’il arrive trop tard ? Que se passe-t-il lorsqu’un fils est enfin prêt à comprendre son père, mais que celui-ci n’est plus là pour recevoir ce geste ? La vie ne répond pas toujours aux espérances que l’on confie aux mots. La fiction, elle, permet de poursuivre la question.

Un premier titre : Souviens-toi

Le projet qui deviendrait Aux portes des étoiles s’est d’abord appelé Souviens-toi. Le titre évoquait la mémoire, les paroles restées sans réponse et ce que l’on voudrait rappeler à ceux que l’on aime lorsque les éloignements ont brouillé les choses. Dans cette première conception, le père cherchait encore à renouer avec son fils.

Puis, au cours du travail, le récit a pris une direction inattendue. C’est l’une des surprises de l’écriture : on croit tenir son histoire et ce sont parfois les personnages qui en déplacent le centre de gravité.

Cette fois, ce ne serait plus le père qui chercherait le fils. Ce serait le fils qui chercherait le père.

Et si le fils avait lu le livre ?

J’ai imaginé que Salim ait lu le livre de son père. Que cette lecture lui permette d’entendre autrement certains silences, de regarder autrement les erreurs et les maladresses de Rayan. Que le pardon devienne enfin possible. Mais au moment où il décide de revenir, son père a disparu.

Le mouvement du récit s’inverse alors : ce n’est plus le père qui part à la recherche de son fils, c’est le fils qui cherche le père. Salim revient au Maroc. Il remonte des traces, interroge des lieux et des souvenirs, essaie de comprendre ce que Rayan a laissé derrière lui. Son voyage devient peu à peu une quête intérieure : en cherchant ce père qu’il croyait connaître, il commence à se découvrir lui-même.

Ce qui se transmet aussi dans le silence

Que transmet un père à son fils ? Il y a, bien sûr, les paroles, les gestes, les exemples. Mais il y a aussi les absences, les malentendus, les émotions mal exprimées et les questions que l’on remet à plus tard. On hérite parfois d’un silence sans en connaître la raison.

Un père et son fils regardant la mer ; les trois romans de la fresque évoquent la mémoire et la transmission
La mémoire, la filiation et la transmission traversent la fresque romanesque.

Ce qui m’intéresse dans la relation entre Rayan et Salim, ce n’est pas l’image d’un père irréprochable ni celle d’un fils tenu de lui pardonner. C’est la difficulté qu’éprouvent deux êtres liés l’un à l’autre à se rencontrer vraiment. Chacun possède une part de son histoire à laquelle l’autre n’a pas accès. Le roman permet de faire circuler leurs regards, sans effacer leurs différences.

Dans Aux portes des étoiles, la transmission cesse alors d’être un mouvement à sens unique. Salim reçoit les mots de son père, mais il doit encore décider ce qu’il en fera. Comprendre ne signifie pas tout excuser ; chercher ne garantit pas de retrouver. Entre un père et son fils, la transmission est aussi faite de cette liberté-là.

Quand d’autres voix entrent dans le roman

Au fil de l’écriture, Aux portes des étoiles s’est ouvert à un autre territoire. J’avais été marqué par Délectations philo-scientifiques, un dialogue entre la science et la philosophie écrit par Hicham Lamrini et Justine Barbier. Les questions de connaissance, d’existence et de sens qu’il soulevait me paraissaient rejoindre, par une autre voie, celles de mes personnages.

Cette lecture a nourri les échanges entre Salim et Émilie. Leurs dialogues apportent au roman une respiration différente : à la recherche d’un père répond une interrogation plus vaste sur notre place dans le monde. La fiction accueille ainsi des matériaux inattendus et les transforme, tout en reconnaissant ce qu’elle doit à leurs auteurs.

Une histoire qui traverse trois romans

Lorsque j’ai commencé Tant que je peux te dire je t’aime, je ne savais pas que Rayan et Salim m’accompagneraient aussi longtemps. Après le pardon et la quête sont venus Les Méandres de l’Oubli, qui donne à cette fresque un autre rythme, celui de l’enquête, du suspense et de la mémoire retrouvée — ou menacée. Il ne s’agit pas de raconter trois fois la même histoire : chaque roman possède son intrigue et peut être lu séparément.

En les regardant aujourd’hui, je distingue pourtant un fil qui les traverse : ce que nous voudrions dire à ceux que nous aimons, ce que nous ne savons pas leur dire et ce qu’ils découvrent parfois en notre absence. Je n’avais pas prévu d’écrire une fresque sur la filiation. Elle s’est construite à mesure que la fiction reprenait les questions que je croyais avoir laissées derrière moi.

Rida Lamrini

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