Rida Lamrini — Romancier et chroniqueur
Romans, mémoire, transmission et regards sur notre monde. Entrez dans les coulisses de mon écriture.

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samedi 26 septembre 2026

Casablanca, entre ombre et lumière — une ville au cœur de mes romans

Une ville, plusieurs mondes ; une même humanité.

Vue panoramique de la mosquée Hassan II à Casablanca et de son minaret
La mosquée Hassan II et son minaret, vue panoramique. Photo : RIM 75 / Wikimedia Commons — CC BY 4.0

Il est des villes qui ne se contentent pas de servir de décor. Elles s’imposent à l’écrivain, accompagnent ses personnages, traversent ses récits et finissent par devenir une présence à part entière. Casablanca est, pour moi, de celles-là.

Des Puissants de Casablanca aux Rapaces de Casablanca, du Temps des Impunis aux Intouchables, elle n’a cessé d’habiter mon imaginaire romanesque. Ce qui m’intéresse en elle, ce sont les tensions qu’elle concentre, les mondes qu’elle juxtapose, les ambitions qu’elle nourrit et les solidarités qu’elle laisse surgir. Elle attire, promet, expose, parfois repousse. Elle ne laisse jamais indifférent.

Vue panoramique de Casablanca, métropole moderne du Maroc
Casablanca, une métropole entre modernité et mémoire.
Photo : Sgroey / Wikimedia Commons — CC BY 4.0

Une ville, plusieurs mondes

Il suffit de parcourir quelques kilomètres pour changer presque de société. D’un côté, les villas d’Anfa, les établissements de la Corniche, les banques et les salons où se nouent des alliances discrètes. De l’autre, les quartiers populaires, les immeubles fatigués, les logements précaires et les rues où la vie quotidienne se débat avec ses urgences.

Dans Les Puissants de Casablanca, Derb Talian apparaît très tôt comme l’un de ces lieux où la ville montre un autre visage. Les habitants de ces quartiers et ceux des milieux privilégiés se côtoient sans disposer des mêmes protections ni des mêmes perspectives. Mais ces mondes ne sont pas vraiment séparés : une décision prise dans un bureau peut bouleverser la vie d’une famille ; une affaire immobilière peut transformer tout un quartier.

Casablanca devient ainsi une structure romanesque. Elle relie ceux qui possèdent, ceux qui décident, ceux qui subissent, ceux qui enquêtent et ceux qui tentent de résister. Le roman franchit les portes qui, dans la vie ordinaire, maintiennent ces univers à distance.

Une ville, plusieurs mondes
L’ancienne médina, autre visage de Casablanca. Photo et licence.

Les trois L du pouvoir

Casablanca est aussi la ville des ambitions et des rapports de force. Les fortunes s’y construisent, les alliances s’y nouent, les fidélités s’y défont au gré des intérêts. Autour du banquier Yamani apparaît une formule qui résume cette mécanique : les trois L du pouvoir.

On te lèche tant que tu détiens le pouvoir. On te lâche dès que tu vacilles. Et l’on te lynche lorsque tu l’as perdu.

Cette formule brutale dit la fragilité des fidélités intéressées. On se rallie à la force, on s’éloigne de celui qui chancelle, on se détourne de sa chute. Mais, derrière ces jeux d’influence, mes romans s’intéressent d’abord aux êtres : à celui qui refuse de céder, à celui qui enquête, à celui qui sait sans pouvoir agir.

Des personnages comme le journaliste Youssef ou l’officier Bachir se heurtent à une réalité douloureuse : découvrir la vérité ne suffit pas toujours à la faire triompher. Il ne s’agit pas seulement de raconter des scandales, mais d’explorer la distance entre ce que l’on sait et ce que l’on peut faire reconnaître, entre l’enquête et la justice.

Casablanca et les cercles du pouvoir
Les Twin Center, emblèmes de la Casablanca des affaires. Photo et licence.

La ville que l’on rêve de quitter

Si Casablanca nourrit mes romans, c’est aussi parce qu’elle porte en elle le désir du départ. Elle concentre les possibilités de réussite, mais, pour une partie de sa jeunesse, elle peut également devenir un espace où l’avenir semble fermé. L’émigration traverse alors plusieurs trajectoires : celles des jeunes confrontés à la précarité, mais aussi celles de professionnels qui cherchent ailleurs une reconnaissance ou une autre manière de vivre.

L’Atlantique prend une valeur singulière. Il ouvre la métropole sur le vaste monde, tout en rappelant la frontière entre ceux qui voyagent librement et ceux qui doivent risquer leur vie pour franchir la mer. Le port, les routes du nord, les départs vers l’Europe appartiennent à cette géographie du désir et de l’inquiétude.

Pourtant, partir ne signifie jamais rompre complètement. Les personnages emportent Casablanca avec eux : dans leurs souvenirs, leurs blessures, leurs attentes. La ville reste présente jusque dans la distance.

Une humanité qui résiste

Il serait réducteur de ne voir dans Casablanca qu’une ville de corruption, de violence ou de désillusion. Mes romans accordent aussi une place aux solidarités discrètes : un voisin qui aide, une famille qui accueille, un médecin qui protège un enfant, un journaliste qui refuse de se taire ou un policier qui poursuit son enquête malgré les obstacles.

Amine, Youssef, Yasmina, Bachir ou Ba Lahcen incarnent, chacun à sa manière, ce refus de l’indifférence. Leurs gestes ne renversent pas nécessairement les systèmes auxquels ils se heurtent. Ils préservent pourtant quelque chose d’essentiel : la possibilité de faire place à l’autre, de lui rendre un nom, une histoire, une dignité.

Cette part de Casablanca compte autant pour moi que les rapports de pouvoir. C’est une ville de bruit, d’odeurs, d’avenues encombrées, de façades anciennes et d’horizons marins ; une ville où des êtres que tout paraît séparer peuvent encore se rencontrer.

Pourquoi Casablanca revient-elle dans mes romans ?

Parce qu’elle rassemble ce que l’on préfère souvent regarder séparément : la richesse et la précarité, le pouvoir et l’impuissance, le désir de réussir et celui de partir, la violence sociale et la persistance de la solidarité. Elle oblige des mondes qui s’ignorent à vivre côte à côte. Le roman, lui, permet de les faire entrer dans une même histoire.

Casablanca n’est donc pas seulement le lieu où se déroulent mes romans. Elle relie leurs personnages, leurs conflits, leurs blessures et leurs espérances. Une ville que je n’ai peut-être jamais cessé d’explorer — parce qu’à travers elle, c’est aussi une part de l’âme humaine que je cherche à approcher.

Les romans de Casablanca

Trois romans publiés et un nouveau roman en cours d’écriture : Casablanca au cœur de mon univers romanesque.

Couverture provisoire du roman Les Intouchables de Rida Lamrini Les Intouchables Roman en cours d’écriture · Couverture provisoire

Dans Les Intouchables, mon roman en cours d’écriture, je retrouve cette Casablanca qui nourrit depuis longtemps mon imaginaire. Les personnages évoluent, les intrigues se recomposent, mais une même interrogation demeure : que deviennent les hommes et les femmes lorsque l’argent et le pouvoir prétendent décider de leur destin ?

Pour aller plus loin : découvrez Casablanca dans mon univers romanesque et consultez l’étude de référence, Casablanca dans l’imaginaire romanesque de Rida Lamrini (PDF).

Crédits photographiques : Wikimedia Commons, liens et licences accessibles depuis chaque image.

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