Faut-il qu’un écrivain explique les raisons qui l’ont poussé à écrire un roman ? Je n’en suis pas certain.
Beaucoup d’auteurs ne se prêtent jamais à cet exercice. D’autres le font au détour d’un entretien ou d’une rencontre avec leurs lecteurs.
Et pourtant, aujourd’hui, j’éprouve le besoin de répondre à une question qui m’a été souvent posée : pourquoi ai-je écrit Tant que je peux te dire je t’aime ?
Un roman né sans préméditation
Je dois d’abord faire un aveu. Je n’ai jamais planifié l’écriture de ce roman. Je ne me suis jamais levé un matin en me disant : « Je vais écrire cette histoire. » Je ne sais même pas exactement à quel moment j’ai emprunté ce sentier.
L’écriture est parfois ainsi. Elle s’impose à nous avant même que nous en comprenions les raisons.
J’ai toujours soutenu que l’écriture n’est pas réservée à quelques élus que l’on appelle écrivains ou romanciers. Je suis convaincu que chacun porte en lui quelque chose à partager, à dire ou à exprimer.
J’ai également toujours encouragé la lecture. Lire et écrire sont, à mes yeux, deux exercices intimement liés. En lisant, nous découvrons des univers, nous apprenons, nous réfléchissons, mais nous découvrons aussi les ressorts et les mécanismes de l’écriture. La lecture prépare l’écriture, tout comme l’écriture se nourrit des lectures.
L’écriture comme catharsis
On dit que l’écriture est une forme de catharsis. Je le crois profondément.
Écrire, c’est parfois confier à des pages ce que l’on ressent, ce que l’on a vécu ou ce que l’on a vu d’autres vivre. La littérature permet alors d’approcher ce que les sciences exactes et les analyses les plus rigoureuses peinent souvent à dévoiler : les sentiments humains, les émotions, les fractures intérieures, les interactions complexes entre les êtres.
Si ce roman est né, c’est sans doute sous le poids de certaines épreuves, de certaines cicatrices et des difficultés qu’elles laissent derrière elles.
Je sais bien que ces épreuves n’ont rien d’exceptionnel. Des millions d’êtres humains les connaissent à travers le monde. Mais j’ai pris la plume pour essayer de les cerner, de les éclairer et, autant que possible, de les comprendre.
Nous sommes souvent démunis devant certaines fractures qui brisent des foyers, distendent des liens que l’on croyait indestructibles et éloignent des êtres qui étaient supposés être les plus proches les uns des autres.
Ce roman est-il autobiographique ?
Cette question m’a été posée à d’innombrables reprises.
Ma réponse est non.
Tant que je peux te dire je t’aime n’est ni le récit de ma vie ni celui de mes expériences personnelles.
J’ai toujours pensé que raconter sa propre existence n’avait, en soi, que peu d’intérêt pour les autres.
Et pourtant, voilà le paradoxe de la littérature.
Les vies individuelles n’intéressent pas nécessairement les lecteurs. En revanche, ce qui les touche profondément, ce sont les émotions, les questionnements et les épreuves qu’ils reconnaissent en eux-mêmes. Le véritable travail du romancier consiste précisément à parler de ce qui renvoie chacun à son propre vécu et l’aide à mieux le comprendre.
Parler aussi des sujets tabous
Le cœur de ce roman se nourrit d’épreuves, de peines et de conflits que connaissent tant de familles.
J’ai également choisi d’aborder des sujets qui demeurent tabous dans beaucoup de sociétés. Certaines osent les affronter. D’autres préfèrent les ignorer.
Et les premières victimes de ces tabous sont ceux qui en subissent les conséquences.
Ai-je voulu leur rendre justice ? Peut-être. Mais il ne peut s’agir que d’une justice littéraire, avec l’espoir que certaines prises de conscience puissent émerger ou se renforcer.
Pourquoi ce titre ?
Je dois avouer que je n’ai jamais été particulièrement habile lorsqu’il s’agit de trouver un titre à mes romans.
Mais cette fois, il ne s’est rien passé de tout cela.
Au cours de l’écriture, une phrase est apparue :
Tant que je peux te dire je t’aime.
Elle m’a littéralement sauté au visage.
Je ne la cherchais pas. Je ne l’avais pas préméditée. Elle a jailli de l’histoire elle-même.
Et immédiatement, j’ai su.
Je n’avais pas besoin de réfléchir davantage ni de comparer avec d’autres possibilités. C’était ce titre et pas un autre.
Parce qu’il disait tout à la fois : l’amour, sa fragilité, le drame de certaines séparations, les épreuves qui distendent ou brisent les relations humaines, mais aussi cette beauté qui subsiste tant qu’il est encore possible de dire à l’autre : « Je t’aime ».
Ce titre ne m’est pas venu de l’extérieur. Il s’est imposé à moi.
Pourquoi le roman plutôt que l’essai ?
J’ai écrit des essais et je continue à considérer cette forme d’écriture comme indispensable. Mais je la réserve généralement à des sujets politiques, à des questions de société ou à des thématiques qui appellent une réflexion structurée et des prises de position assumées.
Le roman appartient à un autre univers.
Il offre une liberté extraordinaire. Il permet d’imaginer un récit, de créer des personnages, de faire naître des situations qui n’ont jamais existé et qui, pourtant, paraissent profondément vraies.
Le roman possède surtout une liberté que l’essai ne connaît pas. Dans un essai, l’auteur parle en son nom. Dans un roman, les personnages vivent de leur propre vie. Ils disent parfois des choses que l’auteur ne pense pas lui-même, éprouvent des émotions qu’il n’a jamais connues et empruntent des chemins qu’il n’aurait jamais pris.
C’est cette liberté extraordinaire qui m’a conduit vers le roman.
Ce que ce livre a changé en moi
Ce roman m’a accompagné pendant huit années.
Huit années que je n’ai pas vues passer.
Je vivais avec lui. Je dormais avec lui. Je me réveillais avec lui.
Je n’ai jamais cherché à le terminer rapidement. Ce qui m’importait, c’était ce flot de mots, de phrases, de paragraphes et de chapitres qui sortaient de mes mains et qui devenaient, presque à mon insu, un roman.
L’écriture a également eu sur moi un effet apaisant.
Écrire, c’est parfois prendre le scalpel de la plume et pratiquer de délicates incisions dans certaines épreuves afin de regarder ce qu’elles contiennent encore de douleur, de mystère ou de sens.
On n’en ressort pas satisfait. On en ressort apaisé. Comme si une part de l’épreuve avait enfin été exorcisée.
Mais ce livre m’a également appris quelque chose d’autre : nous ne sommes jamais seuls dans nos blessures.
À travers les rencontres, les signatures et les échanges avec mes lectrices et mes lecteurs, j’ai découvert que ce que nous croyons être notre histoire est souvent aussi celle des autres.
Des personnes que je ne connaissais pas sont venues me parler avec une émotion qui m’a profondément touché. Elles ne me racontaient pas mon histoire. Elles me racontaient la leur.
Et soudain, je comprenais que certaines blessures appartiennent à une expérience humaine beaucoup plus vaste que nous.
Je n’avais pas écrit un livre pour raconter une vie.
J’avais écrit un roman qui permettait à d’autres de reconnaître une partie de la leur.
C’est sans doute la plus belle récompense qu’un écrivain puisse recevoir.
Lorsque j’ai posé le point final à Tant que je peux te dire je t’aime, j’aurais pu me dire : « Voilà, j’ai écrit un roman. »
Il s’est produit exactement l’inverse.
Ce livre n’a pas refermé une porte. Il en a ouvert une autre.
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Pour découvrir le roman :

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