Ce papier tremble entre mes doigts, suspendu comme une feuille d’automne au dernier souffle du vent. L’encre porte ce que je n’ai jamais su te dire.
Je te demande pardon d’avoir été l’orage dans ton ciel, l’éclat éphémère là où tu espérais peut-être une lumière durable. Toi dont le sourire ressuscite les âmes éteintes. Toi qui as changé mon sang immobile en ruisseau vivant.
Tu m’as offert bien plus qu’un refuge. Tu m’as rendu un souffle, et avec lui la vie. Tu m’as tendu les mains lorsque je ne savais plus me relever. Tu m’as redonné le désir de l’azur et l’audace de voler.
Dans l’étreinte salée du monde, j’ai compris que le soleil caresse avant de brûler, que l’amour apaise avant de blesser. Ton amour a dissipé les ténèbres qui m’engloutissaient. Ta patience m’a rappelé la douceur d’un monde que je croyais perdu. Tu as été lumière dans l’obscurité de mes pensées.
Aujourd’hui, je m’éloigne. Non par défaut d’amour, mais par excès de clarté. Je t’aime assez pour partir. Cet amour est si grand, si éclatant, qu’il devient trop lourd à porter dans l’ombre de mes tourments. Je pars pour t’épargner mon chaos, pour préserver l’éclat de ton cœur.
Mon passé est une chaîne que je refuse de déposer sur tes épaules. Cette douleur me ploie, mais elle ne doit pas t’emporter avec moi.
Comment t’offrir des roses quand mes poches débordent de cendres ? Tu ne mérites pas ce champ de ruines. Tu mérites un jardin où l’amour respire sans crainte, où chaque fleur témoigne de ta beauté, non des stigmates de mes blessures.
Chaque baiser fut un miracle volé au destin. Et les miracles brûlent ceux qui tentent de les retenir.
Romy,
Mon nom m’est revenu comme l’écho d’une mer lointaine, un coquillage porteur de souvenirs enfouis sous les vagues : Rayan.
Ce nom, je croyais l’avoir perdu. Ou peut-être l’avais-je seulement laissé dormir dans une chambre obscure de ma mémoire. Il m’est revenu à travers un livre, Tant que je peux te dire je t’aime, comme si les pages avaient gardé pour moi ce que mon esprit n’avait plus la force de porter.
Ce livre n’était pas seulement un roman. C’était un miroir. Un labyrinthe de souvenirs, de douleurs, de visages aimés, de mots tus. À mesure que je le parcourais, quelque chose se réveillait en moi. Pas tout. Pas d’un coup. La mémoire ne rend jamais ce qu’elle a pris avec élégance. Elle recrache des éclats, des voix, des instants, des silences. Elle ne restitue pas le passé ; elle le dépose en nous par fragments.
Et parmi ces fragments, il y avait toi.
Ton regard. Ta patience. Ta façon de m’attendre sans m’enfermer. Ta manière de croire encore en moi quand je n’étais plus sûr d’exister tout à fait. Tu as posé ta lumière au bord de mon gouffre, non pour m’y retenir, mais pour m’apprendre qu’un homme peut encore se relever.
Si je t’écris, ce n’est pas pour rouvrir ta blessure. C’est pour apaiser ta question. Rien de ce que nous avons vécu ne fut inutile. Tu n’es pas passée dans ma vie comme une simple apparition. Tu m’as conduit vers moi-même. Tu as été l’un des détours les plus étranges et les plus beaux de l’amour.
Longtemps, j’ai cru que l’exil était une fuite. Je comprends maintenant qu’il peut être un miroir. Un lieu intérieur où, goutte à goutte, l’on se répare, se dissout et renaît. La mer m’appelle, non pour m’engloutir, mais pour m’enseigner sa patience.
Ce livre déposé entre tes mains est un cœur fragile. Ma dédicace y palpite comme un papillon de nuit. Si tu y poses l’oreille, tu entendras peut-être le murmure des vagues qui m’emportent.
Romy,
Ton amour fut un phare dont la lumière m’éclairait tout en me brûlant. Je pars apprendre à danser avec mes ombres plutôt que de t’imposer le fardeau de les éclairer.
Mais sache ceci : chaque vague qui me portera murmurera ton nom. Chaque étoile gardera notre histoire, secrète et inoubliable.
Je t’aime d’un amour qui dépasse les frontières de l’absence. Un amour fait d’îlots de mémoire, unis par des courants invisibles.
Quand le vent caressera tes cheveux, souviens-toi : quelque part entre deux marées, Rayan recolle son puzzle d’étoiles en murmurant ton nom comme une prière.
À jamais ton naufragé reconnaissant,
Rayan
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