Les Méandres de l’Oubli est le troisième volet de la fresque romanesque de Rida Lamrini. Après Tant que je peux te dire je t’aime et Aux portes des étoiles, ce roman poursuit le chemin ouvert autour de Rayan et de Salim, mais dans une tonalité plus sombre, plus tendue, presque crépusculaire.
Ici, l’amour, la filiation et la mémoire croisent le suspense, la Méditerranée, les trafics transfrontaliers et les secrets qui remontent des profondeurs. Le roman commence comme un thriller maritime, mais il s’enfonce peu à peu dans un territoire plus intime : celui de l’oubli, de l’identité perdue et des traces que les êtres laissent derrière eux.
Une nuit de tempête, un homme sans nom
Tout commence au large d’Almería, dans une nuit d’encre. La mer hurle, la pluie bat, des coups de feu éclatent au loin. André, pêcheur de Sète, et son fils Denis repêchent un homme à demi mort, blessé à la tempe, porté par un gilet de sauvetage. Il n’a ni papiers, ni nom, ni mémoire.
Ramené en France, accueilli dans la ferme familiale, l’inconnu demeure silencieux. Il semble présent et absent à la fois, comme suspendu entre deux mondes. Romy, la fille d’André, veille sur lui. Elle lui parle, l’observe, le protège. Très vite, ce qui devait être un geste d’humanité devient autre chose : une attente, un trouble, puis un amour fragile.
Une clé UBS au cœur du mystère
Dans les vêtements du naufragé, Romy découvre une clé ancienne portant trois lettres : UBS. Ce détail suffit à transformer le sauvetage en affaire. Le capitaine Roger Delmas, ami d’André, comprend que cette clé pourrait mener à un coffre parisien, à une étudiante marocaine nommée Samira, à son frère Jamal, à Lhaj, puissant patriarche du Rif, et à González, figure du crime organisé en Andalousie.
Le roman ouvre alors deux pistes parallèles. La première relève du suspense : fusillade en mer, cargaisons perdues, trafic de cannabis et de cocaïne, coopération policière entre France, Espagne et Maroc. La seconde est plus intime : qui est cet homme amnésique ? Pourquoi portait-il cette clé ? Que cherchait-il à rejoindre avant de tomber à la mer ?
Francès, ou l’homme qui revient lentement à lui-même
L’inconnu reçoit un nom : Francès. Ce nom provisoire devient presque une seconde naissance. Il permet à l’homme sans passé d’exister administrativement, mais aussi affectivement. Pour Romy, il n’est pas un dossier, ni une énigme policière : il est un être à sauver, puis un homme à aimer.
La mémoire revient par fragments. Elle ne surgit pas sous la forme d’un grand aveu, mais par éclats : un prénom, une image, un drapeau, une chanson. Les Beatles jouent ici un rôle essentiel. Leur musique agit comme une passerelle entre les années perdues et le présent. Une mélodie réveille ce que les interrogatoires ne peuvent atteindre. La mémoire, dans le roman, n’est pas seulement une affaire de faits. Elle est faite de sensations, de voix, de lieux, de gestes et de refrains.
Un roman de filiation
Les Méandres de l’Oubli prolonge la relation entre Rayan et Salim, au cœur des deux romans précédents. Rayan n’est plus seulement un personnage : il devient une présence qui traverse les livres, une voix, une trace, une énigme. Salim, devenu père à son tour, continue de porter cette question essentielle : que reste-t-il d’un père lorsqu’il disparaît ?
Le roman explore ainsi la filiation sous plusieurs angles : le père que l’on cherche, le fils que l’on n’a pas su rejoindre, la mémoire que l’on transmet malgré soi, les lignées qui se fissurent. Dans le Rif, le face-à-face entre Lhaj et Jamal montre une autre forme de rupture : celle d’un monde ancien confronté à l’ambition brutale d’une génération qui veut franchir d’autres frontières, au risque de tout perdre.
Le Rif, la Méditerranée et les routes du secret
La géographie du roman est l’un de ses grands ressorts. Almería, Sète, Montagnac, Paris, Gibraltar, le Rif et la mer d’Alboran ne sont pas de simples décors. Chaque lieu porte une fonction narrative et symbolique. La mer efface les traces, mais elle restitue aussi les corps. Paris réveille les souvenirs. Le Rif concentre les lignées, les fidélités, les trafics, les héritages et les ruptures.
Cette Méditerranée traversée par les hommes, les cargaisons et les secrets donne au roman son ampleur. Elle relie l’intime et le politique, le familial et le criminel, la mémoire personnelle et les violences du monde.
Pourquoi lire Les Méandres de l’Oubli ?
Parce que ce roman ne se contente pas de résoudre une énigme. Il pose une question plus profonde : qu’est-ce qui survit lorsque la mémoire se défait ? Un nom ? Une chanson ? Une clé ? Un amour ? Une phrase laissée derrière soi ?
À travers Romy, Francès, André, Roger, Salim, Rayan, Jamal, Samira, Lhaj et González, Rida Lamrini compose un récit où chaque personnage porte sa part d’ombre et de lumière. Certains cherchent à oublier. D’autres cherchent à savoir. Tous avancent dans les méandres d’une histoire qui refuse de disparaître.
Les Méandres de l’Oubli est un roman du suspense, de la mémoire et de la filiation. Il clôt une fresque romanesque où l’amour, la perte, le pardon et la transmission se répondent d’un livre à l’autre.
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Cette réflexion s'inscrit dans l'univers de la fresque romanesque de Rida Lamrini.


